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Le film de Florian Zeller "The Father" est à découvrir au cinéma en ce mercredi 26 mai.
Le film de Florian Zeller "The Father" est à découvrir au cinéma en ce mercredi 26 mai.
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"The Father" de Florian Zeller : attention... chef-d'œuvre

Le film de Florian Zeller "The Father", avec Anthony Hopkins, est à découvrir au cinéma en ce mercredi 26 mai.

Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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"The Father" de Florian Zeller

Avec Anthony HOPKINS, Olivia COLMAN…

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Thème

Anthony (Anthony Hopkins) vit depuis trente ans dans un appartement cossu de Londres. C’est un homme cultivé de quatre fois vingt-ans, bougon et facétieux, qui aime à s’abîmer dans des airs d’opéra. Sa vie est rythmée par les visites quotidiennes et attentionnées de sa fille, Anne (Olivia Colman).

Mais autour de lui, de curieux phénomènes commencent à se produire. Sa montre disparaît sans arrêt, des tableaux se volatilisent, et il attribue à sa fille un nouvel « amoureux » qui voudrait l’arracher à lui et l’emmener vivre à Paris.

Anne comprend que son père commence à sombrer dans la démence. Elle lui propose une aide à domicile. Il refuse. Mais pour lui, la réalité  perd de plus en plus sa netteté. On va voir le vieil homme se débattre, batailler pour garder, intacts, des pans de sa mémoire…Le combat sera vain. A la fin, dans une scène bouleversante, l’enfant qu’il est redevenu, terrifié par la mort qui va l’emporter , va appeler sa mère… 

Points forts

Adapter pour le cinéma une pièce de théâtre n’est jamais facile. Dans le cas de cette pièce-là, Le Père, dont le sujet est celui d’un homme âgé qui s’enfonce dans la confusion mentale sous le regard impuissant de sa fille, ça l’était encore  moins. D’autant moins qu’en l’occurrence, cette pièce ayant été vue et applaudie par des millions de gens à travers le monde, il ne fallait pas que le film qu’on allait en tirer, donne l’impression d’une redite inutile ou d’un copié collé décevant.

Le travail accompli par Florian Zeller laisse pantois. The Father, c’est, évidemment, toujours sa pièce, Le Père, et en même temps, ça ne l’est plus tout fait parce que le dramaturge l’a entièrement réinventée pour son passage au cinéma.

-  Exemple: pour remplacer l’émotion qu’apportait, sur scène, grâce au magnétisme de sa présence même, le comédien qui incarnait le rôle-titre ( en France, l’immense Robert Hirsch),  le primo-cinéaste a eu l’idée de placer le spectateur dans une position inédite : celle de faire partie de la narration. Il lui pose des questions : Dans quel appartement sommes-nous ? Est-ce celui d’Anthony? Ce dernier est-il, à ce moment précis du film, dans la réalité ou dans une illusion de celle-ci ? C’est une idée formidable qui oblige le spectateur à être lui-même acteur. Pour l’impliquer, émotionnellement dans le récit, il n’y avait sans doute pas mieux ! 

-Autre trouvaille… La pièce se déroule dans un même décor, celui de l’appartement du père. Généralement, pour éviter l’impression de « théâtre filmé », le réalisateur invente, artificiellement, des scènes d’extérieur. Zeller, lui, a décidé de rester dans l’appartement, mais il lui fait subir de subtiles métamorphoses : ses couleurs se modifient, des objets s’y déplacent, etc. Ces légères transformations donnent l’impression qu’on se trouve là, en fait, dans un espace mental, celui, de plus en plus déréglé, du père. Cela se révèle être un procédé très efficace pour traduire, visuellement, la perte de repères d’un personnage. 

-Dans chaque pays où la pièce avait été montée (une cinquantaine), on avait fait appel aux plus grands interprètes. Pour The Father, Florian Zeller n’en vit qu’un, Anthony Hopkins, à ses yeux le plus grand comédien de sa génération. Epaulé par Christopher Hampton, il écrivit donc son adaptation en pensant à l’acteur britannique. Voir ce dernier interpréter un vieil homme octogénaire prénommé, sans aucun hasard, Anthony, provoque un choc cinématographique comme on en rencontre peu. Sa performance est magistrale, qui le montre dans ce rôle si délicat de vieux guerrier désormais désarmé, tour à tour, tendu, désemparé, agressif, charmeur, hors de ses gonds, ramené à l’état de petit garçon. Il ne joue pas. Il « est » ce vieil homme là, et il est déchirant.

-En face de lui, à côté de lui, Olivia Colman joue Anne, sa fille, dans une subtilité de jeu phénoménal elle aussi.

