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Face aux roquettes envoyées par le Hamas, le dispositif du Dôme de Fer a pu se déployer en Israël et intercepter une grande partie de ces projectiles.
Face aux roquettes envoyées par le Hamas, le dispositif du Dôme de Fer a pu se déployer en Israël et intercepter une grande partie de ces projectiles.
©DR / Pierre Rehov

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Vérités et contre-vérités sur le conflit Israël-Gaza... Entretien avec le reporter et écrivain Pierre Rehov, spécialiste du terrorisme islamiste

Un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas est officiellement entré en vigueur. Alexandre Del Valle a interrogé cette semaine Pierre Rehov sur le conflit entre le Hamas et Israël.

Alexandre Del Valle

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient dans des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan) ou bien encore La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur). 

Son dernier ouvrage, coécrit avec Emmanuel Razavi, Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde, est paru en novembre 2019 aux éditions de L'Artilleur. 

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Pierre Rehov

Pierre Rehov

Pierre Rehov est reporter de guerre, réalisateur de documentaires, chroniqueur dans la presse française, israélienne et américaine et auteur de nombreux romans. Depuis 30 ans, il explore le Moyen-Orient et étudie les phénomènes extrémistes.

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Alors qu'un cessez-le-feu vient d'être signé entre Israël et le Hamas de Gaza, Pierre Rehov, un des meilleurs connaisseurs du jihadisme, revient sur l'incroyable désinformation qui entoure depuis des décennies un conflit improprement appelé israélo-palestinien. Il déplore la prise en otage de la cause palestinienne par le jihadisme des organisations terroristes gazaouites financés par le Qatar et la république islamique iranienne. C'est d'ailleurs cet appui iranien qui a motivé de nombreux pays arabes sunnites à se rapprocher de plus en plus de Jérusalem pour contrer l'ennemi commun iranien-khomeiniste et son bras armé extérieur le Hezbollah...

 

Pierre Rehov, Reporter franco-israélien, réalisateur de documentaires dédiés au Proche et Moyen-Orient, est un fin connaisseur du conflit israélo-palestinien, certes "engagé", mais dont les observations sont toutes étayées par des reportages de terrain, des enquêtes, et des investigations. Chroniqueur dans la presse française, israélienne et américaine et auteur de nombreux ouvrages, Rehov s'est particulièrement penché depuis plus de vingt ans sur les fondements du terrorisme islamiste, tant sunnite, que chiite, et en particulier sur le jihadisme, dont le Hamas et le Jihad islamique palestiniens, sont une des matrices. Il s’agit également des premiers mouvements non-chiites à avoir généralisé le modus operandi des attentats-suicides hérités de l'islamisme chiite iranien khomeyniste et du Hezbollah. Depuis 30 ans, Rehov explore le Moyen-Orient, de l'Irak à Gaza, où il s'en rendu à de nombreuses reprises, au péril de sa vie, pour enquêter et interviewer des candidats au jihad et des responsables islamistes. Depuis Tel Aviv, il voit se dérouler au-dessus du toit de sa maison la guerre asymétrique et terroriste livrée par le Hamas dont 90% des roquettes tirées sur les populations civiles israéliennes sont interceptées en vol et détruites par le système anti-missile israélien ultra-performant Dome de fer.  Précisons que 7 % de ces roquettes, entièrement financé par l'Iran, est retombées sur Gaza, faisant nombre de dégâts et de morts de civils palestiniens, ce dont la presse ne parle pas.

 

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Pierre Rehov : Il faut différencier l’enchainement des faits et les causes. En ce qui concerne l’enchaînement des faits, tout a commencé par les agressions répétées contre des Juifs par des Palestiniens dans les transports publics de Jérusalem. Les scènes d’attaques étaient ensuite fièrement diffusées sur les réseaux sociaux, comme des victoires individuelles et c’était en train de devenir une mode à laquelle le gouvernement israélien a mis fin par des arrestations. Il y a eu ensuite l’affaire des évictions de Sheikh Jarrah, une banlieue de Jérusalem est. Il est essentiel de connaître le contexte de cette éviction, car cela a été trop souvent occulté par les médias. Jusqu’en 1948, des familles juives habitaient dans ces immeubles. Ils en ont été chassés par les Jordaniens qui, à l’issue de la guerre d’indépendance d’Israël, ont occupé la Judée-Samarie, renommée « Cisjordanie » ainsi qu’une partie de Jérusalem. Ces mêmes familles juives ont passé sept décennies à tenter d’obtenir justice, c’est à dire la restitution de leurs biens, occupés par des Arabes qui ont toujours refusé de leur payer un loyer. La justice israélienne a fini par trancher en leur faveur, sur présentation des documents prouvant leur propriété. Cette décision est tombée à un mauvais moment car en plein ramadan, et l’on sait en Israël que le ramadan donne toujours lieu à des actes terroristes et des débordements. Au même moment, l’Autorité Palestinienne qui ne manque jamais une occasion de mettre de l’huile sur le feu d’un conflit qu’elle ne veut pas voir s’éteindre tant elle en tire profit, a de nouveau protesté contre les excursions de Juifs sur le Mont du Temple. L’emplacement du Temple de Salomon et d’Hérode est le lieu le plus saint du Judaïsme sur lequel les Musulmans ont ( comme ils le font systématiquement – se souvenir de Saint Sophie à Istanbul )  construit plusieurs mosquées pour bien montrer la supériorité de leur religion sur les autres. J’en profite pour m’insurger contre cette forme de racisme religieux flagrante mais tolérée, qui consiste à interdire les lieux de cultes musulmans aux non musulmans. Peut-on imaginer les touristes se voir interdire de visite au Vatican s’ils ne portent pas une croix autour du cou ?

Ces incidents se sont déroulés autour de la « Journée de Jérusalem », une date importante en Israël car elle célèbre la reconquête de la ville sainte et sa réunification. Dans ce contexte, Israël a fait deux efforts majeurs. Le gouvernement a demandé un report de l’exécution de l’ordre de justice visant à expulser les squatters arabes de ces habitations juives et détourné la parade de la « Journée de Jérusalem » des quartiers arabes afin d’éviter les heurts. Mais c’était sans compter sur la volonté du Hamas de s’imposer comme le « libérateur » de Jérusalem. L’organisation terroriste a envoyé une salve de roquettes et de missiles sur Jérusalem, déclenchant des représailles israéliennes d’une envergure à laquelle elle ne s’attendait pas.

Il y a maintenant les causes. Elles sont de trois ordres. Pour rester juste, la situation politique délétère depuis deux ans en Israël, qui a connu trois élections sans qu’une victoire politique soit définie ni une coalition solide mise en place, a laissé supposer aux Palestiniens qu’Israël était en état de faiblesse et qu’il était temps de remettre leur cause sur le devant de la scène internationale après que l’actualité mondiale les ait relégués au dernier plan. Le retour à la politique d’Obama, après la victoire contestée de Joe Biden a également permis à l’Autorité Palestinienne de retourner à sa routine de double langage, affirmant d’un côté vouloir la paix et de l’autre refusant toute négociation avec Israël tout en continuant à financer le terrorisme à hauteur de 17% de son budget.

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Le président Trump leur avait coupé les vivres tant qu’ils ne renonceraient pas de façon claire au terrorisme. L’aile ultragauche du parti démocrate aura convaincu Biden que l’argent envoyé aux Palestiniens, qui sert à enrichir leurs leaders et à financer les attaques contre Israël, atténuait la misère du peuple et contribuait de la sorte à la paix. C’est d’une hypocrisie et d’une maladresse politique sans nom.

Enfin, et non des moindres, Mahmud Abbas, élu pour 4 ans président de l’entité palestinienne et toujours au pouvoir depuis 15 ans, avait promis des élections qu’il repousse depuis toujours. Dès que les sondages l’ont convaincu qu’il ne serait sans doute pas réélu, il a annulé ces élections mis le tort sur Israël qui n’autorise pas les habitants de Jérusalem Est, détenteurs de cartes d’identité israéliennes, à voter dans les territoires disputés.

Quant au Hamas, ainsi que je l’ai indiqué plus haut, leur rivalité avec Abbas les pousse régulièrement à vouloir s’affirmer comme les défenseurs de la cause palestinienne. Rien ne plait davantage à un Arabe de Palestine que de voir des pluies de roquettes s’abattre sur les civils israéliens, même si celles-ci provoquent des victimes dans leurs rangs. Voilà pour les causes profondes dans une région baril de poudre que la moindre étincelle peut faire exploser.

