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La colère des agriculteurs gronde partout en France.
La colère des agriculteurs gronde partout en France.
©Reuters

Vachards

Agriculteurs en colère : les éleveurs promettent un septembre chaud, très chaud

Entre les actions syndicales déjà programmées à Paris, Bruxelles et celles qui suivront d’une part, et tout simplement les décisions qui seront prises pour sauver l’élevage français d’autre part, septembre sera crucial pour les éleveurs français.

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey est journaliste et auteur de « Tu m’as laissée en vie, suicide paysan veuve à 24 ans ».

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 WikiAgri

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WikiAgri est un pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Il a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture. Les articles partagés sur Atlantico sont accessibles au grand public, d'autres informations plus spécialisées figurent sur wikiagri.fr

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Reprenons le fil des événements récents pour mieux comprendre ceux à venir. Toutes les filières d’élevage en France (ou presque, à l’exclusion de ceux qui ont trouvé des débouchés de niche, par exemple avec des valorisations de terroir) sont touchées par la crise. Volailles, ovins, bovins (à vocation viande comme à vocation viande), porcs… Pour chacune, il existe des raisons propres à sa filière (attention donc à la « solution unique », le dossier est beaucoup plus complexe que cela), mais le mouvement d’ensemble montre aussi que notre élevage souffre de la concurrence, en premier lieu avec ses voisins européens.

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Les manifestations de juillet ont conduit le gouvernement à lancer un plan d’urgence pour l’élevage. Dans la foulée, la Fnsea a officiellement demandé à ses syndiqués d’arrêter les actions, le temps des mises en place de ce plan, quitte à les reprendre en septembre… Officiellement seulement, car en fait les actions n’ont absolument pas cessé, elles se poursuivent tout ce mois d’août, sous différentes formes : visites de cantines pour vérifier l’approvisionnement national et local, visites de grandes surfaces pour vérifier l’étiquetage d’origine des produits français (avec au passage des surprises, comme des frigos avec des viandes périmées depuis deux ans à l’intérieur, les services des fraudes ont été appelés dans ces cas là), visites de laiteries, barrages filtrants sur les autoroutes, contrôle des prix en grandes surfaces… Il n’y a pas eu une seule journée sans une action.

Prenons une seule date au hasard. Sur la seule journée du 28 juillet, il y a eu un rendez-vous avec un président de Conseil départemental (celui de l’Aisne), des contrôles de l’origine des produits pour la restauration hors domicile à Charleville-Mézières (Ardennes), des tractages vers les clients des grandes surfaces en Ariège, une rencontre « filière » d’un groupement de producteurs bovins dans le Cher, des contrôles sur l’origine des produits et le contenu des frigos dans plusieurs entreprises des Côtes-d’Armor, des contrôles sur l’origine des viandes en différents lieux à Toulouse, des manifestations à Marsiac dans le Gers pendant le déplacement de Stéphane Le Foll, des rencontres avec des dirigeants d’entreprises en Ille-et-Vilaine pour mieux appréhender leurs fonctionnements, une visite de grande surface à La Châtre dans l’Indre, une rencontre avec la direction de la coopérative Maïsadour dans les Landes, des barrages filtrants puis un rendez-vous en préfecture en Moselle, des contrôles sur les origines des viandes dans les Pyrénées-Atlantiques avec deux conférences de presse (dans le Béarn et dans le Pays Basque), une action « restauration hors domicile » dans la Sarthe, de nombreux contrôles sur l’origine des produits frais en Seine-Maritime, accueil à la ferme d’élus en Vendée, opération grandes surfaces en Haute-Vienne, visite du McDonald de Beauvais dans l’Oise, opération « restauration hors foyer » dans l’Orne, et enfin même type d’opération « restauration hors domicile » dans la Somme. Désolé pour le catalogue, mais il s’agit là uniquement des opérations menées sur une seule journée, le mardi 28 juillet. Et ce fut tous les jours comme ça, avec au minimum trois opérations, en différents endroits, par jour. Sur la période allant du 20 juillet au 8 août (soit 19 jours), plus de 300 opérations de contrôles ou de sensibilisation ont été menées par les agriculteurs, et encore, il s’agit d’un chiffre minimum, car certaines initiatives émanant des divisions cantonales des syndicats n’ont pas été répertoriées.

