Alerte rouge pour l’humanité : et si nous ne réussissons pas à enrayer le réchauffement climatique, que faire pour nous protéger ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Environnement
Feu de forêt sur l'île d'Eubée, en Grèce, le 8 août 2021.
Feu de forêt sur l'île d'Eubée, en Grèce, le 8 août 2021.
©ANGELOS TZORTZINIS / AFP

Anticipation

Alerte rouge pour l’humanité : et si nous ne réussissons pas à enrayer le réchauffement climatique, que faire pour nous protéger ?

La réduction des émissions de carbone est un objectif atteignable mais il est loin d’être évident que la planète y parvienne. Que pouvons-nous d’ores et déjà anticiper pour minimiser l’impact du dérèglement climatique sur la vie des Français ?

François-Marie Bréon

François-Marie Bréon

François-Marie Bréon est chercheur physicien au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement. Il a participé à la rédaction du 5ème rapport du GIEC. Il est spécialiste de l'utilisation des données satellitaires pour comprendre le climat de la Terre. Membre du conseil scientifique de l'Association française pour l'information scientifique (Afis).

Voir la bio »

Atlantico : Le premier volet du nouveau rapport du Giec vient de sortir. Si l’on devait définir quels vont être les champs les plus touchés par le réchauffement climatique, y compris dans une hypothèse au-delà de 2°C, quels seraient les impacts principaux ?

François-Marie Bréon : Tout d’abord je tiens à préciser que, pour ce qui est des impacts du changement climatique, je suis avant tout un passeur de sciences, déduit de ce que je peux lire.  En effet, je ne travaille pas moi même directement sur ces questions Par ailleurs, il est important de rappeler que le Giec travaille en trois groupes, le premier sur les sciences du climat, le second sur les impacts du changement climatique et le troisième sur les mesures qui peuvent être prises pour limiter le changement climatique. Le rapport qui vient de sortir est celui du premier groupe et il faudra attendre 2022 pour avoir les deux autres rapports. La question des impacts du changement climatique n’est donc pas centrale dans le document qui vient de sortir.  

Ensuite, pour répondre à votre question, il faut d’abord préciser de qui on parle. S’il s’agit du cadre vivant à Stockholm qui travaille dans la finance ou du paysan au Sahel, les impacts et les possibilités d’adaptation ne sont évidemment pas les mêmes. La France ne fait pas partie des pays les plus vulnérables au changement climatique même si on va avoir, comme partout, des conséquences importantes. La France est relativement favorisée car nous ne sommes pas en zone critique sur le plan du climat et nous disposons aussi des ressources pour nous adapter. On peut envisager de dépenser une partie de nos ressources pour isoler nos habitations, acheter des climatiseurs, ou construire des infrastructures adaptées. Ce ne sera évidemment pas la même chose en Inde ou au Sahel. D’une part car leurs revenus dépendent directement du climat via l’agriculture et d’autre part car ils n’ont pas les mêmes moyens pour l’adaptation. De même, l’impact pour un Grenoblois ne sera pas le même que pour un Nantais.

À Lire Aussi

Saurons-nous nous adapter face au défi du changement climatique ?

Une fois cela posé, on peut évoquer les effets principaux. Bien évidemment, une hausse des températures avec des canicules plus fréquentes et plus intenses. On a eu un avant-goût en France en 2003, en 2019, et surtout au Canada cette année. Une hausse des températures signifie un impact sanitaire, avec potentiellement des conséquences sur la mortalité, mais surtout des atteintes à la biodiversité, au risque d’incendie, etc. Ensuite, des effets sur l’agriculture – de nombreux produits agricoles vont voir leurs rendements diminuer -, etc. À cette hausse des températures s’ajoute une modification du régime des précipitations.  Il est quasiment certain que le bassin méditerranéen va devenir plus sec, même si dans le même temps les précipitations extrêmes deviennent plus fréquentes.  Une variation des précipitations a bien sûr un impact sur l’agriculture et donc sur la capacité à se nourrir. On observe déjà aujourd’hui des épisodes plus extrêmes, comme récemment en Allemagne ou à l’automne dernier en France dans la vallée de la Roya. On va devoir vivre et s’adapter à ces phénomènes et aux destructions qu’elles engendrent.

Le dernier effet important est l’élévation du niveau de la mer. L’impact concerne bien sûr uniquement les zones cotiêres, mais celles-ci concentrent une population importante. L’impact sur le niveau des mers est un phénomène irréversible et durable. Même si on arrive à stabiliser le climat, les mers vont continuer de monter pendant plusieurs centaines voire milliers d’années, et une élévation de plusieurs mètres est déjà certaine.

Considérant cela, y a-t-il des phénomènes que l’on peut déjà anticiper pour se préparer «au pire » ?

On sait qu’il est relativement rapide pour l’agriculture de modifier ses pratiques afin de s’adapter à un changement climatique. D’une année sur l’autre il est possible de semer des plants adaptés, s’ils existent. Ainsi, il existe des variétés de blé plus adaptés aux températures élevées ou au manque d’eau. L’agriculture ne demande donc pas une anticipation énorme. En revanche, les choses sont différentes pour les forêts puisqu’elles mettent plusieurs dizaines d’années à pousser. Il est donc important, dès aujourd’hui, de planter des espèces adaptées au climat dans 20, 30 ou 40 ans. Il faut également réfléchir aux infrastructures, par exemple au bord des rivières. Les fortes crues risquent de devenir plus nombreuses et demandent une adaptation. Il faut aussi anticiper la hausse des températures par une meilleure isolation des bâtiments, adapter l’architecture – en regardant dès aujourd’hui ce qui se fait en Espagne pour construire en Corrèze -. L’adaptation sera évidemment plus compliquée dans certains pays ou la température pourrait fortement augmenter. L’adaptation pourrait être, pour certains, d’anticiper la migration. Mais je ne suis pas spécialiste de ces questions.

Le rapport du Giec dit-il quelque chose de fondamentalement différent des précédentes éditions ?

Le degré de certitude a augmenté sur plusieurs questions sans modification majeure du message. Dans le cinquième rapport publié en 2013, le Giec était très prudent sur le lien entre réchauffement climatique et augmentation des cyclones. Dans ce sixième rapport, il est dit très clairement que la fréquences des cyclones les plus intenses va en augmentant. Je trouve aussi que le sixième rapport montre un effort pédagogique un peu meilleur. Il y a aussi un accent mis sur les changements climatiques aux échelles régionales. Le rapport détaille région par région ce que va signifier le changement climatique. Cela pourrait aider l’adaptation. Ce n’est pas la peine de parler de fonte des glaciers dans les pays d’Afrique, mais plus dans ceux où la ressource en eau dépend de la présence des glaciers.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !