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Un montage des candidats à l'investiture des Républicains, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, dans le cadre de l'élection présidentielle de 2022.
Un montage des candidats à l'investiture des Républicains, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, dans le cadre de l'élection présidentielle de 2022.
©ERIC PIERMONT / AFP

Offres politiques

6 candidats LR : y en-a-t-il vraiment pour tout le monde à droite ?

Les 6 candidats déclarés à la nomination couvrent-ils vraiment le spectre de l’électorat de la droite et du centre ?

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019) et Le dictionnaire du progressisme (Seuil 2022). 

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Atlantico : Les adhérents Les Républicains (LR) choisiront leur candidat à la prochaine présidentielle lors d’un congrès. Six candidats sont en lice : Michel Barnier, Xavier Bertrand, Éric Ciotti, Philippe Juvin, Denis Payre et Valérie Pécresse. Ces six offres politiques couvrent-elles l’intégralité du spectre de la droite républicaine ? Est-il possible que malgré cette offre, certains électeurs de droite se sentent orphelins ?

Christophe Boutin : Si l'on prend effectivement en compte la structure même des Républicains, ce parti qui a historiquement agrégé des élus venus de l'ancien RPR, à l'héritage gaulliste, à d’autres venus de l'UDF, avec un héritage cette fois centriste, il est permis de penser que les six candidats actuellement en lice couvrent l'ensemble du spectre. Le fait que nous ne saurons qu’aujourd’hui si Denis Payre obtiendra ou non les 250 parrainages d'élus nécessaires pour participer à la primaire LR, et si les six ne seront pas finalement cinq, est ici relativement secondaire, car ce n'est pas lui faire insulte que de considérer que sa notoriété, au sein du parti comme à l’extérieur, est marginale par rapport à celle de ses cinq rivaux.

Si l'on examine les candidatures actuelles, on trouve donc « de droite à gauche », un éventail que l’on peut déterminer en fonction des choix possibles que feraient ces politiques en cas de second tour opposant Éric Zemmour à Emmanuel Macron. Si Éric Ciotti a annoncé un possible soutien au premier,  il est vraisemblable que Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse préfèreraient eux se rallier à la candidature du président sortant. Ce choix a ici valeur de symbole, en ce qu'il traduit peut-être des points de convergence, mais aussi, et surtout, une priorité dans les rejets – au second tour, on le sait, on vote « contre » plus que « pour » lorsque son candidat a été éliminé.

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Par ailleurs, il y a une diversité de statut, avec des poids-lourds politiques, anciens ministres, présidents de régions ou ancien haut fonctionnaire européen (Bertrand, Pécresse, Barnier), puis des candidats de moindre notoriété (Ciotti, Juvin) et enfin un candidat moins connu encore (Payre). Des diversités aussi en termes d’image, avec un candidat qui a vu la sienne décoller au moment de la crise covidienne (Juvin), ou une candidature féminine.

Pour autant, si l’on en croit les sondages, ces candidats peineraient à dépasser les alentour des 13% de suffrages recueillis au premier tour, tandis que Nicolas Dupont Aignan est crédité d’environ 3 % et qu’Éric Zemmour tourne autour de 15 %. Sur un total de voix de droite de 31 % (en acceptant, comme le font les médias, de classer les électeurs du RN à « l’extrême droite », un concept bien peu utile pourtant puisqu’il ne saurait recouvrir les 19 % de soutiens de Marine Le Pen), les candidats LR n’en attirent qu’un peu plus de 40 %. Et si l’on fait le total des électeurs potentiels de la droite dans son ensemble (50 %), ceux de LR n’en représentent que le quart.

