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Jean-Luc Mélenchon : ténor médiatique, ou nain politique ?
Jean-Luc Mélenchon : ténor médiatique, ou nain politique ?
©Reuters

Media lover

"100 jours pour presque rien" : Mélenchon, ténor médiatique mais nain politique ?

Jean-Luc Mélenchon a déclaré que le début du quinquennat de François Hollande avait constitué « 100 jours pour presque rien ». En tentant de cristalliser les contestataires du président sur sa gauche, Mélenchon fait-il preuve d'influence politique ou n'est-elle que médiatique ?

Vincent Tiberj

Vincent Tiberj

Vincent Tiberj est chargé de recherche à Sciences Po. Diplômé et docteur en science politique de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, il est spécialisé dans les comportements électoraux et politiques en France, en Europe et aux Etats-Unis et la psychologie politique,

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Atlantico : Jean-Luc Mélenchon a déclaré, dans une interview accordée au Journal du Dimanche, que le débuts du quinquennat de François Hollande avait constitué « 100 jours pour presque rien ». En essayant de cristalliser une opposition au Président sur sa gauche, Jean-Luc Mélenchon a-t-il une véritable influence politique ou n'est-elle que médiatique ?

Vincent Tiberj : A l'inverse d'un système électoral proportionnel, nous ne sommes pas dans une démocratie d'opinion mais dans une démocratie de gouvernance. L’essentiel des joutes politiques sont donc des joutes verbales et, par conséquent, des joutes médiatiques.

N'étant pas un élu national, Jean-Luc Mélenchon ne peut manifester son désaccord en votant contre une loi. Son opposition se manifeste alors par une présence dans les médias. Un jeu qu'il maîtrise particulièrement bien : il est un excellent orateur qui connait le fonctionnement du système médiatique et qui dispose d'une image qui clive et dont on se souvient.

Peut-il toutefois fomenter un "coup d'État" contre le Parti socialiste ?

Il joue son rôle et renoue avec l'aiguillon qu'était l'extrême gauche sous l'ère de Lionel Jospin. A cette époque, la Ligue communiste révolutionnaire et Lutte ouvrière obtenaient de bons scores parce qu'ils incarnaient une alternative à gauche, un vote aiguillon. Il y a donc un espace politique assez classique ouvert et disponible pour Mélenchon, et il joue clairement cette carte.

Cet appel au courant de la gauche du PS est toujours difficile à gérer. Dans ce contexte, François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont plutôt bien géré cette situation en intégrant un certain nombre de leaders de la gauche du PS au sein du gouvernement que se soit avec Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon. Le premier a même été placé dans un ministère à très forte visibilité ce qui rend plus compliqué la constitution d'un pôle commun à la gauche des socialistes.

Ce scénario reste improbable car nous sommes encore en début de mandature et que les membres du PS tentés de rallier Jean-Luc Mélenchon auraient pu le faire avant la présidentielle.

La gauche du Parti socialiste savait très bien que François Hollande ne serait pas un grand candidat de gauche, mais plutôt un Président de centre-gauche. Ce positionnement constitue d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles Mélenchon a connu un certain succès en 2012.

Jean-Luc Mélenchon qualifie François Hollande de « social-libéral comme ceux qui ont déjà conduit aux désastres grec, espagnol et portugais ». Un effondrement du courant social-démocrate pourrait-il favoriser l'affirmation du Front de gauche en tant que parti d'opposition au PS, comme cela s'est produit en Allemagne avec Die Linke ?

Il s'agit clairement de la stratégie adoptée par Jean-Luc Mélenchon. Il a réussit à féderer le Parti communiste avec d'autres partis de gauche, à distancer clairement les candidats de Lutte ouvrière ou du Nouveau parti anticapitaliste et à résister à l'épreuve des législatives. Il joue désormais la présidentielle de 2017 et essaie d'incarner une alternative. Son rôle et ses convictions consistent à peser au sein de la gauche en ralliant tous les déçus du gouvernement socialiste.

Il adopte la même stratégie de communication que Ségolène Royal après 2007. Cette dernière avait un accès assez facile aux médias mais elle éprouvait une certaine difficulté à se faire entendre dans le long terme. L'ancien candidat du Front de gauche essaie d'exister non pas au coup par coup, mais plutôt en prenant des positions particulièrement visibles sur de grands sujets. Une stratégie qui semble fonctionner.

Ce fut d'ailleurs une très bonne idée que de réaliser cette interview lors de cette rentrée tant l'actualité politique était morne : il s'est assuré une très forte visibilité. Mais toute la difficulté pour Mélenchon sera d'exister sur le long terme. Son objectif sera alors de faire passer Hollande pour un président de "non droite" plutôt qu'un président de gauche.

Les élections européennes auront lieu en 2014. Le Front de gauche pourra t-il réussir ce test électoral post présidentiel ?

Deux scénarios sont possibles. Le premier est assez classique : il s'agit du cycle électoral. Un parti au pouvoir perd des voix dès lors qu'il est au gouvernement du fait d'une démobilisation très forte de ses électeurs et, à l'inverse, d'une remobilisation des électeurs du camp adverse.

Le second scénario renvoie au "cas Jospin". Ce dernier avait plutôt bien réussit les élections intermédiaires lorsqu'il dirigeait le gouvernement grâce, justement, à cette stratégie de centre-gauche et de "réalisme". Il est probable que François Hollande souhaite suivre la même stratégie.

Dans tous les cas, le vote d'influence que représente l'extrême gauche est un vote qui reste de gauche. Autrement dit, il se reporte sans difficulté sur le Parti socialiste au second tour.

Jean-Luc Mélenchon peut-il finalement faire le jeu de la droite ?

L'objectif de Mélenchon est de critiquer le PS et de devenir le grand parti de gauche. Mais il n'y a pas d'électorat d'extrême gauche seul ou isolé.

Au sein de la gauche, les électeurs peuvent voter Mélenchon, Europe-Ecologie les Verts tout comme pour le Parti socialiste. La gauche est un espace au sein duquel les électeurs peuvent naviguer. D'ailleurs, le score élevé du Front de gauche à la présidentielle n'a pas engendré d'abstention au second tour pour François Hollande.

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