"Je dois être un peu con" : lettre ouverte à Anthony Bellanger, premier secrétaire général du Syndicat National des Journalistes | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a apporté dimanche "son plus total soutien" au Syndicat de la Magistrature mis en cause pour son" mur des cons".
Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a apporté dimanche "son plus total soutien" au Syndicat de la Magistrature mis en cause pour son" mur des cons".
©Pixabay

Editorial

"Je dois être un peu con" : lettre ouverte à Anthony Bellanger, premier secrétaire général du Syndicat National des Journalistes

Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a apporté dimanche "son plus total soutien" au Syndicat de la Magistrature mis en cause pour son" mur des cons".

Pierre Guyot

Pierre Guyot

Pierre Guyot est journaliste, producteur et réalisateur de documentaires. Il est l’un des fondateurs et actionnaires d’Atlantico.

 

Voir la bio »

Monsieur Bellanger, je dois être un peu con.

C’est en tout cas ce que je ressens en lisant le communiqué du Syndicat National des Journalistes dont vous êtes le secrétaire général et dans lequel vous expliquez que votre organisation "s’élève contre le mauvais procès fait au Syndicat de la Magistrature" dans ce qu’il faut bien appeler désormais "l’affaire du mur des cons".

En effet, je ne comprends pas que le SNJ y dénonce "l’utilisation d’images volées dans un lieu privé, en l’occurence les locaux du SM" (Je cite votre communiqué à la lettre près et donc en respectant les fautes d’orthographe…)

Je crois que, comme vous, je conçois assez clairement le concept de "lieu privé".  Je tiens également à vous témoigner ici ma conviction qu’il est nécessaire de respecter le droit, et donc le droit syndical. Cependant, si vous recevez dans les locaux du SNJ de la rue du Louvre, Monsieur Bellanger, non pas un journaliste mais une équipe de trois personnes (un journaliste, un journaliste reporter d’images et un preneur de son) qui ne vous ont absolument pas dissimulé leur identité, que ces trois personnes vous ont informé être là pour réaliser un reportage et enregistrer une interview et que vous accueillez cette équipe de journalistes dans une pièce, ce lieu reste-t-il "privé" ?

De la même façon, votre concept "d’images volées" me turlupine. Lorsque l’une de ces personnes, que vous savez toutes les trois travailler pour la télévision, se met à tourner des images, sont-ce des images "volées" ? A vous lire, j’ai l’impression que ne seraient pas "volées" que les images qui seraient tournées avec votre autorisation expresse et de préférence avec de bonnes vieilles caméras d’épaule Bétacam, bien repérables et reconnaissables.

Je ne doute pas qu’avec vos nombreuses années de reportage d’investigation et de journalisme de terrain, vous savez aussi bien que moi, Monsieur Bellanger, qu’il est parfois nécessaire, pour faire correctement notre métier, de regarder dans d’autres directions que celle que nos interlocuteurs nous désignent et de montrer à nos lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs d’autres tableaux que ceux, toujours joliment peints, qu’entreprises, partis politiques ou syndicats nous présentent de prime abord.

Je ne comprends pas non plus votre différence d’appréciation entre cette vidéo du "mur des cons" mise en ligne par Atlantico et les images "off " de Nicolas Sarkozy volées à la chaîne France 3 et révélées en 2008 par le site d’information Rue89.  Le non-lieu en faveur du site Rue89 vous avait inspiré l’année dernière un communiqué titré "victoire pour la liberté d’information".

Interrogé hier par notre consœur Camille Polloni du même site d’information Rue89, vous expliquez que la différence avec la vidéo d’Atlantico sur le "mur des cons" consiste en "un vrai travail de journaliste, avec une enquête derrière".

Là je deviens encore plus con : je ne vois pas où est "l’enquête journalistique" dans le fait de piquer des images à son employeur et de les filer à autre média pour que ce dernier les diffuse. (Remarquez en passant que jamais Atlantico n’a prétendu avoir réalisé une "enquête" en diffusant la vidéo du "mur des cons". Notre démarche a été de rendre public un document qui nous a été remis par un magistrat)

En préparant cet éditorial, Monsieur Bellanger, j’ai lu un article publié la semaine dernière,  qui s’interroge sur la déontologie et les conditions d’exercice de notre métier. Le papier exprime notamment le point de vue suivant : "Peut-on mettre en cause (…) des journalistes (qui ne sont pas au-dessus des lois par définition) quand ils ont révélé des informations d’intérêt public et seulement d’intérêt public ? Peut-on les accuser d'être des receleurs pour avoir simplement détenu les preuves de leurs informations ? Si la cour (…) devait répondre “oui” à ces deux questions, ce serait à l'évidence une défaite pour le journalisme."

Cette analyse que je soutiens pleinement devrait vous faire bondir, Monsieur Bellanger, puisqu’elle est en contradiction avec la charte de déontologie du SNJ qui précise qu’un journaliste "digne de ce nom proscrit tout moyen déloyal et vénal pour obtenir une information".

Mais je ne sais pas si vous allez vous fendre d’un communiqué de condamnation cette fois. Il est vrai que l’article est publié par Médiapart, qu’il concerne le procès fait à ce site d’information dans le cadre de son enquête sur l’affaire Bettencourt et qu’il est signé de notre confrère Fabrice Arfi… Je dois vraiment être un peu con.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !