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La reprise économique est partout en zone euro sauf en France
La reprise économique est partout en zone euro sauf en France
©Reuters

Mauvais traitement, mauvais résultat

24 mois chrono : comment la France est devenue le maillon faible de la zone euro, elle-même maillon faible de la croissance mondiale

Le 24 Juillet, Markit publiait ses indicateurs PMI et le bilan n'est pas bon. La France ne parvient pas à faire redémarrer son économie. Depuis deux ans, les mesures appliquées - hausses d'impôts, CICE, pacte de responsabilité etc... - n'ont aucun effet.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Ce jeudi 24 juillet, l’institut Markit publiait ses indicateurs PMI, évaluant la santé économique de la zone euro. Si l’ensemble de la zone voit son niveau d’activité progresser légèrement, un pays reste à la traine : la France.

"Toutefois, tandis que la croissance s'accélère dans les pays de la périphérie et que l'économie allemande enregistre une solide progression de 0,7 à 0,8% au début du troisième trimestre, la France enregistre au mieux une stagnation de son économie. Les difficultés actuelles de l’économie française s’expliquent par l’atonie du secteur des services – qui reflète la morosité de la demande intérieure et la faiblesse de la confiance des entreprises et des ménages –, ainsi qu'un taux de contraction de plus en plus alarmant dans l’industrie manufacturière."

Au-delà de 50 points, une économie est considérée en expansion et la zone euro affiche un résultat de 54. Dernier de la classe, la France atteint 49.4 points ce qui traduit une légère contraction ou une stagnation de son économie. Et comme les PMI sont des indicateurs fiables sur le niveau d’activité, il n’y a donc rien à attendre de la croissance française en ce mois de juillet, confirmant ainsi la tendance des premier et deuxième trimestres 2014: l’immobilisme.

"Les données PMI restent dans l’ensemble conformes à une stagnation trimestrielle du PIB, l’économie française, toujours en berne, ne montrant toujours pas de signes tangibles de reprise."

Si le retour de l’activité dans la zone euro est une bonne nouvelle, il convient de garder à l’esprit que les anticipations de la BCE pour la croissance 2014 ne sont que de 1%. Un chiffre à comparer avec les 2.1 à 2.3% anticipés aux Etats Unis, ou les 3.4% prévus au Royaume Uni. La zone euro est à la traîne de la croissance mondiale, tout comme la France est à la traîne de la croissance européenne.

Pourtant, contrairement à ce qu’indiquait Pierre Gattaz en début de semaine, le pays n’est pas en liquidation. Car l’économie française reste la 5e force mondiale. La source d’inquiétude relève donc bien plus de la trajectoire économique prise par le pays depuis l’entrée en fonction de François Hollande.

Et cette trajectoire peut se décomposer en plusieurs parties. D’une part, ce qui relève de la politique européenne et d’autre part ce qui relève de la politique nationale. Car si le Président français partage la responsabilité de la première, il se doit d’assumer totalement la seconde.

Malgré une volonté affichée de réorienter l’Europe lors de la campagne électorale, le bilan de deux années de "réorientation" est bien maigre. La signature de pacte de stabilité en 2012 aura été le premier renoncement. Le carcan budgétaire européen se trouve conforté et les marges de manœuvre seront dès lors limitées. Depuis, les récents développements faisant suite à la nomination de Jean Claude Juncker à la présidence de la Commission Européenne ne font que confirmer la "non" réorientation de l’Europe. La politique dite d’austérité est maintenue, les divers ajustements encore envisagés il y a peu sont désormais écartés. L’Europe continue dans une voie sans issue, celle d’une austérité budgétaire couplée à une austérité monétaire. Ici le résultat est donc neutre, l’action du Président de la république n’aura servi à rien. Ni dans un sens, ni dans l’autre. Ce qui ne peut qu’accréditer l’idée d’un affaiblissement de la position française dans le jeu politique européen.

Par contre d’un point de vue national, François Hollande a pu agir. Une action dont les grandes lignes peuvent être aisément schématisées. Entre mai 2012 et janvier 2014, les hausses d’impôts et la mise en place du Crédit-Impôt-Compétitivité-Emploi (CICE) ont défini la politique économique de François Hollande. Et depuis janvier 2014, c’est le pacte de responsabilité qui tient le haut du pavé. Pour quels résultats ?

Concernant les hausses d’impôts, il n’est pas nécessaire d’aller chercher dans les détails tant l’effort a ciblé l’impôt sur le revenu. Fin 2012, les recettes fiscales de l’IR au titre de l’année 2011 ont atteint 59.4 milliards d’euros, pour atteindre 69 milliards à la fin 2013. Et le projet de loi de finance 2014 en attend 75 milliards à la fin de cette année. Soit une progression de 27% en 2 ans; ou 16 milliards d’euros. Si l’on tient compte des hausses du précédent gouvernement, le seuil atteint les 50% de progression pour 25 milliards d’euros. Un véritable festival. En complément, au 1er janvier 2014 le seuil marginal de la TVA est porté à 20%, contre 19.6% auparavant, le seuil intermédiaire est relevé à 10%. Pour des recettes en hausse évaluées à 5 milliards d’euros selon le PLF 2014 (5,115 milliards pour être précis).

