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Le nouveau film de Thomas Ngijol et de Fabrice Eboué sort en salles le 6 juillet.
Le nouveau film de Thomas Ngijol et de Fabrice Eboué sort en salles le 6 juillet.
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En salles

"Case départ" : moins léger que prévu ?

Le nouveau film de Thomas Ngijol et de Fabrice Eboué sort en salles le 6 juillet. Si la bande d'annonce laissait présager une comédie potache, il se pourrait bien que le récit du retour de deux frères vers le passé de leurs ancêtres esclaves antillais soit moins innocent qu'il n'y paraît.

Clément  Bosqué

Clément Bosqué

Clément Bosqué est Agrégé d'anglais, formé à l'Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique et diplômé du Conservatoire National des Arts et Métiers. Il dirige un établissement départemental de l'aide sociale à l'enfance. Il est l'auteur de chroniques sur le cinéma, la littérature et la musique ainsi que d'un roman écrit à quatre mains avec Emmanuelle Maffesoli, *Septembre ! Septembre !* (éditions Léo Scheer).

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Un commentaire anonyme sur le net le dit bien : "la BA [bande-annonce] est drôle, pourvu que tout ne soit pas dedans !" Case Départ ne sort que le 6 juillet : dès lors, nous ne pourrons vous parler de ce qu'annonce le film de Thomas Ngijol et Fabrice Eboué... et il annonce plus qu'il n'y paraît, sur des questions telles que l'identité et la mémoire. Des sujets qui sont certes à la mode, mais non sans raison, et non seulement par diversion.

Évidemment, si le film est bien fait, il offrira, à tous, un récit ficelé et emmené, on l'espère, par les deux humoristes. Ils n'hésitent pas à incarner deux frères, le premier un black qui fonde son identité sur un statut de "victime de discrimination" en raison d'origines que l'autre au contraire, métis, nie et masque pour mieux se couler dans le moule français. Intégration en échec d'un côté, réussie de l'autre. Tous deux catapultés au temps de l'esclavage par un sortilège. On s'attend à ce que l'un comme l'autre se renvoient la balle joyeusement. On peut en rire : c'est le signe que quelque chose "passe", est dégluti, négocié.

Retour vers un passé douloureux

Le film creuse, toutefois, une mémoire particulière, qui répond à une interrogation particulière : celle des descendants d'esclaves africains (antillais), à laquelle sont susceptibles de se joindre les immigrés et français descendants d'immigrés, et bien sûr les métis. Il se présente donc comme un Visiteurs (1993) à l'envers, où ce n'est plus le passé qui visite le présent, mais bien l'inverse. Si Les Visiteurs témoignait d'un intérêt pour le moyen-âge, et plus largement l'histoire nationale, Case Départ pourrait signaler un goût pour une histoire plus particulière, une histoire douloureuse mais qui soude une communauté. Ce qui ôte tout à la fois à l'histoire et à la nation leurs prétentions d'unité.

Ainsi, sortis du non-dit, sortis aussi du culpabilisme des nouveaux manuels d'histoire où l'on "traque le racisme et l'intolérance au Moyen-Âge, le sexisme et le capitalisme sous l'Ancien Régime, le fascisme au XIXe siècle" (Jean Sévillia, Historiquement correct, Perrin) et de la mémorialite à la Taubira, entre-t-on dans un temps prometteur d'histoires relatives, à taille plus humaine que la geste indigeste de la "Démocratie athénienne-Renaissance-Lumières-Luttes ouvrières-Droits de l'homme" avec laquelle on demande à l'Ecole de gaver absurdement ses ouailles.

Il faut donc attendre la sortie du film. Mais tout indique a priori qu'il propose est moins innocent que l'humour promis par la bande-annonce, et que son propos est, relativement aux questions d'identité et de mémoire, tout à fait considérable, sans que pour autant cela soit forcément l'intention des auteurs.

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