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Accro à votre téléphone portable ? Les scientifiques vous expliquent pourquoi
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Ça vous fait un beau pouce

Accro à votre téléphone portable ? Les scientifiques vous expliquent pourquoi

Personne n'est à l'abri du phénomène d'addiction à son téléphone portable. Par la sécrétion de dopamine dans notre cerveau, consulter trop souvent son téléphone devient un risque, surtout chez les plus jeunes.

Gérard-Yves Cathelin

Gérard-Yves Cathelin

Gérard-Yves Cathelin est psychothérapeute et addictologue. 

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Atlantico : Il semble que de nombreuses personnes sont aujourd'hui "accros" à leur téléphone portable. Peut-on estimer l'ampleur de ce phénomène ? Comment s'explique scientifiquement cette addiction ?

Gérard-Yves Cathenin : Bien-sûr. On estime le nombre de téléphones portables à environ 7 milliards à l'échelle de la planète. En France, près de 90% de la population possède un portable. C'est donc à l'aune de ces chiffres qu'il convient d'analyser ce phénomène d'addiction. Il faut savoir notamment que 15% des Français arrêtent le coït pour consulter leur téléphone. 

Cette addiction se manifeste à partir du moment où le seuil de dopamine augmente. S'enclenche alors le cycle de la récompense qui amène à un accroissement de la satisfaction. Ainsi, le cerveau imprime ce seuil de récompense, associant l'addiction au téléphone portable qui devient l'objet de cette addiction, au même titre que la drogue ou l'alcool. Ce dernier, dans beaucoup de cas, est un doudou. On se réfugie à travers lui. C'est l'objet qui nous relie au virtuel. Beaucoup de jeunes notamment sont accros à leur portable, parce qu'ils sont également accros aux réseaux sociaux. Le téléphone devient ainsi le prolongement de la personne.

Des conditions particulières doivent-elles être réunies pour que cette sécrétion de dopamine ait lieu ?

Pas forcément. Au niveau du système nerveux central, on constate une modification neuronale. Les neurones étant modifiés par cette augmentation de la dopamine ; la sensibilité au téléphone portable est donc plus forte. A partir du moment où il y a modification neuronale, l'objet téléphone portable devient important. 

Les enfants et les adolescents seraient davantage touchés par ce phénomène. Pour quelle(s) raison(s) ? N'est-ce pas là un motif suffisant pour limiter l'usage (régulier) du téléphone chez les plus jeunes ? 

Le cerveau n'achève sa constitution qu'à l'âge de 25 ans, ce qui explique que les enfants et les adolescents soient davantage touchés par ce phénomène. Par conséquent, si on le nourrit très tôt d'ordinateur ou de téléphone portable, très vite le cerveau va être accroché à cet objet. Dans certaines classes, j'ai donc interdit à ce que les élèves aient un portable avant l'âge de 12 ans. 

Ceux qui vendent les téléphones portables ont une activité de lobbying importante parce qu'ils ont besoin de nouveaux clients. Par conséquent, ils vont tout mettre en œuvre pour que les plus jeunes aient eux aussi un téléphone portable. Il y a aussi le problème des parents, et notamment des jeunes trentenaires, qui sont eux aussi constamment accrochés à leur portable à lire des mails ou à jouer à Candy Crush. Un tel comportement incite les enfants à s'accrocher également à leur téléphone. Je me souviens de ce couple que j'ai reçu en consultation : la femme dormait constamment avec son portable sous l'oreiller pour ne manquer aucun appel ou SMS de ses enfants ; son mari déplorait cette situation, se plaignant de partager son lit finalement, avec 3,4, 5 personnes ! 

Connaissant cette explication biologique, comment lutter efficacement contre cette addiction au téléphone portable ? 

La première chose qu'il convient de faire, c'est de fermer son téléphone portable. Ce sevrage ne doit pas nécessairement être radical dans un premier temps ; il convient davantage de fermer son téléphone pendant 1h par exemple, moment pendant lequel il faut se plonger dans une activité sans son téléphone portable (aller faire ses courses par exemple, se promener, etc.). Il s'agit de reprendre le contrôle sur sa vie, pour éviter que ce soit le téléphone qui nous dirige.

J'ai rencontré des personnes littéralement en état de manque, manifestant des sueurs froides s'ils n'ont pas de portable. Dans des cas comme ceux-là, une aide extérieure, comme celle d'un addictologue, est nécessaire. D'ailleurs, l'hôpital Marmottan à Paris, spécialisé dans l'addiction aux drogues dures, a ouvert une unité de 5 à 10 lits pour toutes les personnes addicts à leur téléphone portable, aux ordinateurs, aux jeux vidéos, etc. Il existe également des cures de sevrage au cours desquelles on apprend à l'individu à faire du téléphone portable simplement un outil, et non pas le prolongement de notre pensée. 

Propos recueillis par Thomas Sila

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