Certes, il faut sans doute attendre la désignation - ô combien tardive - du champion des LR, le 4 décembre, pour avoir une idée plus claire des soutiens électoraux qu'il pourra obtenir. Le parti devrait en effet se mettre alors en ordre de marche et son programme se clarifier - si, du moins, les perdants se rallient bien au vainqueur, et le soutiennent autrement que la corde soutient le pendu -, ce qui peut attirer des électeurs. On verra un peu avant si, lors des trois débats qui sont prévus entre les prétendants, les 8,14 et 30 novembre, les Français vont se passionner pour ce fracas des hommes et des idées. Pourraient effectivement apparaître dans ces heurts, sinon de nouvelles problématiques, au moins de nouvelles propositions, qui pourraient, pourquoi pas, modifier la perception qu'ont encore aujourd’hui les électeurs de ces candidats. Reste à savoir si cela sera suffisant pour ramener derrière leur héraut les électeurs potentiels qui se sont portés, par exemple, sur la candidature d'Éric Zemmour.

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La diversité des positions affichée est-elle crédible sur le fond au vu des revirements de plusieurs candidats sur différents sujets ?

C’est une bonne question que celle de savoir si c’est la page LR qui est tournée, pour une partie au moins des électeurs de droite, ou si cette désaffection n’est que temporaire, due à un désamour des actuels représentants du parti. Il serait trop cruel de noter les revirements que vous signalez, mais rappelons quand même que  Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse  avaient choisi après 2017 de quitter un parti dont ils considéraient que l’image trop droitière pouvait nuire à la suite de leur carrière politique, avant d’y revenir plaider le tour sécuritaire, ou que Michel Barnier, ex-commissaire européen, entend maintenant prendre ses distances avec l’UE. Reste que d’autres ont moins varié : Éric Ciotti a ainsi toujours représenté « l'aile droite » des Républicains.

Quoi qu’il en soit, ce qui est certain c’est que ce ne sont certes pas ces différents candidats qui, pour l’instant, donnent le « la » à la campagne. Que ce soit sur la question des rapports entre Union européenne et souveraineté française, que ce soit sur celle du « gouvernement des juges » et de la manière dont ces derniers peuvent bloquer une réforme souhaitée par une majorité de la population, que ce soit sur celles de la sécurité, de l'identité nationale et, bien sûr, de l’immigration, les candidats LR peinent à se faire entendre.

Ils semblent en grande partie à la recherche d'éléments de langage pour trouver une voie médiane entre Marine Le Pen et Éric Zemmour sur leur droite, Édouard Philippe et Emmanuel Macron sur leur gauche, un exercice bien délicat, et plus encore quand il y a les revirements évoqués : on ne passe pas impunément, pour certains d’entre eux, vingt ou trente années de vie politique à s’incliner devant les diktats de la gauche intellectuelle et « morale » sans que cela laisse des traces. Et même les candidats les moins concernés par cela, même ceux qui avaient tenté de lutter contre cette doxa et de mettre en place un discours clair pour lui répondre, se retrouvent aujourd’hui dépassés par des intervenants nouveaux qui n’ont pas à traîner le boulet que peut être l’image d’un ancien « parti de gouvernement » quand l’échec des politiques mises en ooeuvre par les gouvernements des dernières décennies est chaque jour plus évident.

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Si l’on regarde l’histoire de la droite, ces six candidatures s’inscrivent-elles dans des tendances historiques ?

Effectivement, on peut s'interroger sur certaines tendances historiques ou certaines personnalités ayant structuré la droite française, et  derrière lesquelles se retrouveraient certaines de ces candidatures.

Éric Ciotti, par exemple, se situe clairement dans une tradition bonapartiste qui est celle d'une partie de la droite française, avec comme demandes celle d’un pouvoir central fort, prenant pleinement en compte ses missions régaliennes et allant parfois au-delà, quand Denis Payre est lui le représentant d’une droite libérale volontiers partisane d’un État minimum et se méfiant d’une caste politique qui viendrait perturber la main du marché. Philippe Juvin représente une droite lettrée de notables pompidoliens mâtinée d’un volontarisme quasi sarkozyste. Michel Barnier serait plutôt à placer plutôt dans la continuité d'un Valéry Giscard d'Estaing, pour le style, fait d’une certaine distance, comme aussi bien sûr pour son lien avec la construction européenne. Xavier Bertrand et Valeri Pécresse sont eux de parfaits « bébés Chirac », plus ou moins mâtinés de juppéisme, de bon représentants de ces élus amenés aux affaires par des votes de droite, et dont le libéralisme économique se tempère parfois – c’est le cas pour Bertrand - d’une approche de proximité vite baptisée « sociale », quand, sur le plan sociétal, leur seul but est de ne surtout pas choquer la gauche.