ADV : Est-ce vrai que l’autorité palestinienne n’est pas du tout solidaire du Hamas et qu’elle coopère avec l’état israélien ?

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PR : Par définition l’Autorité Palestinienne vit dans la zone grise du double langage et des alliances tactiques. Les Accords d’Oslo ont entraîné pour elle certaines contraintes, qu’elle est loin de respecter, comme par exemple l’interdiction d’attaquer Israël devant la cour pénale internationale, mais d’autres, dans le domaine sécuritaire, qui sont étroitement surveillées par la communauté internationale. De ce fait, afin de continuer à recevoir les subsides qui vont permettre à ses membres de s’enrichir davantage sur le dos d’un peuple qu’elle exploite allégrement, l’AP coopère avec les services de sécurité israéliens pour déjouer les tentatives d’attentats majeurs. Ce qui n’empêche pas Abbas de continuer à verser des salaires aux terroristes emprisonnés en Israël et à leurs familles. Plus ils ont tué de Juifs, plus le salaire est important. C’est un fait facilement vérifiable.

Concernant le Hamas, c’est un parti islamiste émanant des Frères Musulmans qui rejette officiellement le droit à l’existence d’Israël et vise non seulement sa disparition mais également l’extermination du peuple Juif, et de ce fait un allié à maintenir à distance par rapport à l’opinion mondiale. C’est aussi un rival politique de poids qui a réussi à s’emparer de Gaza et pourrait bien faire de même en Judée Samarie, et donc un danger réel pour Abbas. Lorsque le Hamas a conclu son coup à Gaza après y avoir remporté les élections, les terroristes ont littéralement massacrés les représentant de l’Autorité Palestinienne, émanant du Fatah et de l’OLP, ce qu’Abbas n’est pas près de leur pardonner.

Mais dans le fond, loin des discours en anglais, les deux visent la même chose à des degrés différents. Tandis que le Hamas rêve d’une guerre qui enflammerait la région et aboutirait à l’éradication d’Israël par le feu et par l’épée, Abbas se contenterait d’un bouleversement démographique qui renverrait les Juifs à leur statut de Dhimmis dans une Palestine s’étendant de la rivière Jourdain jusqu’à la mer Méditerranée. Aucune des deux organisations, malgré les effets de manche d’un Abbas acculé, n’est prête à reconnaître le droit à Israël d’exister en tant qu’état juif.

L’ultime astuce pour l’Autorité Palestinienne c’est de réclamer systématiquement le « retour » des descendants de descendants d’Arabes qui ont fui la zone de guerre en 1948 à l’intérieur d’Israël tandis que seraient expulsés tous les Juifs vivant dans les territoires disputés, ceux que les médias français appellent « les colons » et qui sont au nombre de 500.000. Petit aparté : tandis que le monde occidental s’attendrit sur le sort des Arabes de Judée Samarie et de Gaza, devenus « peuple palestinien » en 1964 à l’initiative du KGB de Nasser et d’Arafat, aucune compensation n’a jamais été prévue, ni aucune aide apportée, au 890.000 Juifs chassés des pays arabo-musulmans entre 1948 et 1974 dont les 2/3 ont refait leur vie en Israël.

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ADV : Vous dénoncez souvent la désinformation à l’œuvre en occident relativement à Israël. Pouvez-vous donner des exemples sur le dernier conflit ?

PR : Le premier exemple, je pense l’avoir démonté en répondant à votre première question. Selon les médias occidentaux, des familles palestiniennes seraient chassées de leur domicile à Sheikh Jarrah par des colons israéliens. La réalité est toute autre puisqu’il s’agit de l’éviction de squatters qui, s’ils vivent dans ces logements depuis 70 ans, n’en sont pas pour autant légalement propriétaires.

