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Le Premier ministre, Jean Castex, et le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors d'une conférence de presse durant une visite à Mont-de-Marsan, le 24 juin 2021.
Le Premier ministre, Jean Castex, et le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors d'une conférence de presse durant une visite à Mont-de-Marsan, le 24 juin 2021.
©GAIZKA IROZ / AFP

Lutte contre la pandémie

18 mois de pandémie et toujours pas de communication gouvernementale adaptée face au Covid

Entre bouffées régulières de mépris et accumulation de contradictions, comment expliquer que le gouvernement cafouille autant dans sa communication, sur la forme…. comme sur le fond ?

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Benoît de Valicourt

Benoît de Valicourt s’inscrit dans la tradition du verbe et de l'image. Il travaille sur le sens des mots et y associe l'image réelle ou virtuelle qui les illustre. Il accompagne les acteurs du monde économique et politique en travaillant leur stratégie et leur story-telling et en les invitant à engager leur probité et leurs valeurs sur tous les territoires. 
 
Observateur de la vie politique, non aligné et esprit libre, parfois provocateur mais profondément respectueux, il décrypte la singularité de la classe politique pour atlantico.fr et est éditorialiste à lyonmag.fr
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Christophe Daunique

Christophe Daunique

Christophe Daunique est consultant en management, spécialisé dans le secteur public. Il publie régulièrement des articles sur son blog personnel (https://christophe-daunique.medium.com/).

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Atlantico : Alors que la confiance est essentielle pour que l’efficacité sanitaire soit au rendez-vous, la stratégie de communication gouvernementale accumule les bourdes et les contradictions. En enlevant l’obligation du port du masque en discothèque tout en élargissant le pass sanitaire aux lieux de loisirs avec au moins 50 personnes, le gouvernement montre-t-il que 18 mois après ses mesures ne comprennent toujours pas la méthode de propagation du virus  ? 

Christophe Daunique : Le principal reproche à faire à la communication gouvernementale est d’apparaître comme incohérente car les décisions a priori contradictoires s’accumulent depuis 18 ans. C’était compréhensible au début de la pandémie quand on connaissait peu le virus mais c’est beaucoup moins justifiable aujourd’hui, au vu de l’état des connaissances actuelles.

Idéalement la communication gouvernementale devrait s’articuler autour de principes clairs  avec les messages correspondants. J’en donne quelques exemples ci-dessous :

  • Le danger : le virus est dangereux car il est potentiellement mortel notamment pour les personnes fragiles, laisse des séquences (Covid long) et peut saturer très rapidement le système de santé ;
  • La transmission : elle se fait principalement par aérosols d’où l’importance du port du masque et de l’aération en lieu clos, et l’intérêt de privilégier les activités en extérieur (sans pour autant que le risque soit nul) ;
  • Les mesures non-pharmaceutiques : faites-vous tester au moindre doute mais les tests ne sont pas infaillibles (faux négatifs), coopérez avec les autorités pour le traçage afin d’identifier les cas contacts et isolez-vous rigoureusement si vous êtes positif ;
  • Les vaccins : ils vous protègent des formes graves de la maladie, contribuent à la réduction de la transmission et génèrent très peu d’effets secondaires.

Tous ces messages auraient dû faire l’objet d’une campagne de communication digne de ce nom de la part des autorités mais elle n’a malheureusement jamais existé. A titre d’exemple, j’avais analysé le clip affligeant sur les gestes barrière de McFly et Carlito ici, ainsi que le premier clip sur la campagne vaccinale là.

Or sans une communication solide, les mesures ne peuvent pas être totalement comprises par la population alors que la contribution de la population est indispensable pour maîtriser l’épidémie. Par exemple, le gouvernement n’a jamais vraiment expliqué en quoi consistait la transmission aéroportée du virus donc les gens ne comprennent pas à quel point le port du masque est important dans un lieu clos et pourquoi il est si important d’aérer. Si on y rajoute en plus le sentiment de libération généré par l’impression de la fin de l’épidémie, cela explique facilement le relâchement de la population du port qui se concrétise par un port du masque moins systématique. Je l’ai constaté moi-même en prenant le train récemment.

Concernant le point que vous citez, à savoir la non-obligation du port du masque en discothèque avec l’élargissement en même temps du pass sanitaire aux lieux de loisirs avec au moins 50 personnes, c’est effectivement difficilement compréhensible pour la population car la discothèque est un lieu avec une activité intrinsèquement plus risquée que celles d’un lieu de loisirs. Une explication potentielle de cette non-obligation aurait pu être de reconnaître que le port du masque est antinomique avec la nature de l’activité (difficile de mettre le masque dans un lieu où on boit) mais que cela justifie en retour des efforts plus importants par exemple avec un pass vaccinal plutôt que sanitaire ou alors un renforcement drastique de l’aération dans ces lieux.