Les manifestations et autres dates du calendrier de septembre à retenir

Interviewé sur France2 lors de l’émission Télématin le lundi 17 août, Xavier Beulin, président de la Fnsea, y a officiellement annoncé une grande manifestation agricole à Paris le jeudi 3 septembre. Ce qu’il n’a pas dit, c’est que ce mouvement commencera en fait dès le mardi 1er septembre : les agriculteurs qui vont « monter » à Paris démarreront doucement de chez eux dans différents cortèges, qui grossiront au fur et à mesure. Les Bretons partiront depuis une des pointes du Finistère pour bien montrer combien ils sont tous touchés par la crise. On peut supposer que la manifestation Bretons-Normands (n’oublions que les premières manifestations de juillet des éleveurs laitiers sont venues du Calvados), lorsque ces deux cortèges se réuniront, fournira un très important courant de contestation dans l’ouest parisien, avant même le commencement officiel du 3 septembre. Les bassins de production normand et breton sont particulièrement touchés, et ils sont aussi les plus importants en France… Il est par ailleurs probable que d’autres régions partiront avant le 3 septembre pour arriver lentement vers Paris.

Dans le calendrier, la manifestation suivante aura lieu à Bruxelles, le lundi 7 septembre. Elle est organisée par le Copa - Cogeca (qui sont les fédérations des syndicats de producteurs et des coopératives en Europe). En l’occurrence, il s’est donc agi de trouver la revendication commune à tous les agriculteurs européens qui y seront présents (y compris les Français donc, la Fnsea a déjà annoncé sa participation) : il s’agira de l’embargo russe, aux conséquences désastreuses pour les filières d’élevage, mais aussi les fruits et légumes. Ce jour-là, le 7 septembre, aura lieu en effet un conseil européen des ministres de l’Agriculture, conseil qui est décisionnaire et qui a donc la possibilité d’accorder davantage d’aides pour compenser l’embargo (des mesures ont déjà été prises mais visiblement insuffisantes). Certains syndicats, belges notamment, souhaitent même inciter les décisionnaires européens à négocier avec la Russie la levée de l’embargo.

La date suivante n’est pas en soi une manifestation, mais a son importance : le mercredi 9 septembre, François Rebsamen quitte le gouvernement et le ministère du Travail (à moins que cette date, initialement donnée par François Rebsamen lui-même, ne soit avancée ?). Or, Stéphane Le Foll, actuel ministre de l’Agriculture, est pressenti pour lui succéder. Ce qui signifierait que l’on changerait de ministre de l’Agriculture en plein milieu d’une crise… Quel que soit le nouveau venu dans ce cas (le nom le plus souvent avancé est celui de Germinal Peiro, député PS de Dordogne qui fut rapporteur de la loi d’avenir de l’agriculture), il héritera d’un dossier qui n’autorisera ni temps de latence, ni la moindre erreur d’appréciation… La démission de Stéphane Le Foll est souvent demandée par les manifestants, pour autant l’arrivée d’un nouveau ministre, si elle infléchira de fait sur certaines décisions, ne pourrait être considérée comme étant « la » solution à tout…

Le salon du Space (salon de l’élevage et des productions animales) se tiendra du mardi 15 au vendredi 18 septembre à Rennes. Il est traditionnellement inauguré par le ministre de l’Agriculture, lequel est souvent chahuté au gré des crises : certains n’ont pas pu terminer leur visite comme prévu, d’autres ont été séquestrés quelques heures… Cette année particulièrement, le Space présente un contexte explosif : 1) C’est le salon des productions animales, or elles sont toutes en crise. La colère peut venir des éleveurs de porcs, des éleveurs laitiers, des éleveurs à viande… Ou de tous ensembles ! 2) Il a lieu en Bretagne, bassin de production important, particulièrement touché par la crise, et où les manifestations sont parfois violentes. 3) N’oublions pas que le mouvement des Bonnets rouges est breton. Nous serons également dans un contexte pré-électoral régional, où se présentera une liste indépendantiste, avec à sa tête l’un des créateurs des Bonnets rouges. Pour autant, il semble que les autres Bonnets rouges, dans leur majorité, rejette cette option indépendantiste (et toute forme de récupération politicienne), qui ne constitue pas une revendication originelle au mouvement ; mais ils pourraient manifester sans leurs bonnets justement, davantage pour montrer que les problèmes de compétitivité en zone rurale affectent toutes les professions. 4) La Bretagne est particulièrement touchée par les suicides en agriculture, c’est d’ailleurs près de Vannes que sera organisée, le 11 octobre, la première journée nationale en faveur des familles des suicidés en agriculture… Or, quand on est proche du suicide, cela signifie que l’on est prêt à tout…

Il est donc totalement impensable qu’un ministre ne vienne au Space sans rien dans sa besace. Et tout aussi impensable qu’il ne vienne pas du tout… Cela signifie que le meilleur (seul ?) moyen d’éviter une recrudescence majeure de la protestation avec des conséquences que tout le monde aimerait éviter est encore d’avoir, préalablement au Space, mis sur les rails de réelles solutions pour redonner l’espoir en l’avenir aux éleveurs.

Sans attendre non plus le Sommet de l’élevage, salon qui se tiendra à Clermont-Ferrand les 7, 8 et 9 octobre, et qui offre lui aussi une possibilité de réunion d’éleveurs… Désespérés, en colère… Ou, enfin, rassérénés ?

 

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