Le fait que les médias mettent sur le même plan, dans leurs rapports, l’organisation terroriste Hamas et la démocratie israélienne est en soit vicié. Pourrait-on imaginer un média français se référant aux données de Daesh lorsqu’elles contredisent celles de la coalition internationale regroupée pour annihiler le Califat ? C’est pourtant ce qui se passe avec le Hamas, et j’attends encore qu’un média titre sur le nombre de roquettes défectueuses visant la population civile israélienne qui retombent à l’intérieur même de Gaza, faisant des victimes parmi des Arabes innocents, souvent des femmes et des enfants. Nous savons que 7% de leurs missiles tombent dans la Bande, ce qui représente près de 500 bombes dont les habitants de Gaza sont victimes, tandis que l’armée israélienne de son côté a mis en place des procédures uniques au monde pour protéger les civils.

Il suffit de regarder les chiffres : après des milliers de raids aériens le nombre de victimes arabes serait de moins de 200, dont plus d’une centaine de soldats du Hamas et de la Jihad Islamique. D’après le colonel Kemp, ancien responsable des forces britanniques en Afghanistan et expert sur le Proche Orient, aucun autre pays n’a jamais pris autant de précautions pendant une guerre, et n’importe quelle autre armée aurait fait plus de 2000 morts dont les trois quarts de civils.

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Le problème avec les médias est à plusieurs niveaux. Tout d’abord, je le sais par expérience, il est interdit à un média occidental de couvrir le conflit depuis les zones palestiniennes s’il n’adopte pas à cent pour cent leur narration. Vous êtes journaliste, reporter, et couvrir ce conflit est votre gagne-pain. Vous faites quoi ? Soit vous restez à l’abri de la démocratie israélienne et vous envoyez des équipes de Palestiniens travailler à votre place, soit vous êtes correspondant depuis la zone de guerre et devez diffuser la narration du Hamas et l’Autorité Palestinienne sous peine de perdre vos autorisations, voire d’être battu avant d’être éjecté.

Le second problème c’est que les images d’enfants morts, ça fait vendre. C’est ignoble, mais c’est ainsi.  Depuis la mort du petit Mohammed Al Durah attribuée faussement à l’armée israélienne, qui a contribué à déclencher la seconde intifada en septembre 2000, les Arabes ont compris qu’il fallait jouer sur l’émotion des occidentaux plutôt que sur leur rationalité. Le Hamas et autres organisations terroristes se cachent donc derrière leur population civile pour attaquer Israël avec un double but : tuer si possible des femmes et des enfants israéliens et, sinon, utiliser les photos de leurs propres victimes civiles, dont ils savent que les médias sont friands. C’est abominable de cynisme mais certains médias, notamment français, n’hésitent pas à se rendre complices, voire collaborateurs du terrorisme palestinien, en échange de quelques scoops.

Et puis, il faut le dire, il y a également une bonne dose d’antisémitisme, qui sévit honteusement comme cela a été dénoncé au cœur, par exemple, du New York Times, pourtant référence de la presse américaine. Cet antisémitisme endémique qui a fait tache d’huile parmi les islamogauchistes de tous poils, existe désormais sous l’hypocrite et politiquement correct étiquette « antisioniste », tandis que l’Etat d’Israël est assujetti à un double standard et scruté dans la moindre de ses actions en recherche de la faute qui va pouvoir faire la une.

Aux USA on dit : « Jews is news », ce qui peut se traduire par « Les Juifs font l’actualité ». Mais c’est une posture dangereuse car les médias sont devenus, malgré eux, la première arme du terrorisme islamiste.

ADV : Est-ce que les accords d’Abraham qui ont rapproché 5 états arabes d’Israël ont changé la donne et confirmé la désolidarisation d’une partie croissante du monde arabe vis à vis du palestinisme ?

PR : Alors que les banlieues françaises s’enflamment régulièrement au nom de la cause palestinienne et de ses mensonges colportés sans aucune connaissance historique, les pays Arabes modérés ont adopté depuis nombre d’années une posture tout à fait différente. Il faut savoir que les Arabes de Palestine ont toujours soutenu les pires cause, tels que l’Irak quand Saddam Hussein a envahi le Koweit et, plus récemment, l’Iran, malgré sa volonté hégémonique anti-sunnites.