Parmi ces candidats y en a-t-il susceptibles de séduire au-delà de leur famille politique, plus à droite chez Zemmour, Le Pen ou Dupont-Aignan et plus à gauche chez Philippe, Macron ou même au PS ?

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On connaît la grande formule partout répétée selon laquelle « on préfère l'original à la copie ». Or, nous l’avons dit, sur nombre des points essentiels de cette campagne présidentielle (immigration, insécurité, identité), ces candidats sont dépassés par ceux autour desquels, actuellement, tout se définit, Emmanuel Macron, le Président sortant, ce qui est logique, mais aussi – et surtout – ce nouvel arrivant qui vient perturber le jeu, Éric Zemmour.

Dans l'hypothèse où ils chercheraient à séduire les électeurs situés plus à droite, les candidats LR tenteront certainement de jouer la carte de la crédibilité politique. Ils s'attaqueront ainsi à Marine Le Pen en rappelant le débat raté de 2017, ou en constatant qu’elle n'a pas vraiment fait figure d'opposante efficace entre 2017 et 2022. Ils s'attaqueront à Éric Zemmour en déclarant qu'il n'est qu'un petit journaliste polémiste et non pas un véritable homme politique, qu’il manque de stature, qu’il ne présente pas de programme détaillé. Cette tentative leur sera beaucoup plus difficile à mener sur leur gauche : d’une part, on peut penser ce que l’on veut des choix d’Emmanuel Macron, mais le président sortant est un homme politique qui a dû diriger son pays lors de crises délicates, économique et sanitaire ; d’autre part, Édouard Philippe,, dont le parti sera sans doute une épine dans leur pied  lors des législatives de 2022, a lui aussi une réelle crédibilité politique, acquise en tant que Premier ministre, ce qu’aucun de ces candidats n'a été.

Reste que même sur l’électorat de droite, l'argument selon lequel, ayant été aux affaires, étant eux de « vrais » hommes et femmes politiques, ils sont une garantie de sérieux, est de moins en moins porteur. Il séduira bien quelques retraités toujours inquiets des troubles potentiels, mais le taux d'abstention traduit clairement le désintérêt, la méfiance, voire le rejet par les Français d’une large partie de la classe politique et des partis existants. La victoire d’Emmanuel Macron en 2017 a clairement montré leur volonté de renverser la table, et des mouvements de protestation du type Gilets jaunes ou Antivax dressent une fronde permanente depuis maintenant trois ans : le « dégagisme » n’est pas mort.

De plus, avancer comme argument d’avoir été aux affaires pour l’image de sérieux ainsi donnée pose de plus en plus crûment la question des résultats que l’on a alors obtenu. Or, sur les points essentiels qui inquiètent nos concitoyens, aucun de ces candidats n'a réussi à imposer sa marque. Certains ne l’ont pas pu parce qu’ils n’avaient pas de fonctions qui leur permettaient d'engager une vraie politique en la matière, et ont dû se contenter de porter un discours, à la Chambre ou au Parlement européen. Mais d'autres, placés eux à des postes décisionnels importants -  locaux et nationaux -, n'ont pas vraiment de bilan à montrer pour prouver leur remarquable efficacité sur ces points.

On se rappelle le mot cruel par lequel François Mitterrand, « l’homme du passé » selon Giscard en 1974, crucifia à son tour ce dernier dans le débat de 1981 en le qualifiant « d’homme du passif ». C’est sans doute un élément d’explication, comme l’est la difficulté à reconstruire une relation de confiance quand celle-ci est rompue.

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