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50 sur 736 : comment la France est devenu le pays ayant formé le plus de joueurs de foot dans ce mondial 2018 (y compris tous ceux qui jouaient dans d’autres équipes)
©CHRISTOPHE SIMON / AFP

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50 sur 736 : comment la France est devenu le pays ayant formé le plus de joueurs de foot dans ce mondial 2018 (y compris tous ceux qui jouaient dans d’autres équipes)

La France est devenue le pays ayant formé le plus de joueurs dans ce mondial 2018, même en prenant en compte les joueurs qui jouent pour d'autres équipes.

Pierre Rondeau

Pierre Rondeau

Pierre Rondeau, professeur d'économie et doctorant, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonnevient de publier "Coût franc, les sciences sociales expliquées par le foot" (Bréal)

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Atlantico : Qu’est-ce qui explique que la France soit cette pépinière de joueurs de talents du monde entier ?

Pierre Rondeau : À mon sens, c’est un phénomène multifactoriel qui pourrait expliquer la force de la formation française, qui forme d’excellents joueurs jouant en France ou à l'étranger.

Le premier élément, c’est que la France est une ancienne grande puissance coloniale. A la fin de la décolonisation, les Français d’origine coloniale nés en France ont pu garnir les formations et profiter de la force et de la puissance de la formation française.

Deuxième argument, nous sommes le premier pays exportateur de footballeur d'Europe et le deuxième au monde derrière le Brésil. Le monde entier ne tarit pas d’éloges à propos de la formation française. Nous sommes capables de repérer des jeunes talents très jeunes.

Nous avons tellement de bons joueurs que nous continuons même à débattre du choix de l’équipe de Didier Deschamps. Car beaucoup auraient eu leur place dans l’équipe.

Enfin, la France a fait le choix de miser non pas sur un sport d’excellence mais sur un sport solidaire. D’aucuns pourraient critiquer la taxation ou les prélèvements sur le sport professionnel. Mais nous avons fait le choix d’imposer une redistribution verticale du sport professionnel -qui rapporte de l’argent- vers le sport amateur et le sport de formation en faveur du plus grand nombre dans une logique de solidarité. Et aujourd’hui, au-delà du football français, le sport français bénéficie de cette distribution.

Aussi, le Centre National pour le Développement du Sport (CNDS) se finance via la taxe Buffet mise en place en 1997. C'est une taxe sur les droits de retransmission sportive, dont 80% provient du foot. De la même manière, un prélèvement automatique de la Française des jeux vient financer le CNDS. En retour, le CNDS vient redistribuer ses fonds en faveur des clubs amateurs, locaux et formateurs de football, mais aussi d’autres disciplines. Cela permet d’avoir un engouement quantitatif pour la formation. La résultante, c’est qu’on forme énormément de joueurs de toutes les origines. Ce phénomène quantitatif explique le fait qu'il y ait beaucoup de joueurs français qui évoluent sur ce mondial.

Qu'en est-il de l'Angleterre qui est aussi une ancienne puissance coloniale, mais qui pour autant ne fournit pas autant de joueurs ?

Vous avez raison de mentionner l'Angleterre. Car cet élément quantitatif que j'expliquais est aujourd'hui remis en cause par le nouveau gouvernement, et plus précisément par la ministre des Sports, Laura Flessel, qui souhaite imposer une réforme sur le modèle britannique.

La France fait le choix d’une redistribution quantitative là où l’Angleterre fait le choix d’une redistribution qualitative. Pourquoi ? En 1996, durant les JO Atlanta, les Britanniques font une piètre démonstration sportive et terminent 36eme. Tout le gouvernement remet en cause son système de formation et impose non pas une logique de solidarité, mais une logique de performance. Le résultat, c’est que dorénavant les Anglais financent la performance avant la formation solidaire pour le plus grand nombre.

On pourrait leur donner raison, car l’Angleterre est une excellente puissance sportive notamment aux JO, devant la France d’ailleurs. Mais le point négatif, c’est que bien que comme la France, il s'agisse d'une ancienne puissance coloniale, il n’y a pas autant de joueurs formés en Angleterre qui brillent en Coupe du monde. Et l'on constate que l’accessibilité au sport dans les quartiers populaires est extrêmement faible.

À voir comment cela se déroulera en 2022. Mais si on adopte le modèle anglais, nous risquons de perdre cette domination de la formation française.

C’est la force de notre nation, nous avons un potentiel tellement puissant et financer via une grande politique de redistribution solidaire que nous pouvons nous permettre d'avoir énormément d'excellents joueurs.

Les anciennes puissances coloniales françaises sont des pays où le football est devenu le sport national. Est-ce le cas des anciennes puissances britanniques ?

C'est mon dernier argument, il s'agit d'un secteur aléatoire, d'une coïncidence. Oui, nous avons beaucoup de joueurs formés en France, mais il y a aussi beaucoup d’anciennes colonies françaises qui participent à la Coupe du monde. D’anciennes colonies britanniques auraient pu se qualifier. Mais les colonies anglaises ne sont pas des pays de football. D’un point de vu footballistique, les pays colonisés par la France sont devenus de puissances footballistiques (Algérie, Maroc, Tunisie, Cameroun, Sénégal) et ont potentiellement la chance de participer à un mondial. D'ailleurs, beaucoup de joueurs français ont des origines de ces pays-là.

Un dernier point, la force de la formation française, c’est qu'elle a su exporter le football dans les anciennes colonies. Les Anglais ont préféré le faire avec le rugby. Mais finalement, le football est devenu le premier sport international…

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