En laissant apparaître de nombreux clusters dûs au variant Delta dans de nombreuses régions, le gouvernement ne perd-il pas l’enjeu premier d'une bonne stratégie vaccinale consistant à vacciner sans laisser l'épidémie se propager ? 

Christophe Daunique : La bonne stratégie vaccinale est de vacciner le plus rapidement possible, le plus de monde possible, idéalement à un moment où l’épidémie est maîtrisée car la progression de la vaccination est linéaire alors que celle de l’épidémie est exponentielle et qu’il est donc logistiquement très difficile que la vaccination prenne de vitesse l’épidémie.

En France, la vaccination ne semble pas être suffisante pour contenir la quatrième vague qui est en cours. On ne peut qu’espérer que la couverture vaccinale actuelle permette de limiter les dégâts. Toutefois on regrettera également au passage que le déconfinement s’est une nouvelle fois réalisé sans mettre en œuvre les mesures nécessaires pour maîtriser les contaminations à savoir :

  • Un contrôle sanitaire rigoureux des frontières pour éviter d’importer massivement un variant problématique, ce qui n’a absolument pas été fait pour le variant Delta ;
  • Un dispositif tester / tracer / isoler efficace, qui ne l’a pas du tout été alors même que le nombre de cas par jour était redevenu inférieur à 5000, seuil considéré comme étant celui où il est réalisable ;
  • L’absence complète de sécurisation physique des lieux recevant du public avec un effort sur la ventilation ou au moins sur la mesure du CO2, point abordé en détail dans cet autre article.

Une nouvelle fois, la France, comme les autres pays européens, montre qu’elle ne sait pas maîtriser la transmission du virus et se condamne donc à subir les poussées épidémiques. C’est d’autant plus triste que, encore une fois, il était possible d’anticiper puisque le variant Delta n’est pas sorti de nulle part et avait déjà fait des ravages en Inde.

Un ministre explique au journal Politico qu’ils sont « assez déterminés à maintenir ouvertes des activités comme les discothèques, car sinon, ceux qui se font vacciner n’en voient pas les bénéfices ». Par cette courte citation, le ministre interrogé montre-t-il tout le peu de confiance accordé aux Français durant cette crise ?  

Benoît de Valicourt : Peut on parler de manque de confiance ? Je ne le crois pas. Il s’agit surtout pour le gouvernement d’essayer de garder le cap dans le processus de sortie de la crise sanitaire qui semble ne pas vouloir s’estomper. 
 
Les discothèques ont eu l’autorisation de rouvrir et n’importe quel néophyte comprend aisément que ce lieu clos, sans ouverture avec en règle générale une forte densité est un cluster en puissance. Maintenir son ouverture avec les l’application du pass sanitaire est du bon sens mais aussi un message efficace envers la jeunesse de prendre conscience de l’intérêt du vaccin. Reste que les tests sont toujours gratuits et donc deviennent un palliatif au vaccin. Là est la contradiction du gouvernement. Quant aux Français qui abusent de ces tests sont des enfants gâtés d’un état providentiel qui ne dit plus son nom. 
 
Si nous devons parler d’un manque de confiance accordé aux Français ce n’est pas une nouveauté, la France considère son peuple comme les enfants chéris de la République à qui on donne sans compter par peur du caprice.

Le manque de confiance des Français dans la stratégie gouvernementale est-il le résultat d’un discours trop porté sur la peur de revendications sociales et non sur une bataille contre l’épidémie ? 

Benoît de Valicourt : En effet, les Français sont des enfants capricieux et l’Etat un parent trop permissif. 
 
Le gouvernement a été marqué par la crise des gilets jaunes et ne peut pas se permettre à moins de 10 mois de l’élection présidentielle une nouvelle crise sociale. Il va devoir composer avec les revendications plus ou moins légitime. Cependant, il me paraît dangereux que le gouvernement recule face à 150 000 manifestants comptabilisés dans tout le pays dont une majorité sont des anarchistes et des casseurs. Et si certains sont moins extrémistes, ils ont osé l’inqualifiable, l’inacceptable, l’insupportable, l’intolérable comparaison avec le régime de Vichy. Comment peut-on accordé du crédit à des individus qui mette une étoile jaune sur leur veste en signe de protestation ? C’est une forme de négationnisme qui doit être condamnée au nom de la Mémoire des millions d’innocents exterminés.
 
Les Français doivent retrouver la raison et le gouvernement doit être exemplaire dans sa communication pour ne laisser aucune place à la critique. Je lis que certains cinémas ou musées vont continuer à demander le port du masque même pour les personnes présentant le pass sanitaire. C’est absurde ! Le gouvernement ne doit pas accepter cela car c’est une façon de défier son autorité et donner raison aux antivax. 
 