C’est une des aberrations et des contradictions du Moyen Orient qui conduit à ne jamais bâtir ses alliances sur une ligne positive mais par réaction aux menaces. La règle, ici, c’est : devenons amis avec les ennemis de nos ennemis. Du fait des trahisons répétées des Palestiniens de leurs principaux soutiens financiers, qu’il s’agisse des Émirats, ou de l’Arabie Saoudite, ces derniers ont pris leurs distances avec le palestinisme, qu’ils continuent à soutenir du bout des lèvres pour apaiser leurs populations, en sachant que leur intérêt se trouve davantage du côté d’Israël.

Bien que minuscule ( à peine la taille de deux départements français ) Israël est de loin la première puissance militaire du Proche Orient. Les pays modérés sunnites subissent deux menaces : les Frères Musulmans, qui sont à l’origine du « Printemps Arabe » et visent la destitution des gouvernements trop proches de l’Occident, et l’Iran, dont la volonté hégémonique et l’expansion progressive se mesurent quotidiennement.

Pour la première fois, et comme résultat des accords d’Abraham, les Émirats ont déclaré qu’ils n’enverraient pas d’aide financière à Gaza tant que le Hamas continuerait sont agression. C’est en renversement politique majeur qui laisse espérer une avancée vers la paix une fois que le conflit actuel s’achèvera. Ni le Maroc, ni Bahreïn, de leur côté, n’ont réagi de façon outrancière au conflit.

ADV : Comment expliquez-vous qu’en France le traitement de l’information soit bien moins équilibré que dans un pays européen pourtant proche comme l’Italie ?

PR : Contrairement à l’Italie, la France sert depuis longtemps de cible au terrorisme islamiste et souffre dans sa chair d’une immigration massive incontrôlée. Le nombre d’immigrants maghrébins sur le sol français conduit à une situation qu’aucun gouvernement ne saurait négliger. Il faut à la fois composer avec ces millions de votants potentiels tout en maintenant une certaine rigueur dans l’affirmation du soutien aux institutions laïques et républicaines. Les gouvernements français successifs ont bien compris que la cause palestinienne était devenue un phénomène d’identification similaire à celui en faveur d’un Che Guevara ou des révolutionnaires communistes vietnamiens qui s’était répandu parmi la jeunesse dans les années soixante.  D’un côté, on interdit la burka dans les lieux publics, le burkini dans les piscines, et l’on se montre solidaire de Charlie Hebdo, de l’autre on jette volontiers en pâture à l’opinion publique les méchants soldats israéliens pour faire contrepoids.

Une grande partie des médias français s’alignant sur la ligne gouvernementale ou reprenant les fausses nouvelles de l’Association France Presse, dont le président est nommé par le quai d’Orsay et dont une partie des revenus provient du monde arabe, vous avez une autre explication de la désinformation permanente qui entache le conflit israélo-arabe et ralentit d’autant tout processus de paix.

Pourquoi les Arabes de Palestine accepteraient-ils de faire la moindre concession à Israël quand ils savent que leurs actions passeront systématiquement dans la machine à laver de la bienpensance, de la corruption, de l’antisémitisme et de l’islamogauchisme ? Les médias italiens sont beaucoup plus indépendants et la presse beaucoup plus libre qu’en France, tandis que le peuple italien ne s’est jamais vraiment distingué pour son antisémitisme. A l’exception des quelques rafles pendant la République de Salo, les Italiens, y compris sous Mussolini, n’ont pas collaboré avec les Nazis pour ce qui est de l’extermination des Juifs. Il n’y a pas eu de Vel d’Hiv à Rome pendant la seconde guerre mondiale, ni d’affaire Dreyfus au 19ème siècle. Si les Italiens manifestaient une inquiétude, ce serait davantage vis à vis de l’immigration en provenance de la Lybie que de l’incidence du conflit Israélo-Arabe sur leur structure sociétale.

ADV : Une carte circule montrant une « Palestine » en vert que les Juifs auraient progressivement grignotée par vol des terres et agression jusqu’à établir l’Israël que l’on connaît aujourd’hui. Qu’en est-il historiquement parlant ?

PR : Cette carte est un faux absolu car, pour que les Arabes puissent l’imposer, encore aurait-il fallu qu’il y ait un état palestinien avant 1948. Je ne vais pas remonter jusqu’à la période du second Temple ou des révoltes juives contre l’Empire romain en 67 et 127, qui ont conduit l’Empereur Hadrien à renommer la Judée-Samarie et le Royaume d’Israël « Palestine » pour humilier les hébreux, mais seulement jusqu’au 19ème siècle.

