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2019 : année du printemps algérien ?
©ERIC FEFERBERG / AFP

Manifestations

2019 : année du printemps algérien ?

La mobilisation persiste en Algérie contre la candidature du président sortant Abdelaziz Bouteflika. L'homme, de 81 ans, brigue un cinquième mandat consécutif.

Pierre Vermeren

Pierre Vermeren

Pierre Vermeren est professeur d'histoire contemporaine à l'Université Paris 1. Normalien, il est spécialiste des sociétés maghrébines et  est membre du Laboratoire CEMAF (Centre d'études des mondes africains). Il a également vécu en Égypte et en Tunisie. Il a publié Le Maroc en 2010.

 

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Atlantico :  Comment évaluer les manifestations algériennes de ces derniers jours ? Pourrait-y voir un mouvement plus large en gestation ? Du poids de la décennie noire, aux nouvelles réalités économiques, en quoi la situation actuelle pourrait-elle être différente du précédent des émeutes de janvier 2011 ?

Pierre Vermeren : La population algérienne n’est pas très contente d’être représentée par un président qui n’est pas visible, et cette situation est inédite. Mais le président Bouteflika a ramené l’ordre et le calme dans le pays, ce qui après dix ans de guerre civile (la « décennie noire ») a été mis à son crédit. Que la jeunesse manifeste dans le calme contre cette situation inédite, ce n’est pas étonnant dans un pays très politique comme l’Algérie. Les manifestations sont d’ailleurs très courantes en Algérie depuis 2011. Reste que cette fois, elles sont nationales, politiques et touchent la capitale. Ce ne sont pas des émeutes populaires ni des émeutes de la faim. Ce sont des protestations politiques par leur objet et organisées sur les réseaux sociaux. Et les autorités y répondent avec mesure. Mais des provocations sont toujours possibles. En 2011, la population manifestait contre la hausse des prix, alors que les autorités viennent cette fois de les baisser pour parer aux tensions sociales.

Existe-t-il des forces d'opposition capables de porter la voix des manifestants de façon institutionnelle ? Qui sont-ils et représentent-ils réellement une alternative ?

A ce stade, on observe que les partis et les syndicats sont tout en retenue, car ces organisations sont ou bien dans la majorité présidentielle, ou bien très affaiblies. Les islamistes sont divisés, les partis de gauche aussi, ainsi que les partis à base amazighe. Les partis ne peuvent d’ailleurs pas reposer sur une base religieuse ou régionale en tant que telle. D’ailleurs, les communiqués de soutien aux manifestants émanent pour l’heure de petits comités autoproclamés d’intellectuels, d’avocats ou de journalistes, mais pas d’organisations officielles. Même les grands journaux sont très prudents, et c’est le cas de tous les médias. Finalement, le seul canal de libre expression -ce qui ne veut pas dire qu’on n’y est pas surveillé- ce sont les réseaux sociaux et l’Internet, notamment parce qu’il est aussi en communication avec la diaspora algérienne et d’autres pays du Maghreb ou du Moyen-Orient.

La France a-t-elle un rôle à jouer, ou à ne pas jouer, dans les circonstances actuelles ?

Un rôle d’observateur certainement, mais comment aller au-delà ? Les autorités françaises redoutent toute déstabilisation de l’Algérie et ne feront rien pour compliquer la tâche des autorités, ni d’ailleurs ne critiqueront les acteurs sociaux. Il n’y aurait que des condamnations de la violence le cas échéant, mais ce n’est pas le cas. Les Algériens sont une grande nation et personne ne veut se mêler de leurs affaires, d’autant que toute manifestation politique ou autre en Algérie a des répercussions ici, puisque 90% de la diaspora algérienne se trouve en France, et que les contacts sont intenses entre les deux pays. Cela fonctionne aussi dans l’autre sens, puisque les Algériens ont eu le temps de s’intéresser aux gilets jaunes… Donc, attention, vigilance et observation, mais pas de rôle à jouer particulier.

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