Points faibles

Aucun.

En deux mots ...

Coup d’essai, coup de maître pour Florian Zeller ! Pour son passage au cinéma, le dramaturge français n’a fait aucune fausse note. Avec un  tel sujet  -la perte de la mémoire chez un homme au crépuscule de son existence- il aurait pu tomber dans une foultitude de pièges, dont, le plus redoutable, celui du pathos. Non seulement il les a  tous évités,  mais il a fait accéder son film au rang de chef d’œuvre. Le mot n’est pas trop fort pour ce film parfait à tous les points de vue : sa narration époustoufle, son interprétation stupéfie et sa mise en scène, qui flirte avec le fantastique, donne le vertige. Que ce soit lors de festivals ou de cérémonies célébrant le cinéma, The Father n’est jamais  reparti « les mains vides ». Parmi les récompenses qu’il a raflées, deux Oscars, celui du meilleur interprète pour Anthony Hopkins et celui de la meilleure adaptation pour le cinéaste et Christopher Hampton.  The Father a déjà fait chavirer le cœur  de l’Amérique. Nul doute qu’il ne conquiert maintenant le nôtre.

Un extrait

« A l’origine, je viens du théâtre. J’ai une passion pour ce qui se passe sur une scène et pour le travail vivant des comédiens. Mais c’est vrai que je réfléchis depuis longtemps à ce premier film. Je n’avais pas le désir « abstrait » de faire un film, mais celui, plus concret, de faire ce film-là en particulier. Même s’il est adapté d’une de mes pièces, mon intention n’était pas de filmer du théâtre. C’était au contraire de tenter ce que seul le cinéma permet de faire. C’est vraiment ce qui a guidé mon désir et mon travail avec Christopher Hampton, avec lequel j’ai écrit le scénario »

(Florian Zeller, auteur-réalisateur).

Le réalisateur

S’il y a un seul créateur qu’on croyait voué exclusivement  à l'écriture, c'est bien Florian Zeller. Mais voilà que sans coup férir, celui que The Guardian a sacré « l’auteur de théâtre le plus passionnant de notre époque »  fait son entrée  dans le monde du cinéma ! Et quelle entrée!

Né le 28 juin 1979 à Paris, Florian Zeller grandit en Bretagne avant de retourner dans la capitale, bac en poche, pour entrer à l’Institut d’études politiques de Paris. Un an après l’obtention de son diplôme (2001), il sort son premier ouvrage Neiges artificielles, qui est récompensé par la Fondation Hachette. Entre 2002 et 2012, il publiera cinq romans, dont La Fascination du pire qui obtient le prix Interallié en 2004. Encouragé par Philippe Tesson, le jeune écrivain, qui adore le théâtre, se lance parallèlement dans l’écriture dramaturgique. Sa première pièce est créée l’année  de son prix Interallié. C’est L’autre, dont le succès est tel qu’elle sera reprise deux fois. Depuis, l’écrivain a écrit douze pièces, toutes interprétées par les plus grandes pointures de la scène française: Catherine Frot pour Si tu mourais ; Sara Forestier pour l’Autre; Catherine Hiegel pour La Mère ; Pierre Arditi pour La Vérité et Le Mensonge ; Daniel Auteuil pour L’envers du décor ou encore en 2018, Yvan Attal  pour Le Fils. C’est surtout Le Père, créé en 2012, qui va apporter au dramaturge sa consécration.

Écrite spécialement pour  le regretté Robert Hirsch, mise en scène par Ladislas Chollat,  cette œuvre va se jouer trois ans à Paris, à guichets fermés, avant d’être montée et acclamée dans une cinquantaine de pays et de recevoir de nombreux prix internationaux.

C’est cette œuvre-là que  l’écrivain  - selon l’Express, « le meilleur dramaturge français avec Yasmina Reza »-  a choisi d’adapter  pour se lancer dans le cinéma.  En janvier 2020, The Father est présenté au Festival de Sundance. Il reçoit un excellent appel critique. On connaît la suite…

Et aussi

 

-PROMISING YOUNG WOMAN  de Emerald FENNELL- Avec Carey MULLIGAN, Bo BURNHAM, Alison BRIE…

Il ne faut pas toujours se fier aux titres des films.  Promising Young Woman, par exemple - en français, « Une jeune femme pleine de promesses »-  pouvait laisser penser qu’il s’agit d’une comédie romantique. C’est en fait un thriller à l’humour très remuant..