Afin de venir contrer les effets de telles mesures fiscales, le gouvernement s’est alors lancé dans une politique dite de "l’offre". Le CICE est mis en place dès l’automne 2012 avec une volonté affichée de faire baisser le coût du travail à hauteur de 4% dès l’année 2013, et de 6% les années suivantes, pour les salaires ne dépassant pas 2.5 SMIC. Une mesure à 20 milliards d’euros

En Janvier 2014, le principe de la politique de l’offre est renforcé avec l’annonce du pacte de responsabilité. Le CICE est complété de 10 milliards supplémentaires, et d’autres mesures sont mises en place : baisse des charges salariales pour les salaires de moins de 1500 euros, réduction de l’IR pour les personnes gagnants moins de 1250 euros par mois, réduction des impôts des entreprises à horizon 2017 etc…Une batterie de réformes dont le coût devra être financé par la réduction des dépenses publiques à hauteur de 50 milliards d’euros.

Pourtant, le choix d’une politique de l’offre paraît curieux. En effet, au de la de l’évidence des chiffres de la croissance et de l’inflation faisant état d’une demande proche de zéro, les entreprises elles-mêmes pointent un problème de demande, et non de l’offre, lors d’enquêtes réalisées par l’INSEE. Le problème principal des entreprises est l’état de leurs ventes. Et cette erreur de diagnostic présidentiel va peser lourdement.

Car le pacte de responsabilité a été disséqué par les services de Bercy, et les projections en termes de croissance et d’emplois ne sont pas fameuses. En effet, ces anticipations font état d’une destruction de 60 000 emplois pour seul résultat. Si le volet "aides aux entreprises et aux salariés" est en mesure de créer 190 000 emplois à horizon 2017 ; le volet réduction des dépenses entrainera la disparition de 250 000 postes. Pour un solde négatif.

Mais l’ensemble des mesures mises en place par François Hollande depuis le début de son quinquennat peuvent d’ores et déjà être évaluées. Deux ans d’action pour en arriver à une progression totale du PIB de 0.5%, soit à peine plus de 10% du potentiel du pays pour ces deux années. L’équivalent d’un bon trimestre tout au plus pour 8 exercices. Et cette incapacité à remettre l’économie française sur les rails de son potentiel a un coût humain ; 465 000 personnes supplémentaires sont venues grossir les rangs du Pôle Emploi depuis mai 2012. L’inversion de la courbe du chômage n’a pas eu lieu, les promesses n’ont pas suffi. La stratégie employée non plus.

Des résultats qui viennent expliquer comment, en deux ans, François Hollande est parvenu à placer la France à la dernière place dans la course à la croissance européenne. Une croissance européenne qui est elle-même en berne en raison de l’acharnement de ses dirigeants à poursuivre une direction elle aussi manifestement erronée.

La confirmation récente de cette trajectoire par les indicateurs publiés par Markit permet d’ailleurs d’en apercevoir la suite assez clairement. Une révision à la baisse des prévisions de croissance du gouvernement devrait intervenir rapidement. Révision qui aura pour effet de rater la cible des objectifs de déficits au sens de Maastricht d’une façon encore plus importante que prévue. Ce qui aura comme conséquence de voir la France être rappelée une nouvelle fois à l’ordre, et sera contrainte de réduire encore un peu plus le niveau de ses dépenses publiques. Si certains n’ont pas beaucoup apprécié la tournure économique des deux premières années du quinquennat, ils risquent de ne pas non plus aimer la suite.

En réalité, François Hollande mène une politique qui aurait pu avoir un sens si la croissance avait été de retour. Il déploie un cerf-volant un jour sans vent, le cerf-volant ne pouvait que retomber. Une stratégie qui laisse entendre que le Président s’est persuadé d’un retour spontané de la croissance. Le problème d’une telle vision de l’économie est qu’elle traduit l’incompréhension originelle du Président. La France et l’Europe ne traversent pas une simple crise cyclique. La nature de la "grande récession" est plus profonde. Au même titre que la Grande Dépression de 1929, cette crise est de nature monétaire, ce qui suppose une réponse du même type. Mais avec un diagnostic erroné, il est assez rare d’aller bien loin dans les résultats.

A lire également, le nouveau livre de Nicolas Goetzmann :Sortir l'Europe de la crise : le modèle japonais, (Atlantico éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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