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Alerte canicule : ce que risque vraiment notre santé quand les vagues de chaleur se multiplient
©ALAIN JOCARD / AFP

Mesures de précaution

Alerte canicule : ce que risque vraiment notre santé quand les vagues de chaleur se multiplient

Alors que la canicule débute en France, le Docteur Robert Sebbag évoque les les risques sur la santé liés aux vagues de chaleur. Les changements climatiques sont-ils à l’origine d’une multiplication des maladies infectieuses ?

Robert Sebbag

Robert Sebbag

Robert Sebbag, docteur en médecine, est attaché au service des maladies infectieuse et tropicales de l’Hôpital de la Pitié Salpêtrière ; il entre en 1980 chez Rhône Poulenc Santé, en tant que responsable international de la ligne psychiatrique ; il prend ensuite la responsabilité des relations avec les organisations internationales (OMS, UNICEF, Banque Mondiale). Entre 1990 et 2000, Robert Sebbag intègre la Fondation Elf, puis la Croix Rouge Française, avant de rejoindre Aventis Pasteur (aujourd’hui Sanofi Pasteur) comme Senior Vice-Président Communications.
 
Robert Sebbag prend ensuite la direction de la plate-forme de communication et des partenariats de l’EFPIA (European Pharmaceutical Industry Association). Il occupe le poste de Vice-Président « Accès au médicament » chez Sanofi depuis 2006.
 
Parallèlement à ses activités chez Sanofi, Robert Sebbag est administrateur national et président de la commission des opérations et des relations internationales de la Croix Rouge Française, ainsi que chargé de cours à l’université Paris VI. Robert Sebbag a participé en 1979 à la fondation de l’organisation non gouvernementale « Action Contre la Faim ».
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Atlantico : Les changements climatiques sont-ils à l’origine d’une multiplication des maladies infectieuses ?

Robert Sebbag : Tout d’abord, ce qu’il faut noter, c’est qu’en effet, si l’on veut alerter les populations sur les risques liés aux changements climatiques, il faut leur parler des conséquences qui les concernent directement ! Pendant trop longtemps, on a voulu ne parler que des implications sur le long-terme, alors qu’en réalité il y a des effets dès maintenant qui peuvent être ressentis par tous : hausse de certaines maladies mais aussi allergies, etc. On estime que le réchauffement climatique est responsable d’une hausse de la mortalité d’environ 250 000 décès supplémentaires par an. Prenons par exemple le cas du paludisme : c’est une maladie qui se développait seulement dans quelques régions tropicales. Et dans ces zones, le moustique porteur du virus, l’anophèle, n’était plus trouvable à partir de 2 500 m d’altitude car il ne pouvait pas y vivre. Et bien, suite au réchauffement climatique global, on trouve ce moustique de plus en plus haut en altitude ! Et des populations amérindiennes de la Cordillère des Andes, ou les habitants des hauts plateaux du Kilimandjaro, sont désormais concernées par le paludisme. Prenons maintenant le continent européen : le moustique-tigre, qui est responsable du chikungunya, mais aussi de la dengue et du zika, était d’habitude cantonné aux zones tropicales humides, et voilà qu’aujourd’hui il se répand jusque chez nous : on le trouve dans plus de trente départements français. Dans mon service, j’ai eu affaire à des cas « indigènes », c’est-à-dire contractés par des personnes qui n’ont pas été hors de France mais qui ont été infectés notamment dans le Gard. Le zika n’est pas une maladie forcément très grave, mais elle peut être dangereuse pour la femme enceinte par exemple. On parle aussi beaucoup de la maladie de Lyme, liée à certaines tiques : avec le réchauffement climatique, il va y avoir une augmentation de la durée des périodes chaudes, et les populations de tiques se répandent et deviennent surreprésentées dans certains milieux qu’elles ne colonisaient pas auparavant.
 
Il faut parler aussi des maladies liées à la pollution de l’eau et à la chaleur, comme le choléra notamment. Puis le réchauffement climatique a parfois un impact très nocif sur les récoltes, et peut occasionner localement de graves épisodes de famine. Et puis, les changements climatiques sont en train de générer une nouvelle vague migratoire, qui sera plus dramatique encore que les précédentes. Le Vietnam, par exemple, qui est le grenier à riz de notre planète, subit des phénomènes d’invasion d’eau salée dans les récoltes, ce qui est une cause d’abord de mortalité car cela fait remonter des espèces de serpent très venimeuses ; et ensuite, cela impacte très négativement les récoltes… Jusqu’au jour où l’on ne pourra plus rien cultiver là-bas.

 

Au point que les changements climatiques ont également un impact sur la santé mentale ?

 
Absolument ! Il faut bien voir que certains pays vont bientôt disparaître ! Regardez les Maldives, il n’en restera plus rien dans quelques décennies si l’on continue à ce rythme. C’est un endroit où des gens sont nés, ont grandi… Imaginez l’angoisse que cela peut générer ! Cela se retrouve à travers une hausse du stress et de l’anxiété, mais aussi avec l’apparition de maladies psychotiques graves. Des petites îles du Pacifique sont en train de se préparer lentement à être rayées de la carte, et les populations ressentent souvent des troubles psychiatriques graves, qui viennent s’ajouter aux maladies infectieuses, respiratoires, à la malnutrition…
 

Faut-il ajouter à ce bilan sinistre les victimes des épisodes de canicule, comme au Japon en ce moment ?

 
Bien-entendu, car le réchauffement climatique est directement responsable de la multiplication de ces épisodes de canicule, et de ce qu’ils impliquent. La canicule rend particulièrement vulnérables les personnes âgées, et il faut absolument en parler, car les gens doivent se rendre compte de tout ce qu’implique concrètement le changement de climat.

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