Nina a été violée au lycée par un camarade de classe. Quelques mois plus tard, elle se suicide…Dix ans plus tard, Cassie, qui fut son amie et reste inconsolable de sa disparition, décide de la venger. Quand le film commence, la jeune femme qui a largué ses études de médecine, travaille, le jour, comme serveuse. Le soir, elle écume les boîtes de nuit. Mais gare aux machos graveleux qui la draguent sans façons : pour leur faire passer l’envie de chasser de nouvelles proies, elle leur règle leurs comptes. Et sans ménagement ! Un jour, elle apprend que le bourreau de son amie disparue s’apprête à se marier…

Pour son premier long métrage, la britannique  Emerald Fennell s’est engouffrée dans le mouvement # Me Too  en réalisant un « revenge movie » féministe et grinçant. Son film aurait pu être noir, elle a choisi de le parer de couleurs pop, de le mener à un train d’enfer et de lui donner l’allure d’une comédie. Des partis-pris qui rendent son propos encore plus percutant. Dans le rôle de la justicière assoiffée de vengeance, la pétillante Carey Mulligan réalise des prouesses. Avec ce Promising Young Woman produit par la comédienne Margot Robbie, Emerald Fennell a décroché l’Oscar du meilleur scénario. C’est dire s’il ne faut pas le louper.  

Recommandation: excellent

 

-DETECTIVE CONAN- THE SCARLET BULLET de Chika NAGAOKA- Film  d'Animation policier.

Tokyo se prépare à accueillir les Jeux Sportifs mondiaux. L'événement s’accompagne de l’inauguration d’un train révolutionnaire, le premier au monde qui pourra rouler dans un tunnel sous vide. Lors d’une fête organisée pour fêter son inauguration, deux de ses sponsors disparaissent, sans doute, kidnappés. Tiens, tiens ! Voilà qui rappelle l’enlèvement, voici quinze ans à Boston, de deux fameux industriels.. Conan, va mener l’enquête. Conan? Un héros sans équivalent, un fan de Sherlock Holmes à qui un poison administré par deux hommes en noir, lui a donné, pour toujours, la dégaine d’un petit garçon…sacrément débrouillard et futé.

Il y a 27 ans qu’au Japon, Conan, le détective « miniature » est une star. A lui tout seul, il a inspiré des centaines de mangas et 24 films d’animation en ont fait leur héros. C’est la première fois qu’il déboule sur les grands écrans de l’Hexagone.  Détective Conan a tout pour séduire et enthousiasmer : scénario, rythme, rebondissements, graphisme, animation, tout est top. Il faut juste que nos yeux occidentaux s’habituent à la multiplicité et aux voix, un peu trop criardes, des personnages. Mais normalement, en dix minutes, les problèmes sont réglés !

Recommandation: excellent. 

 

-VERS LA BATAILLE de Aurélien VERNHES-LERMUSIAUX- Avec Malik ZIDI, Leynar GOMEZ, Thomas CHABROL…

1860. Louis, photographe professionnel, réussit à convaincre un général de l’armée française de l’envoyer au Mexique. Il veut prendre là-bas des clichés de la guerre coloniale dont il pense qu’elle fait rage…Sur place, il se rend compte qu’au contraire, dans cette région aussi majestueuse que inhospitalière, le conflit s’enlise. Perdu entre les lignes, ne parlant pas un mot d’espagnol, il est incapable de trouver les combats et donc, de prendre la moindre photo, refusant, par éthique, de truquer des clichés comme il le voit faire par un de ses confrères. Sa rencontre avec Pinto, un paysan mexicain, va le conduire à abandonner ses rêves de gloire et d’argent, et à affronter les fantômes de son passé, notamment la mort d’un fils dont il n’avait pas réussi à faire le deuil.

Film sur la guerre? Film historique? Thriller? Quête initiatique? Western? « Survival »? Il est difficile de classer ce Vers la bataille, le premier long métrage de fiction d’Aurélien Vernhes-Lermusiaux.  Mais qu’importe ! L’intérêt du film n’est pas dans sa catégorisation, mais dans l’ambition humaniste de son scénario (moins historique que spirituel), et dans la réussite de sa mise en scène (photo, cadrage et direction d’acteurs, tous ces « postes » sont  très « soignés » ). C’est un premier long métrage, mais on sent que son réalisateur l’a nourri de beaucoup de lectures ( Joseph Conrad, notamment) et de films ( Aguirre, la colère des dieux). Vers la bataille  est riche, dense et organique. S’il manque un peu de rythme c’est parce qu’il est, volontairement, contemplatif. Il a aussi un autre atout : il est porté par Malik Zidi, un acteur, sensible, juste, généreux, à fleur de peau et en même temps, très concret.  

 Recommandation : excellent

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