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En 2013, seulement trois films français ont dépassé le million de spectateurs
En 2013, seulement trois films français ont dépassé le million de spectateurs
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Résiste !

3 films français uniquement dans les 20 plus vus en 2013 : simple trou d’air ou débâcle ?

Parmi les films ayant dépassé le million de spectateurs en 2013 en France, on ne compte de productions nationales que "Les Profs", "Les garçons et Guillaume, à table !" et "Boule et Bill". Un ratio tricolore qui doit sa faiblesse à des raisons structurelles et sociétales.

Nathalie Roncier

Nathalie Roncier

Nathalie Roncier est consultante en cinéma et en audiovisuel. Elle est chargée de programmation pour des festivals et des salles d'art et essai en France et en Europe. Elle est productrice de documentaires, auteur et documentaliste en documentaires et est scénariste.

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Atlantico : Comme chaque début d'année, c'est l'heure des bilans. Parmi eux la divulgation du box-office de l'année passée.  Entre autres films ayant dépassé le million de spectateurs au cinéma en France, on trouve "Les Profs" en 5e position, "Les garçons et Guillaume, à table !" en 17e position et "Boule et Bill" en 19e. Plus inquiétant, outre leur positionnement, la liste des films français dans les 20 les plus vus en 2013 s'arrête là. L'absence de représentation de productions françaises dans le box-office est-elle alarmante ? Que faut-il conclure d'une pareille information ?

Nathalie Roncier : Bien sûr que c'est alarmant ! Il faut en conclure que le cinéma français n'est plus une vitrine de ce qu'on appelait autrefois le cinéma populaire (avec De Funès, Bourvil, Belmondo…). Les spectateurs (toutes classes d'âge confondues, entre amis ou en famille) allaient beaucoup au cinéma dans les salles de quartier. Maintenant, le cinéma populaire a laissé place au cinéma d'auteur, qui intéresse moins les jeunes générations. Ce n'est donc pas étonnant que les films français soient peu représentés, mais c'est tout de même alarmant. Et dommage.

Cette faible représentation de films français au box-office 2013 est-elle simplement le fruit d'un trou d'air contextuel ? A contrario, est-ce plutôt le signe d'un problème structurel des productions françaises ? Les films de ce top 20 sont-ils représentatifs du cinéma français ?

Si l'on compare avec d'autres disciplines telles la musique ou la littérature, cette tendance ne se retrouve pas. Les chanteurs français sont à la mode. A part la bande dessinée, la jeune génération ne se déplace pas beaucoup en librairie. De ce fait, je pense que c'est un problème structurel des productions françaises.  Prenons l'exemple de "La vie d'Adèle", palme d'or française. Le film a été très médiatisé avec des héroïnes adolescentes. C'était censé attirer beaucoup de public et pourtant on ne retrouve pas ce film dans le box-office. Le problème est donc structurel, mais il vient de la société.

Pour comprendre la faible représentation,  il faudrait regarder les tranches d'âge de ceux qui font les entrées. Si la cible est aujourd'hui les jeunes, c'est une évidence qu'ils préfèrent aller dans les multiplexes, dans lesquels les films français ne sont pas toujours diffusés. L'absence de diversité des films projetés dans les grands centres expliquent la faible représentation des films français au box-office.

De plus, les coproductions ne sont pas prises en compte dans le classement alors qu'elles se développent. Ainsi, "Moi, Moche et Méchant 2" est au top du classement en tant que film américano-français mais n'est pas pris en compte.

Aujourd'hui également, on suit davantage les comédiens américains que les comédiens français car ils sont davantage mis en vitrine. Dans la même idée, les spectateurs suivent davantage les comédiens que les réalisateurs. C'est Le casting qui attire le spectateur. Finalement, les comédiens français sont moins suivis, ce qui explique que les films soient moins visionnés.

Le score des films français au box-office 2013 relance le débat du prix d'un film en France. Les productions françaises coûtant presque autant que les productions américaines pour largement moins de recettes, l'échec économique mis en exergue par ce classement parait alors évident. La véritable question ne réside-t-elle pas dans le (dys)fonctionnement du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), finalement ?

S'il n'y avait pas le CNC, il n'y aurait plus du tout de cinéma français. Grâce aux coproductions qui se développent, le CNC donne de l'argent aux pays affiliés. C'est pour ça qu'on a désormais accès à certains films indien (The lunch box), belges, asiatique... Le CNC finance, et le problème n'est pas lié au financement. La France est le seul pays à avoir un CNC avec une taxe appliquée sur chaque ticket de cinéma qu'on achète qui permet de financer le cinéma national. Heureusement, cette taxe s'applique également sur le cinéma américain, sinon le CNC serait très pauvre… Grâce à cet argent, le CNC finance des films et des coproductions. C'est donc grâce au CNC que le cinéma français existe encore.

En conséquence et sans surprise, 17 des 20 films les plus vus en France au cinéma en 2013 nous viennent des Etats-Unis. Comment expliquer un tel écart entre les deux productions ? Quel est l'avenir du cinéma français face aux blockbusters américains ? Les productions françaises devraient-elles cultiver leur authenticité ou bien se calquer sur le cinéma d'outre-Atlantique ?

La France ne fait pas vraiment de films fantastiques, c'est pourquoi elle n'arrive pas à percer. On l'a dit, en France, on fait surtout des films d'auteurs, qui ne font pas beaucoup d'entrées donc ne peuvent pas apparaitre dans le box-office. Les blockbusters sont hors budget pour la France malgré les dons du CNC. De plus, la France ne fait pas assez de recettes, donc ne pourra pas concurrencer les Etats-Unis.

Les films français sont trop dans la réalité, dans le quotidien, dans la vie courante. Or aujourd'hui, ceux qui font les entrées ont envie de se vider la tête, de s'évader. C'est pourquoi ils se tournent principalement vers le cinéma américain. On ne va plus vraiment au cinéma pour regarder le film et apprécier le travail du réalisateur, on se déplace pour passer un moment convivial avec ses amis ou sa famille. Le cinéma est une sortie.  On ne se déplace donc pas voir des films "prise de tête". Pourtant c'est une évidence que les productions françaises doivent cultiver leur authenticité. Grâce au cinéma français, on peut faire du roman-photo, comme on trouverait au théâtre. Le cinéma français a ce style théâtral qu'il ne devrait pas perdre. Ça n'attire pas les spectateurs qui font des entrées, mais c'est l'authenticité du cinéma français.

De plus, le cinéma d'auteur fonctionne mieux en province qu'à Paris, et surtout lors des festivals. C'est la preuve que le cinéma français attire encore, mais pas assez pour concurrencer les productions américaines et s'insérer dans le box-office. Toutefois, cet engouement pour les salles d'art et d'essai lors des festivals permet de garder espoir pour le cinéma français. Les productions françaises ne doivent pas calquer les Etats-Unis. Elles n'en ont, de toute façon, pas les moyens.

Pour finir, le comble est qu'aux Etats Unis les Américains ne vont même pas voir les films. Il n'y a pas beaucoup de salles de cinéma là-bas. Ce n'est pas une activité développée. En d'autres termes, les Etats-Unis exportent leurs films qui rencontrent ensuite un succès ici, en France. Les films américains font vivre le cinéma français.

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