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L'île de Queimeda Grande appelée 'l'île aux serpents".
L'île de Queimeda Grande appelée 'l'île aux serpents".
©Twitter / Dilip Rajpurohit

Eden infernal

L’enfer au paradis : Queimada Grande, la terrifiante île brésilienne qui présente la plus grande concentration au monde de serpents venimeux

L'endroit est infesté de Jararaca-ilhoa (certains racontent qu'il y en a un tous les mètres carrés), une des espèces de serpents les plus mortelles au monde dont le venin a le pouvoir de faire fondre la chair humaine.

Des chutes d'Iguazu au parc national Lençóis Maranhenses, le Brésil regorge d'endroits magnifiques. L'Ile de Queimeda Grande, située à environ 145 km de la côte de Sao Paulo, semble être l'un d'entre eux. A vue d'œil du moins. Car si tous les Brésiliens ont déjà entendu parler de l'île, ils nevoudraient s'y rendre pour rien au monde : l'endroit est infesté de 2 000 à 4 000 Jararaca-ilhoa, une des espèces de serpents les plus mortelles au monde. L'animal, de couleur jaune peut atteindre jusqu'à deux mètres à l'âge adulte. Sa tête est triangulaire et pointue, en raison des puissants muscles de ses mâchoires.

Le venin du Jararaca-ilhoa peut tuer une personne en une heure. De nombreuses légendes locales font état des souffrances vécues par ceux qui ont eu le malheur de s'approcher des rivages de "l'île aux serpents". Selon la rumeur, un infortuné pêcheur, atterri sur l'île en quête de bananes, aurait été retrouvé des jours plus tard dans son bateau, noyé dans une mare de sang, le corps recouverts de morsures de serpents. De 1909 aux années 1920, quelques personnes vécurent sur cette île, afin de s'occuper du phare. Une autre légende veut que le dernier gardien du phare et toute sa famille aient périt après qu'une horde de serpents se soient introduits par leur fenêtre.  

Si certains racontent que les serpents ont été apportés sur l'île par des pirates cherchant à protéger leur or, la réalité est toute autre. Il y a environ 11 000 ans, l'augmentation du niveau de la mer fut telle qu'elle a isolé l'ile de Queimada Grande du reste du continent. C'est pourquoi les espèces de serpents qui vivaient sur cette île ont évolué différemment de ceux du Brésil, échappant à toute intervention humaine.

Ces serpents n'avaient aucun prédateur terrestre, ce qui leur a permis de se reproduire rapidement. Mais ils n'avaient par conséquent pas non plus de proie terrestre. Pour se nourrir, ils ont donc commencé à monter aux arbres, s'attaquant aux oiseaux migrateurs qui visitaient l'île une fois par an. La plupart du temps, les serpents traquent leur proie, les mordent puis attendent que leur venin fasse effet avant de les traquer à nouveau. Evidemment, il est impossible pour les Jararaca-ilhoa de traquer les oiseaux qu'ils mordent. C'est ainsi que ces bêtes ont développé un venin incroyablement puissant. Trois à cinq fois plus fort que n'importe quel autre serpent brésilien, il fait fondre la chair humaine et tue presque toutes ses proies instantanément.

Ainsi, à cause du danger, le gouvernement brésilien contrôle très sévèrement les visites de l'île de Queimada Grande. Toutefois, même sans restriction gouvernementale, l'endroit ne serait sans doute pas une destination  touristique très populaire : les serpents y sont tellement nombreux que dans certaines zones on estime qu'il y en a un tous les mètres carrés. Par ailleurs, une morsure de Jararaca-ilhoa est mortelle à 70%. Même soignées, les victimes ont encore 3% de "chances" d'y rester. Et quand il ne tue pas, le venin du Jararaca-ilhoa peut provoquer des défaillances des reins, une nécrose du tissu musculaire, des hémorragies du cerveau ou encore des saignements intestinaux…

C'est pourquoi, le gouvernement brésilien impose la présence d'un médecin lors de chaque visite légale de l'île, au cas où. Par ailleurs, la marine brésilienne y fait une escale chaque année afin de régler le phare, automatique depuis les années 20. L'île est également un important laboratoire pour les biologistes et les chercheurs, à qui on donne la permission de visiter l'île dans le cadre de recherches sur les Jararaca-ilhoa.

Au Brésil, 90% des morsures du serpent viennent des vipères Fer de lance, proches cousines du Jararaca-ilhoa (les deux sont de la famille des Bothrops). Ainsi, les biologistes espèrent qu'en comprenant mieux les Jararaca-ilhoa et leur évolution, ils en sauront plus sur les Bothrops et pourront donc traiter plus efficacement les nombreux accidents liés aux morsures de serpents au Brésil. Quelques scientifiques pensent que le venin de serpent pourrait être un outil pharmaceutique efficace. Lors d'une interview pour le magazine Vice, Marcelo Duarte, un scientifique du Brazilian Butantan Institute, qui étudie les venins de reptiles à des buts pharmaceutiques, a décrit les potentialités médicales du Jararaca-ilhoa. "Nous en sommes à nos balbutiements dans le domaine de la possibilité des venins", a dit-il expliquant que celui Jararaca-ilhoa s'est déjà prouvé utile à des fins de guérisions de maladies de cœur, de problèmes de circulations et de caillots sanguins.

Pour satisfaire les demandes des scientifiques et des collectionneurs d'animaux, des braconniers appelés "biopirates" visitent aussi Queimada Grande. Ils tendent des pièges aux serpents qu'ils vendent ensuite au marché noir. Le Jararaca-ilhoa est tellement convoité qu'il peut atteindre de 10 000 à 30 000 dollars. En plus de ces captures, la dégradation de l'habitat (la marine brésilienne a détruit une bonne partie de la végétationde l'île) et les maladies ont également affecté la population de Queimada Grande qui a diminué de presque 50% au cours des 15 dernières années. Ainsi, aujourd'hui, le Jararaca-ilhoa fait partie des espèces en voie de disparition. Pour le plus grand bonheur des Brésiliens et des touristes ?

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