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Deutsche Bank aurait plus que doublé ses résultats annuels sur les cinq dernières années si elle n’avait pas été sanctionnée autant.
Deutsche Bank aurait plus que doublé ses résultats annuels sur les cinq dernières années si elle n’avait pas été sanctionnée autant.
©Reuters

Bis repetita

2008, le retour ? Cette jolie crise financière qui s’amorce avec le matraquage des banques européennes dans la chute des bourses mondiales

Banques italiennes, allemandes, françaises... Comment et pourquoi les cours des banques européennes sont-ils en train de chuter ? Les valeurs des banques connaissent une chute continue depuis le début de l'année. Analyse des causes.

Atlantico : Alors que les bourses mondiales subissent une forte chute depuis plusieurs mois, il apparaît que le secteur financier européen semble souffrir particulièrement. Comment expliquer un tel phénomène ? Faut-il s'inquiéter d'un retour du risque bancaire au sein de l'économie européenne ?

JNSF Le secteur financier européen, mise à part quelques exceptions, a mis beaucoup plus longtemps à se restructurer que son homologue américain, qui a effectué des changements plus drastiques et rapides. Quatre raisons à cela.

Premièrement, les responsables politiques essaient à tout prix d’éviter que leur système bancaire national soit trop affecté par les réformes voulues par le nouveau régulateur européen, la BCE. L’union bancaire, officiellement encouragée par les leaders européens, est encore très loin de devenir concrète.

Deuxièmement, les réformes européennes semblent particulièrement pénaliser les banques européennes, au détriment de leurs consœurs américaines, qui ne cessent de gagner des parts de marché. Ceci est dû en partie aux particularités du système américain, qui bénéficie de différentes règles comptables et aux agences gouvernementales comme Fannie Mae et Freddy Mac, qui rachètent les prêts hypothécaires aux banques américaines, et qui n’ont pas d’équivalents en Europe.

Troisièmement, les taux d’intérêts européens restent extrêmement bas (et négatifs dans certains pays), ce qui met la pression sur les revenus et marges des banques, et affaiblit d’autant plus leur rentabilité. Et une faible rentabilité ne permet pas d’accumuler le capital nécessaire pour être en conformité avec les nouvelles exigences des régulateurs.

Enfin, de nombreuses banques ont vu leur rentabilité s’effondrer sous le coup de pénalités légales, qui n’ont pas l’air de cesser. On pense notamment aux 9 milliards de dollars que BNP Paribas a dû payer aux autorités américaines. De même, Deutsche Bank aurait plus que doublé ses résultats annuels sur les cinq dernières années si elle n’avait pas été sanctionnée autant.

Dans ce contexte, un grand nombre de banques européennes étaient déjà fragilisées avant même que les peurs sur une nouvelle récession mondiale ressurgissent. Malgré cela, les marchés semblent sur-réagir car les fondamentaux de beaucoup de grandes banques ne justifient pas cette panique : les banques sont en moyenne plus solides (capitalisation plus élevée, plus liquide, moins exposée aux actifs à risques…) qu’elles ne l’étaient au moment de la crise de 2008. Les expositions des banques au secteur de l’énergie, ou à la Chine, Russie et autres pays émergeants (mise à part les banques autrichiennes), restent limitées. Il est tout à fait possible qu’un nombre de fonds spéculatifs jouent sur ces craintes et amplifient temporairement les prix à la baisse.

Evidemment, certains pays, comme l’Italie et la Grèce, semblent plus fragilisés que d’autres. Les acteurs financiers ont aussi peur des dommages collatéraux de certaines réformes bancaires (décrits ci-dessous), qui pourraient exacerber les effets de certains crashs boursiers ou économiques.

Plus spécifiquement, que penser du secteur financier français ? Quels sont les risques existants ? Existe-t-il un risque particulier sur nos grands acteurs bancaires ?

