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"Policiers barbares" : énième dérapage de Jean-Luc Mélenchon ou stratégie de remise en cause délibérée d’un régime illégitime à ses yeux ?
©GERARD JULIEN / AFP

LFI

"Policiers barbares" : énième dérapage de Jean-Luc Mélenchon ou stratégie de remise en cause délibérée d’un régime illégitime à ses yeux ?

Ce mardi, alors qu'il était interrogé sur les violences policières pendant le rassemblement contre la réforme des retraites, lors d'une discussion avec un manifestant Jean-Luc Mélenchon a qualifié les policiers "de barbares", ajoutant "soyez prudents, parce qu'ils ne s'arrêtent plus maintenant".

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou bien encore de La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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Atlantico.fr : Si Jean-Luc Mélenchon a l'habitude de s'en prendre aux forces de l'ordre, s'agit-il là simplement d'un énième dérapage ? Au contraire cette remarque ne va-t-elle pas plus loin s'inscrivant ainsi dans une remise en question inédite des institutions républicaines ? 

Sylvain Boulouque : Il y a plusieurs éléments à prendre en compte. Dans un premier temps, à travers ces propos, Jean-Luc Mélenchon -comme l'a également fait la majeure partie des organisations de gauche- condamne les violences policières qui ont été relevées au cours de ces derniers mois. Il y a donc une remise en cause des violences policières. 

Dans un deuxième temps, les propos -filmés par des caméras, mais tenus dans le cadre d'une conversation privée avec un manifestant- ont été, en quelque sorte, instrumentalisés par le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. Ce dernier les a immédiatement condamné. Ceci donnant lieu, dans un troisième temps, à de nouvelles remarques de la part de Jean-Luc Mélenchon. Remarques au cours desquelles il a, à nouveau, cherché à condamner ces violences policières alors, qu'au même temps, avait lieu un rassemblement des forces de l'ordre devant le siège de LFI à Paris. 

On a donc cette succession de faits qui a provoqué de nombreux débats. Maintenant peut-on réellement parler de remise en question des institutions républicaines ? Pas vraiment, Jean-Luc Mélenchon ici ne cherchait pas forcément tant à remettre en cause ces institutions en question mais plutôt à condamner une énième fois ce qu'il estime être des violences policières et l'utilisation de plus en plus violentes de la force par les forces de polices. 

Le choix de vocabulaire de Mélenchon -associer les policiers à "des barbares"- n'en est, néanmoins, pas moins discutable. Cela étant dit, il n'est pas le seul à avoir condamner ces violences, ni à avoir employé ce terme de violence, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, l'a fait également de manière bien plus sobre, juste et civilisée.

Ensuite, plus largement, Mélenchon s'en prend également régulièrement aux institutions judiciaires qu'ils accusent d'être aux ordres du pouvoir. Mais c'est un argument qui fait partie de la rhétorique du dirigeant de la France insoumise depuis des années et qu'il n'est, par ailleurs, pas le seul à utiliser. Dès lors que les hommes et femmes politiques sont mis-en-cause par la justice, ils ont tous tendance à l'accuser de répondre aux ordres du pouvoir en place (pensons par exemple aux propos tenus par Marine le Pen...).

Quelle est la part de l'opinion susceptible de se retrouver dans ce discours de remise en cause des institutions ? Cette stratégie peut-elle réellement séduire un certain électorat ?

Jean-Luc Mélenchon a pour but de rassembler la gauche, du moins une partie de la gauche, autour de lui. Pour réunifier la gauche, il utilise une stratégie de dénonciation des violences policières tout en apparaissant, lui-même, comme un personnage extrêmement autoritaire. Autoritarisme qui déplaît d'ailleurs massivement à une partie de cet électorat et est la raison pour laquelle il mise sur une stratégie de contestation des forces de l'ordre. Stratégie qui peut séduire l'électorat de gauche : en contestant l'ordre établit il peut ressouder une partie de son électorat. Pour se faire, il doit se poser dans une posture à la fois de propositions et de dénonciation de l'ordre établit.

Aujourd'hui, cette stratégie qui a fonctionné un temps -notamment lors de la présidentielle de 2017- malgré la personnalité clivante de Mélenchon semble s'épuiser. A l'heure actuelle, elle ne fonctionne plus qu'au sein du noyau des électeurs de Mélenchon, c'est-à-dire auprès des soutiens de LFI ou des individus qui sentent proches idéologiquement de LFI (notamment les électeurs de Benoît Hamon).

En d'autres termes, tant que Jean-Luc Mélenchon est dans une posture de dirigeant il ne séduit pas autant que s'il se situe dans une posture de contestataire. Dès lors, il peut séduire plus largement bien que cela fonctionne moins bien aujourd'hui qu'il y a quelques années.

Réagissant aux propos de Jean-Luc Mélenchon, le ministre de l'intérieur Christophe Castaner, les a qualifié d' "insulte inacceptable". Face à une certaine monté de la défiance envers les institutions républicaines, quelle peut être la réponse de l'Etat ? 

Les postures du ministre de l'Intérieur et du gouvernement ne sont, dans ce cas précis, pas surprenantes. Ils sont dans une posture de protection et de défense des forces régaliennes. Castaner en dépit des multiples cas de violences policières présumées au cours de ces derniers mois, et en l'absence de sanctions de l'IGPN, se place dans la logique de son poste et protège sa police. On est ici dans la logique même du poste de ministre de l'Intérieur et dans la continuité par rapport à attitude adoptée dans des cas similaires par ses prédécesseurs.

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