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Noé, avec Jennifer Connelly et Russell Crowe
Noé, avec Jennifer Connelly et Russell Crowe
©Paramount Pictures France

Revue des critiques ciné

“ Noé ” : gros film étouffe-chrétien, “ Les yeux jaunes des crocodiles ” : la petite bluette qui se laisse manger, “ Apprenti-gigolo ” : le drôle de scénario pas rigolo, rigolo

"Noé" de Darren Aronofsky, "Les yeux jaunes des crocodiles" de Cécile Telerman, "Apprenti gigolo" de John Turturro : tous vos journaux en ont parlé, les ont aimés, encensés ou dézingués. Les ont-ils bien jugés ? On est allé vérifier !

Barbara Lambert

Barbara Lambert

Barbara Lambert a goûté à l'édition et enseigné la littérature anglaise et américaine avant de devenir journaliste à "Livres Hebdo". Elle est aujourd'hui responsable des rubriques société/idées d'Atlantico.fr.

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 “ Noé ” de Darren Aronofsky, avec Russell Crowe et Jennifer Connelly

Emballée, la presse ! Le blockbuster de Darren Aronofsky décroche 3 étoiles de note moyenne. “ Figure shakespearienne et tourmentée, son “ Noé ”, porté par le charismatique Russell Crowe, préfère le drame familial à la surenchère visuelle. Et c’est tant mieux ”, estime “ Métro ”. “ Même s’il est très fidèle à la Bible, sa vision s’avère à la fois audacieuse et iconoclaste, intemporelle et indépendante ”, s’enflamme “ Première ”. “ Le survol en masse fulgurant des oiseaux, qui viennent se réfugier dans l’Arche, est un beau moment, appuie “ Télérama ”. Puis, très attendu, il y a le Déluge. Pas mal orchestré (des geysers, une pluie diluvienne) et sans emphase. Darren Aronofsky passe d’un genre à l’autre (film d’aventure, film catastrophe…), sans sombrer dans une armada d’effets ”. Du côté des journaux fine bouche, la critique, sans surprise, est plus retorse. “ “ Noé ” est au cinéma ce que la scie musicale est au bel canto. N’importe quoi, tranche “ Le Nouvel Obs ” : collage de clichés, avalanche de textes pompeux, accumulation d’effets spéciaux (on appelle ça des miracles dans la Bible) ”. “ Cocktail indigeste d’heroic fantasy trempée dans l’Ancien Testament, plus du “ Seigneur des anneaux ” pour la baston, cette mixture, surenchérit “ Paris-Match ”, ne séduira ni les croyants ni les mécréants, et encore moins les cinéphiles ”. Bon, on a la classique ligne de partage entre les — plus ou moins — faciles à contenter et les bégueules, normal…, au final, ça donne quoi, ce “ Noé ” révisité, accommodé à la sauce Aronofsky ?

 

Ce qu’on en pense : 

Ca démarre un peu comme dans un film d’animation à visée pédagogique, mais qui aurait décroché la grosse subvention du ministère. Un gros serpent vert fluo jaillit de sous les herbes et darde sa langue bifide dans notre direction : wouh, le serpent de la tentation ! Deuxième image : devinez un peu… une main hésite, puis s’élance et cueille une pomme très, très rouge : ahaaa, le fruit du péché ! S’ensuit un petit résumé de l’histoire d’Adam et Eve et de leurs descendants : d’un côté, les enfants de Caïn par qui “ la méchanceté a envahi la Terre ” (je cite de mémoire), de l’autre, les héritiers de Seth : Noé et ses enfants. Mais on ne va pas vous raconter l’histoire, hein ?, puisque vous la connaissez… C’est bien là qu’est le souci — ou l’un des soucis... Car il ne suffisait pas de rappeler les faits, façon catéchisme pour les grands et les petits, en langage sous-titré très, très épais et très, très niais. Il ne suffisait pas non plus de farcir le film de drôles de créatures et d’effets spéciaux : cela aussi a déjà été fait. Ce qu’il fallait, c’était la réinventer, cette histoire : trouver un angle, avoir un avis, un regard, sur ce personnage ô combien héroïque, ô combien “ habité ”, mais, mine de rien, un peu effrayant, par certains côtés. D’avis, de regard, Darren Aronofsky n’en a malheureusement pas : son “ Noé ”, interprété par un Russell Crowe intense, mais, du coup, décalé, vu la faiblesse du film, et une Jennifer Connelly tout en plissage de front et œil larmoyant, ressemble à une grosse farce biblique hollywoodienne avec images de synthèse intégrées qui aurait pu nous faire hurler de rire si elle ne nous avait pas assommé. En vérité, en vérité, on vous le dit : ce film est à fuir, absolument.

 

“ Les yeux jaunes des crocodiles ” de Cécile Telerman, avec Julie Depardieu, Emmanuelle Béart et Patrick Bruel

 Surprise ! De la presse grand public à la presse exigeante, l’adaptation du roman de Katherine Pancol fait l’unanimité. “ La réalisatrice a su réunir une bande d’acteurs excellents qui, en dépit d’une mise en scène sans surprise, se régalent et nous régalent des névroses de cette famille dysfonctionnelle. Une comédie fort distrayante aux personnages fantasques ”, s’emballe “ Le Parisien ”. Etrangement, “ Le Monde ” — “ Le Monde ”, oui, oui — fait écho à son confrère… à sa manière, bien sûr : “ Adaptant le best-seller de Katherine Pancol, Cécile Telerman fait un film parfois très maladroit, voire simpliste dans sa manière, mais cultive au travers d’un duo de tête très investi une veine dépressive plutôt savoureuse ”. Oh ben, ça, si on s’était attendu… Ca veut dire que c’est tout bon, alors ? En vrai : il n’y a que “ Le Figaroscope ” pour tirer la tronche : “ Mise en scène à la va comme je te pousse, personnages stéréotypés et aussi niais que dans le livre. Filmée à coups de serpe, pas réaliste pour deux sous, la comédie est aussi légère qu’un bulldozer sur un chantier ”. Carrément ! Mame Nathalie Simon du “ Figaroscope ”, y’a un truc qui est pas passé au déjeuner, ou bien ?

