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L'Élysée vient d'annoncer que le retrait des 4000 soldats français d'Afghanistan commencerait en 2012.
L'Élysée vient d'annoncer que le retrait des 4000 soldats français d'Afghanistan commencerait en 2012.
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Afghanistan : "Le retrait français est dicté par les Américains"

L'Élysée vient d'annoncer que le retrait des 4000 soldats français d'Afghanistan serait calqué sur le calendrier arrêté le 22 juin par Barack Obama : les premières troupes devraient être de retour avant l'élection présidentielle. Une décision qui illustre la dépendance française à l'égard de son allié américain.

Philippe  Moreau Defarges Bruno Bernard

Philippe Moreau Defarges Bruno Bernard

Philippe Moreau Defarges est chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI) et professeur à l'Institut d'études politiques de Paris.

Spécialiste des questions internationales et de géopolitique, il est l'auteur de très nombreux livres dont Introduction à la géopolitique (Points, 2009) ou 25 Questions décisives : la guerre et la paix (Armand Colin, 2009).

Bruno Bernard est ancien conseiller politique à l'Ambassade de Grande-Bretagne à Paris, et consultant politique indépendant.

 

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Atlantico : La décision française d'opérer un retrait progressif de ses forces d'Afghanistan est-elle judicieuse ?

Philippe Moreau Defarges : De toute façon, la France ne peut pas maintenir ses troupes si les États-Unis se replient : elle calque son attitude sur celle des Américains. Au-delà de ça, cela me paraît judicieux : la guerre tourne très mal, les autres troupes sont enlisées, il faut donc partir. Ce n'est pas la première fois que les Occidentaux sont battus en Afghanistan.

Nous sommes donc complètement dépendants des États-Unis...

Non, ce n'est pas le mot exact. C'est une opération collective, et le chef de la coalition, qui fournit les plus gros moyens, s'en va : comment les alliés pourraient-ils rester ? Le retrait des troupes est une opération très délicate, qui peut provoquer beaucoup de morts et énormément de dégâts : le retrait des soldats français va donc être totalement dicté par le retrait des Américains. Refuser de se coordonner avec les États-Unis, ce serait de l'orgueil national ridicule qui mettrait en péril la sécurité de nos troupes.


La décision du retrait a-t-elle été prise de façon collective ?

Non, c'est d'abord la décision des États-Unis. Les alliés sont des spectateurs. Barack Obama en a assez d'être manipulé par les militaires. Il faut rappeler qu'en début de mandat, il avait décidé d'augmenter la présence américaine en Afghanistan. Ce qui est intéressant dans cette décision, c'est l'évolution du rapport entre le militaire et le politique : Obama veut montrer qu'il est le vrai patron et que ce sont pas les militaires qui dictent la politique étrangère américaine.


Cette guerre aura-t-elle été un fiasco complet ?

Il est clair que ce retrait est l'aveu d'un échec. Néanmoins, même si les effets à long-terme de l'intervention mettront longtemps à apparaître, l'Afghanistan va inexorablement changer, en s'intégrant dans les flux mondiaux. Pour les talibans, c'est une victoire tactique, mais à long-terme, ils ont perdu. Ils ne pourront pas continuer éternellement cette fermeture du pays. Finalement, l'intervention n'aura pas été inutile.

Pourtant, la guerre en Afghanistan aura signé la fin des interventions occidentales. Les dégâts sont déjà là, puisque l'opération libyenne s’essouffle par manque de moyens, et à cause de la prudence américaine. Dès lors que le grand allié interventionniste ne veut plus intervenir, la France n'a que des coups à prendre en s'impliquant dans des conflits. On l'a vu avec la prudence avec laquelle elle est intervenue en Côte d'Ivoire : si l'opération avait été plus massive, elle aurait provoqué des réactions plus hostiles. Le temps des interventions occidentales est donc révolu.

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