Nous pouvons comprendre que des personnes ne veulent pas se faire vacciner, cela existe depuis l’invention de Pasteur. Quand j’étais enfant, il fallait une dérogation des parents pour ne pas se voir administrer le BCG. De la même façon des personnes ne veulent plus se voir imposer de porter le masque parce qu’elles ont fait le choix d’être vaccinées et pourtant si elles ne le font pas c’est le risque d’une amende.
 
Il y a donc un deux poids deux mesures que le gouvernement doit clarifier au plus vite pour montrer la cohérence de sa politique sanitaire et non pas gérer cette crise sur le terrain de la contestation sociale.

Après l’annonce d’Emmanuel Macron, les ministres tente d’expliquer la manière dont sera mis en place le pass sanitaire. Y-a-t-il une différence entre la parole présidentielle et le fond de l’application ? Cette communication n’est elle toujours pas adaptée à une crise sanitaire qui mériterait une meilleure transparence ?

Christophe Daunique : Votre question me fait penser à une critique classique et récurrente de la prise de décision en France qu’on voit souvent passer en cours de management. Dans la plupart des autres pays, les gens discutent avant de prendre une décision. En France, le chef impose sa décision et laisse les autres se débrouiller avec, quitte à procéder à des adaptations qui dénaturent parfois complètement la décision initiale.

La prise de décision présidentielle est un exemple caricatural de cette tendance. Les principes fixés ont été plutôt clairs et il revient bien au Président de les affirmer. En revanche, on assiste depuis à des explications et des ajustements ce qui montre que la décision n’a pas été suffisamment préparée en amont que ce soit juridiquement ou même pratiquement. A titre d’exemple, on peut retenir le débat sur l’application du pass sanitaire aux centres commerciaux, au-dessus d’une certaine taille.

Au-delà des ajustements, se pose également une nouvelle fois la question de la cohérence des mesures entre elles. Par exemple, alors que cela n’avait pas été annoncé par le Président, Olivier Véran a déclaré aujourd’hui que le port du masque ne serait plus obligatoire dans les lieux soumis au pass sanitaire. C’est probablement souhaitable à long terme pour retourner à une vie plus normale, mais seulement lorsque la population aura été suffisamment vaccinée. Or ce n’est pas le cas à l’heure actuelle, nous sommes de plus en pleine poussée épidémique et nous avons que les tests ne sont pas infaillibles car ils génèrent des faux négatifs. C’est donc complètement contreproductif.

Pour en revenir à la communication, en temps de crise sanitaire, celle-ci devrait être beaucoup plus transparente. Elle devrait notamment présenter ses hypothèses de travail qui sous-tendent et justifient l’ensemble des mesures afin que la population comprenne pourquoi ces mesures sont prises comme par exemple « la transmission du virus est aéroportée donc j’impose le port du masque en lieu clos ». Cela permettrait de plus de justifier plus facilement des exceptions et de les rendre rationnelles alors qu’elles donnent parfois l’impression d’être prises en fonction de contingences politiques plutôt que scientifiques. Malheureusement ce travail de pédagogie n’est jamais fait et de plus, le gouvernement n’a jamais voulu reconnaître ses erreurs comme par exemple sur les masques.

Benoît de Valicourt : L’annonce du Président de la République semblait emprunte de fermeté et d’autorité. Malheureusement la mise en place de la parole présidentielle est un exercice difficile entre le message des ministres pas toujours qualifiés sur le sujet, le projet de loi adopté en Conseil des ministres qui rogne les annonces du Président et l’examen de la loi au Parlement, il n’est pas aisé de maintenir la clarté d’un message.
 
Mais c’est surtout que le Gouvernement craint davantage de voir l’expression d’un mécontentement populaire se dessiner en se servant du pass sanitaire comme catalyseur. Comme le prix du carburant avait rassemblé les mécontents dans les ronds-points. 
 
Il y a une profonde crise dans la société française qui est maintenue mais qui couve. L’été est là et la priorité est le farniente. La rentrée sera un test passionnant pour comprendre ce que veulent ou ne veulent pas les Français. Entre ceux qui ne voudront pas retourner au bureau, ceux qui revendiqueront leur liberté chérie au détriment de celles des autres, ceux qui s’engageront dans la fièvre de l’élection présidentielle, ceux qui regarderont passer le train, ceux qui saisiront les opportunités professionnelles suite aux confinement qui ont changé le rapport au travail, ceux qui ne supportent plus ce pays qui perd de sa superbe, … la rentrée ne sera pas sanitaire ni sociale mais sera une rentrée sur fond de crise sociétale.

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