 

Ce qu’on en pense : 

Au risque de paraître fleur bleue et neu-neu (même pas mal !), on a marché à fond. Dans son genre, populaire et grand public — ce n’est pas une insulte —, “ Les yeux jaunes des crocodiles ” remplit parfaitement le cahier des charges. Certes, l’histoire n’est pas nouvelle, nouvelle : deux sœurs que tout oppose — l’une, la favorite, belle, riche et oisive, l’autre, la mal aimée, brillante mais fauchée — concluent un pacte : pour remplir le vide de son existence, la première, interprétée par Emmanuelle Béart, demande à la seconde, jouée par Julie Depardieu, de lui écrire un livre qu’elle publiera sous son nom, en échange de la cession des droits d’auteur. Evidemment, le livre est un succès… évidemment, aussi, la vérité éclate au profit, bien sûr, de la sœur Cendrillon. Gravitent autour des deux héroïnes, des parents, des maris, des enfants, des amis, des amants, dont on découvre au fil du film les moteurs cachés : l’ambition, l’avidité, la jalousie, l’amertume, la peur, le mensonge, l’amour, aussi. Si le film est réussi, c’est bien grâce à cela, grâce à ces personnages qui ont tous leurs propres ressorts, leurs propres aspérités, leurs zones d’ombre et de lumière — une “ vraie ” existence, en somme. Le fait est que tous les acteurs — mentions spéciales à Julie Depardieu et Patriiiiick Bruel — jouent parfaitement le jeu : ni trop, ni trop peu. Si vous avez envie de vous rincer les méninges et de vous faire une pause shamallow, courez-y : vous en aurez pour vos berlingots.

 

“ Apprenti gigolo ” de John Turturro, avec John Turturro, Woody Allen, Sharon Stone et Vanessa Paradis

 Pas fameuses, en vérité, les critiques du film du grand, du touchant et du vibrant John Turturro. A croire qu’il ne suffit pas d’être un — très — bel acteur pour être un bon réalisateur… C’est assez frappant : même les journaux les plus enthousiastes ont la louange mesurée. “ Si Woody Allen est irrésistible en mac du héros, lettré désargenté à l’humour ravageur et au bon sens revigorant, les moments de douceur ne manquent pas entre le héros et Vanessa Paradis, épatante en juive orthodoxe, qui s’épanouit grâce au gigolo tombant sous son charme ”, nous dit “ 20 minutes ”. “ L’acteur fétiche des Frères Coen signe une comédie pleine de délicatesse (…) sur un thème pourtant périlleux ”, estime “ Le Figaroscope ”. Cachez votre joie, les gars ! Pour les avis carrément négatifs, y’a le choix… Deux exemples, pour la route : “ Malgré quelques répliques bien senties et de jolis moments, le scénario peine à rebondir vers la comédie et se perd en conflits artificiels ” (“ Première ”). “ Il est une science du rythme propre à la comédie que ne semble guère maîtriser l’acteur et réalisateur John Turturro, qui signe là sa septième réalisation, juge “ Le Monde ”. Le mélange des tonalités n’est pas à blâmer, mais le scénario, oui. Sans tempo, la mécanique du rire se grippe au profit d’une mécanique du pire ”. Ouch ! C’est si grave que ça ?

 

Ce qu’on en pense :

Disons-le tout net : on n’a pas bien vu où voulait en venir Turturro avec son histoire de gigolo au grand cœur qui monnaie ses faveurs via un drôle de poto-maquereau. On n’a même pas compris — c’est dire… — pourquoi le personnage interprété par le beau John, qui ne demandait rien à personne, accepte d’aller faire du bien à ces dames moyennant finance quand son chouette ami — interprété par Woody Allen, égal à lui-même — lui en soumet l’idée. Pourquoi ledit ami a cette idée-là ? Là, non plus, on ne sait pas… Quand, après avoir enflammé deux femelles délaissées qui rêvent d’un “ ménage à trois ” (Sharon Stone et Sofia Vergara), le gig tombe sur une veuve juive orthodoxe (Vanessa Paradis), le film prend une autre tournure, voire une autre dimension. Car la jeune femme est surveillée de près par la communauté hassidim de Brooklyn, qui se fait fort de lui rappeler ses devoirs et surtout son absence de droits… John Turturro, réalisateur, cherche-t-il à faire passer un message sur la dure condition des femmes juives orthodoxes ? Mystère et boule de gomme. Au chapitre ambiance, “ humeur ”, on oscille entre l’humour à la new-yorkaise tendance Woody, le presque graveleux et l’intimiste tendre, limite romantique, ce qui, vous l’avouerez, fait un sacré bricolage. Restent de — très — jolies scènes entre John, aussi charmant qu’émouvant, et Vanessa, lumineuse et vraiment soufflante… Mais bon, au final, tout cela, hélas, ne suffit pas. A moins que vous ne vous retrouviez totalement démuni un jour de pluie, et même si on comprend votre curiosité légitime (on est passé par là), si vous ne voulez pas être déçu, il vaut mieux passer votre tour. Conseil d’amie.

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