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Une résidente d'un EHPAD. Le Cercle des Proches Aidants en EHPAD a publié une lettre ouverte ce lundi 22 novembre pour alerter sur la situation dans les EHPAD.
Une résidente d'un EHPAD. Le Cercle des Proches Aidants en EHPAD a publié une lettre ouverte ce lundi 22 novembre pour alerter sur la situation dans les EHPAD.
©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Covid-19

Alerte à l’isolement des seniors : les Ehpad, quasi reconfinés sans le dire ?

Le Cercle des Proches Aidants en EHPAD (CPAE) a publié une lettre ouverte ce lundi 22 novembre pour alerter sur la situation dans les EHPAD. L'isolement de certains résidents est notamment dénoncé.

Sabrina Deliry

Sabrina Deliry

Sabrina Deliry est co-fondatrice du Cercle des Proches Aidants en EHPAD.

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Atlantico : Le Cercle des Proches Aidants en EHPAD (CPAE) a publié une lettre ouverte ce lundi 22 novembre pour alerter sur l’état de la situation dans les EHPAD. Quelle est-elle ?

Sabrina Deliry : La situation se tend depuis quelque temps déjà. Cela a commencé, sporadiquement, cet été et le phénomène est de plus en plus marqué depuis début octobre. Nous avons de plus en plus de messages d’alerte qui nous préviennent de reconfinement strict dans tous les territoires de France, ce sont désormais des alertes quotidiennes. La presse locale s’en fait l’écho chaque jour. Certains établissements ont totalement refermé les portes, interdit les sorties, les visites, etc. à la suite d’un cas de Covid ou plusieurs. Pourtant, les résidents sont pratiquement tous vaccinés, avec trois doses pour la plupart, et la majorité des cas sont asymptomatiques. Il y a de rares décès parmi les personnes qui sont les plus fragiles mais pas de phénomène massif.

Ce que l’on redoute c’est que ces personnes qui ont survécu aux vagues de Covid soient victimes de glissement, c’est-à-dire des conséquences de l’isolement et du manque d’interaction. Il nous semble inacceptable de reconfiner les résidents, d’autant qu’on nous avait promis que cela ne serait pas le cas. Cela se fait sans débat et sans prévenir les familles. Tous nos combats de ces derniers mois passent à la trappe. Nous craignons une généralisation de cette tendance au reconfinement. Ce qui est le plus scandaleux, c’est l’inégalité de traitement. On entend beaucoup parler de thés dansants qui deviennent des clusters. Et on a simplement demandé aux cas positifs de faire attention, sans les reconfiner. En EHPAD, malade ou pas, on enferme tout le monde. Les EHPAD sont devenus des prisons à 3000 € par mois. Les glissements tuent plus que la Covid en EHPAD. Nous sommes cinq cofondatrices dans le CPAE, trois d’entre nous ont perdu un parent de glissement pendant la crise sanitaire.

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Mais que se passe-t-il dans les Ehpad ?

L’ouverture qui devait avoir lieu et avait été annoncée par Brigitte Bourguignon n’a pas du tout été effective dans les actes ?

Le ministère n’a pas vraiment de poids. Les seuls maîtres à bord sont les directeurs. Il y a eu des protocoles édictés par le ministère, mais ce n’était que des recommandations et pas des directives. Chaque directeur peut assouplir ou resserrer les protocoles. En avril, le premier protocole n’avait pas été suivi. Un second a été mis en place en mai. On estime que 10% des EHPAD n’ont pas ouvert leurs portes et que la plupart a conservé des fenêtres de visite à des horaires restrictifs. Les EHPAD manquent de personnel pour contrôler les pass sanitaires, donc ils interdisent les visites. Mais nous, familles aidantes, sommes de la main d’œuvre gratuite. Nos parents ont besoin de nous voir et nous sommes une plus-value à tous les niveaux. Il est vrai que certaines familles ne jouent pas le jeu des gestes barrières, ce qui conduit à une interdiction générale. Elles sont irresponsables. Mais il y a aussi des directeurs qui sont bien trop durs en reconfinant d'une poigne de fer sans le consentement des résidents et des familles, alors qu'ils pourraient jouer la carte de la confiance et de la transparence en laissant les Aidants respectueux du protocole sanitaire accéder à leurs parents pour continuer les soutenir.

L'enfermement, la négation de leurs voix et de leurs droits, la privation de liens c'est de la maltraitance pure et simple.

Et il y a aussi un certain relâchement des gestes barrières de la part du personnel. Or les EHPAD les plus fermés sont parfois aussi ceux qui ont le plus de cas de Covid car quand les familles ne sont pas là, il y a un relâchement. Même si le plus souvent le personnel se donne à la tâche.

Vous tirez la sonnette d’alerte, avez-vous le sentiment d’être entendu par le gouvernement ?

Pour le moment, ils ne réagissent pas. Nous avons lancé ces alertes il y a une quinzaine de jours mais nous n’avons pas de retour. C’est pour cela que nous haussons le ton et que nous avons publié cette lettre ouverte. Nous sommes prêts à refaire la même chose qu’il y a un an : grève de la faim, sitting, etc. Il en va de la vie de nos parents. Nous n’avons pas de main tendue du ministère et nous voyons la ministre Brigitte Bourguignon faire le tour des "EHPAD vitrine" pour montrer que tout se passe bien. Nous ne cherchons pas à renverser la table, simplement à être écoutés pour que nos parents puissent vivre dignement plutôt que de mourir seuls. 

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