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"Célébration" d’Harold Pinter : audacieux, exigeant, fougueux, violent, et conquérant
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"Célébration" d’Harold Pinter : audacieux, exigeant, fougueux, violent, et conquérant

Charles-Édouard Aubry pour Culture-Tops

Charles-Édouard Aubry pour Culture-Tops

Charles-Édouard Aubry est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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THEATRE

Célébration

d’Harold Pinter

Mise en scène: Jules Audry

Avec Quentin Dassy, Francesca Diprima, Léa Fratta, Faustine Koziel, Orane Pelletier, Garion Raygade, Ulysse Reynaud, Marco Santos, Florence Vidal

INFORMATIONS

Théâtre de Belleville
94 rue du Faubourg du Temple, Paris, XIème

Du mercredi au samedi à 21h15, le dimanche à 15h

ATTENTION: dernière, le 28 avril

Durée : 1h

Réservations : 01 48 06 72 34

RECOMMANDATION

          EXCELLENT

THEME

La pièce se déroule dans un restaurant chic : deux couples fêtent un anniversaire de mariage, un autre une promotion ; une femme seule semble ne rien faire. Autour d’eux gravitent la patronne et son serveur, qui s’attachent à satisfaire leurs désirs.

Chacun va rapidement révéler ses dysfonctionnements, dévoiler ses souvenirs profondément enfouis et libérer ses pulsions longtemps réfrénées. Chaque personnage semble chercher à naître aux autres après être né pour lui-même avec une débauche d’énergie qui crée des situations extrêmes qui oscillent en permanence entre le bien et le mal.

POINTS FORTS

Pinter livre ici sa dernière pièce, écrite en 1999. Ses personnages sont exposés comme dans une vitrine (la proximité du public dans ce petit théâtre chaleureux), dans une tension grandissante au fur et à mesure qu’ils se libèrent des conventions, des rôles et de toute forme de bienséance.

Le tour de force de Pinter est de rendre encore plus important ce qui n’est pas dit, ce qui se situe entre les dialogues (et que la mise en scène permet très intelligemment de laisser s’épanouir). Le spectateur passe ainsi sans transition d’une situation à une autre et garde la liberté de combler les vides. C’est surprenant au début de la pièce mais au fur et à mesure de son déroulement, on apprécie de sortir d’une sorte de confort pour participer pleinement à ce spectacle en mouvement, audacieux et exigeant.

Le metteur en scène a travaillé avec les élèves de la troisième année de l’école des Enfants Terribles. On sent la troupe, le désir de jouer ensemble, de partager une aventure commune faite d’une grande rigueur et de beaucoup d’écoute. Passons sur la difficulté économique de monter une pièce avec neuf comédiens dans un théâtre de 96 places, pour nous réjouir de l’ambition du projet et de la performance de chaque acteur.

POINTS FAIBLES

La pièce surprend tout d’abord par une violence très « contemporaine » dont tous les spectateurs ne sont pas familiers. Cela peut désarçonner. Et puis la pièce déroule son dispositif et on est happé par son rythme intense. On fait corps avec les acteurs dans leur démesure. On ressort sonné, mais ce qui dérange au début ajoute au texte un nécessaire contrepoint.

EN DEUX MOTS

Le texte a été écrit pour créer du désordre, la mise en scène crée du chaos, le spectateur est projeté dans un univers qui reprend les codes d’un théâtre très contemporain. La réussite de l’ensemble naît d’un lien qui s’élabore entre les acteurs et les spectateurs et provoque une vraie synergie.

UN EXTRAIT

"Mon grand-père m’a introduit aux mystères de la vie et je suis encore en plein dedans. Je ne peux pas trouver la porte pour en sortir. Mon grand-père en est sorti. Il a laissé ça derrière lui et il ne s’est pas retourné. Il a parfaitement pigé. Et j’aimerais faire une autre intervention."

L’AUTEUR

Harold Pinter (1930 – 2008) est un écrivain anglais qui a écrit pour à peu près toutes les formes de représentation : théâtre, littérature, télévision, cinéma, radio. Il a reçu le Prix Nobel en 2005, au motif que : « [dans ses œuvres,] il découvre l'abîme sous les bavardages et se force un passage dans les pièces closes de l'oppression ».

Après l’écriture de "Célébration", il déclara arrêter l’écriture de pièces de théâtre pour se consacrer à la politique.

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