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100 crimes à Paris : l'évolution historique des peines pour viol
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Bonnes feuilles

100 crimes à Paris : l'évolution historique des peines pour viol

Adultères, empoisonnements, règlements de comptes, meurtres à l’arme blanche, passions fatales... Paris est une magnifique capitale du crime ! Extrait de "100 crimes à Paris", d'Olivier Richou et Michel Martin-Roland, publié aux Editions de l'Opportun (2/2).

Olivier Richou Michel Martin-Roland

Olivier Richou Michel Martin-Roland

Olivier Richou et Michel Martin-Roland sont journalistes, spécialistes des questions de police et de justice.

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À en croire les journaux, le viol, avant le xxe siècle, n’existe pas. Ou alors cette péripétie de la vie quotidienne ne concerne en rien la justice et si des juges ont eu un jour une affaire de viol à juger les échos en ont été bien discrets…

Pourtant, depuis toujours, la loi punit ce crime. Très simplement, au Moyen Âge, à la Renaissance ou sous l’Ancien Régime, le viol envoyait son auteur à l’échafaud. Mais subitement, le code pénal de 1791 a renversé les principes. Le viol ne coûte plus que six ans de fers, douze ans si la victime est une enfant.

En 1810, le tout nouveau code pénal traite en onze articles seulement toute la question des "attentats aux moeurs", dans lesquels il classe viols, attentats à la pudeur, proxénétisme, débauche, prostitution, adultère et bigamie. Le viol est puni de la réclusion, c’est-à-dire de cinq à dix ans d’enfermement "dans une maison de force". Ou des travaux forcés de cinq à vingt ans si la victime est un enfant. Ou des travaux forcés à perpétuité dans les cas aggravés, si le coupable est instituteur, serviteur, prêtre, fonctionnaire, ou s’ils sont plusieurs.

À en croire les colonnes pourtant fournies de la presse spécialisée, le premier cas de viol confié à la justice aurait été, en février 1848, cette épouvantable affaire de la petite Cécile Combettes, à Toulouse. Mais plus que le viol, n’est-ce pas le meurtre et la qualité d’ecclésiastique de son auteur qui ont mis en branle la justice ?

Avant cela, écrivait Louis-Sébastien Mercier, le Paris du XVIIIe siècle était "le paradis des femmes, le purgatoire des hommes et l’enfer des chevaux". Et le chroniqueur, comptant encore quarante mille "filles publiques" dans le Paris des années 1780, se félicitait de voir qu’elles "empêchaient le viol", devenu "très rare".

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, selon ce chroniqueur, même si, autrefois sans doute, il a pu arriver que des viols fussent commis au détour des rues. Comme au XVe siècle, lorsque de mauvais garçons, s’attaquant à un couple, menaçaient de violer Madame si Monsieur ne déliait pas sa bourse.

Mais c’était tout. Les viols commis lors des massacres de septembre 1792 sur les pensionnaires de la Salpêtrière pouvaient passer pour une péripétie historique. Les viols de la Saint-Barthélemy eux, étaient déjà oubliés.

À la vérité, quelques affaires de viol sont arrivées jusqu’aux colonnes des journaux, mais bien rarement. On les a mentionnées du bout des lèvres, avec des circonlocutions et des clauses de style à perdre un lecteur attentif.

Les actes d’accusation eux-mêmes, au XIXe siècle encore, se contentent des termes les plus neutres sur lesquels chacun reste dangereusement libre de fixer l’image qui lui conviendra, ou se limitent à mentionner que l’on juge cet accusé pour avoir "séduit une jeune fille", fait subir "les derniers outrages" ou "l’agression la plus immorale" à une voisine.

Plus simplement, l’habitude veut que la justice évoque ces faits à huis clos, devant des bancs vides. Les journalistes eux-mêmes, lorsqu’ils sont admis au procès, se censurent. L’un évoque "les actes les plus dégoûtants que l’on puisse imaginer", l’autre rend hommage à "la délicatesse avec laquelle le président a évoqué ce crime, qui relève de la pire moralité", le troisième explique que le président n’a pu "décrire dans le détail des faits que la décence et la pudeur ne permettent pas de désigner" et le quatrième avertit que "la plus simple morale s’oppose au récit de ce crime"…

En 1827, on a parlé de cette terrible affaire Contrafatto, parce que Joseph Contrafatto, violeur supposé d’une fillette, était vicaire à Notre-Dame-de-Lorette et, disait-on, mangeait du boeuf pendant le carême. Mais, de ces deux crimes, quel était le plus grave ? On avait évoqué le cas avec mesure. De nombreux articles étaient signalés comme "supprimés par la censure". Et encore, à l’audience, le président de la cour d’assises, M. de Montquermé, avait-il présenté un résumé avec des expressions "pleines de mesure, de force et de convenance [qui] n’ont pas un seul instant, au milieu de tant de détails obscènes, blessé les oreilles les plus délicates"…

Cette même année 1827, on a évoqué Lavergne, ce vieillard de soixante-quatre ans condamné au bagne perpétuel pour le viol de ses filles. Mais l’intérêt de l’affaire ne vient-il pas de son suicide dans le fourgon cellulaire, une branche de bésicles enfoncée dans sa poitrine ?

Tout cela est secondaire et lorsqu’en 1840, un pêcheur raconte avoir aperçu dans les tas de bois de l’île Louviers (Saint-Louis) un homme qui "forçait" une fille, le bonhomme, qui se garde bien d’intervenir, n’en fait pas plus de cas que cela et les deux gardes municipaux qui l’écoutent s’en moquent bien.

Pourtant, en 1832, la loi s’est faite plus sévère : désormais le violeur risque dix à vingt ans de réclusion… et toujours la perpétuité dans les cas aggravés. Elle sera adoucie au fil du temps et en 2009 le viol est puni de quinze ans de réclusion au maximum et de vingt ans dans les cas aggravés.

En 1844, l’affaire faisait tant de bruit qu’il a bien fallu évoquer la terrible affaire de la rue du Pot-de-Fer, où de jeunes voyous avaient créé leur "Tour de Nesle", en référence aux orgies supposées des belles-filles de Philippe le Bel. La bande de petits malfrats enlevait les demoiselles à la tombée de la nuit, au prétexte d’aller au bal, et les relâchait droguées, hébétées et violées dans le quartier de Saint-Médard.

On parlait aussi, en 1859, du viol d’une jeune fille de quinze ans. Mais parce que le coupable était le Dr Bernard, du marché Saint-Honoré.

On évoquait encore – parce que pittoresque ou émouvant – cet ouvrier italien, demandé en mariage au milieu de la cour d’assises par sa victime, en novembre 1876. Dans l’émoi général de cette demande incongrue, l’accusé consentait, le président Thévenin refermait le dossier et les jurés organisaient séance tenante une collecte pour monter le ménage du jeune couple. La jeune Eugénie, précisait-on, était "très honorablement connue" autour de son domicile, 5, rue de Valence.

Extrait de "100 crimes à Paris", de Olivier Richou et Michel Martin-Roland, publié aux Editions de l'Opportun, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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