La France se situe en milieu de tableau. Pas aussi solide que certains de ses voisins, mais en meilleure position que plusieurs pays du sud de l’Europe. Les banques françaises ont mis du temps a améliorer leur capitalisation, mais elles sont maintenant mieux placées pour absorber des chocs externes. Elles ont notamment fait de bon progrès concernant la réduction de leur exposition aux pays européens en crise, alors qu’elles faisaient partie des banques les plus à risque il y a quelques années.

Le secteur immobilier français, qui était en surchauffe, ne semble pas poser trop de problèmes pour le moment car la population française a culturellement tendance à privilégier le remboursement des prêts immobiliers par rapport aux autres dépenses (à l’inverse de certains pays comme les Etats-Unis). La structure particulière du système français et de son utilisation quasi-systématique de garanties à plutôt que d’hypothèque lui permet de bien absorber les augmentations de prêts douteux, tant qu’ils restent modérés et temporaires.

Pour autant, les performances économiques de la France restent faibles et la combinaison de chocs internes (forte récession) et externe (crise économique mondiale et crash des marchés financiers) pourrait mettre les banques en danger.

Jusqu’à maintenant, les performances des banques françaises sont restées acceptables. Légèrement moins capitalisées que certaines banques européennes, elles ont, à l’image de BNP Paribas, réussit à bénéficier de la volatilité des marchés financiers pour reporter des bénéfices records lors des premiers trimestres 2015. Ce qui par ailleurs a permis à BNPP, qui est la banque française avec les activités de marché les plus étendues, de reporter de relativement larges bénéfices sur l’année 2015 malgré un dernier trimestre plutôt mauvais.

Les secteurs financiers grec et italien ont été particulièrement affectés lors de ces derniers jours, ceci faisant écho au contexte de l'été 2011. Les mesures mises en place pour régler le risque bancaire sont-elles à la hauteur des enjeux dans la contexte actuel ?

Les banques italiennes et grecques souffrent particulièrement de leur économie locale. Les risques bancaires dans ces pays étaient plus élevés que dans le reste de l’Europe (très faible croissance en Italie, récession profonde en Grèce) et les créances douteuses ne cessent d’augmenter (aux alentours de 15% et 35% du total des prêts en Italie et Grèce respectivement, contre 2 à 5% pour les autres pays comme la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni).

Une nouvelle récession mondiale provoquerait un choc externe sur ces pays en affaiblissant leurs exports ainsi que l’industrie du tourisme, ce qui fragiliserait d’autant plus leur système bancaire.

Malgré les réformes bancaires, il est difficile de transformer rapidement des banques qui sont déjà sous stress. Solidifier les banques de ces deux pays va prendre de nombreuses années, à moins qu’elles ne bénéficient d’une improbable embellie rapide de leur croissance économique.

Par ailleurs, de plus en plus de voix discordantes se lèvent pour dénoncer les possibles effets pervers de la dernière vague de régulation bancaire sur la stabilité financière. Malgré le renforcement des règles de capital, liquidité et financement, qui renforcent les institutions au niveau individuel, de nombreux financiers et économistes soulignent les possibles dommages collatéraux de ces règles sur le système dans son ensemble.

Par exemple, la demande pour un certain nombre d’actifs financiers a été exacerbée par les nouvelles régulations, ce qui a réduit l’offre de ces produits sur les marchés, et commence à créer une pénurie. De plus, les banques ont considérablement réduit la taille de certaines activités de trading, ce qui amplifie cette pénurie. Ceci pourrait créer des fluctuations plus extrêmes des prix en cas de crise, menant potentiellement à de grosses pertes comptables. Il y a malgré tout peu de chances que ce type de risque soit suffisant pour mener à une large crise systémique et profonde du type de celle de 2008.

Enfin, les réformes deviennent de plus en plus complexes, créant une incertitude sur le comportement de certains nouveaux instruments financiers de capitalisation lors d’une crise. Nous nous rappelons que les anciennes règles bancaires, dites de Bâle 1 et 2, n’avaient pas fonctionné de manière attendue lors de la crise financière, les banques apparaissant alors plus capitalisées qu’elles ne l’étaient réellement. Il ne peut être exclu que les nouvelles règles (Bâle 3) réagissent de la même manière.

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