En 1854, un certain Karl Marx a été dépêché par le New York Tribune en région syrienne de Palestine pour donner un aperçu de la situation sur place. De même que Mark Twain et Chateaubriand, il a constaté qu’il s’agissait d’une région abandonnée et désertique mais il a aussi ajouté des éléments chiffrés importants. Sur 15500 habitants de Jérusalem, 8500 étaient juifs et environ 2000 chrétiens. Cela fait que la population juive de Jérusalem était la majorité, même si, toujours selon Karl Marx, ils vivaient des conditions abominables, sans pratiquement aucun droit, sous la domination de l’Empire Ottoman.

Tandis que les pogroms se multipliaient en Russie et en Pologne et qu’à Paris on criait « mort aux Juifs » durant le procès du capitaine Dreyfus, est né le mouvement sioniste, qui avait pour but de rétablir la nation juive sur sa terre d’origine. En 1917, les Anglais se sont emparés de cette région de Syrie Ottomane qui comportait non seulement Israël, la Judée Samarie et Gaza, mais également ce qui deviendrait la Trans Jordanie puis la Jordanie, fondée sur 80% de la Palestine Mandataire.

Les Juifs s’étant attelés à la tache de reconstruire leur nation, ce qui était une terre traditionnelle de migration est devenue une terre d’immigration, attirant des milliers de travailleurs égyptiens, libyens, syriens et saoudiens, qui ont commencé à gonfler les rangs des Bédouins et métayers regroupés autour du grand Mufti Hadj Amine al Husseini, nazi convaincu et ami d’Himmler, dans le cadre d’un nationalisme arabo-palestinien qui ne disait pas encore son nom.

Les Juifs étaient moins nombreux, c’est vrai. Mais les terres sur lesquelles ils ont construit les premiers kibboutz et développées les premières villes avaient été achetées à leurs propriétaires, souvent des milliardaires turcs, syriens ou égyptiens. Rares étaient les Arabes vivant en région de Palestine possédant un titre de propriété sur ces terres et c’est une des sources majeures du conflit. Certains ont fui, d’autres ont été chassés, mais aucun n’a jamais vu l’argent qui a servi à acheter les terres sur lesquelles ils vivaient. Plutôt que de s’en prendre aux vrais coupables, ils se sont regroupés pour les reprendre aux Juifs.

Il y a un livre oublié, absolument lumineux sur cette question, écrit par Abdel Kader et publié par les éditions Maspero en 1961. « Le conflit Judéo Arabe ». Abdel Kader, dont j’ai bien connu le petit fils, y explique que le Pacha turc avait offert le plateau du Golan à son père en récompense de ses loyaux services, et que celui-ci l’avait vendu à une organisation juive dépendant du KKL. Mais, quelques années plus tard, il avait rejoint le Grand Mufti pour en réclamer restitution. Cette infamie a conduit Abdel Kader à comprendre le conflit sous le prisme d’un humanisme social où il opposait les occupants anglais et les leaders arabes au mouvement sioniste qu’il considérait comme révolutionnaire et émanant d’un peuple opprimé.

Je répète donc que cette carte est d’autant plus un faux que le drapeau de la Palestine entre 1923 et 1947 était une étoile de David sur fond blanc et bleu, la monnaie le shekel, et le quotidien Jérusalem Post s’appelait le « Palestine » post tandis que les athlètes palestiniens concourant  à l’international étaient tous juifs.

Jusqu’en 1948, et même jusqu’en 1964, un Arabe de Judée Samarie ou de Gaza se sentait insulté si on le traitait de Palestinien car, pour lui, un Palestinien c’était un Juif. Voilà la vraie histoire, vérifiable fait par fait, qui a été réécrite. La « Palestine » comme l’a justement écrit le journaliste arabe Joseph Farrah, est un mythe. Mais un mythe dangereux pour la paix mondiale tant qu’une solution équitable n’aura pas été trouvée au conflit.

Il faut cependant rester pragmatique. Des millions de Musulmans vivent désormais à Gaza et en Judée Samarie et sont appelés à rester, de même que les 1.2 millions d’Arabes Israéliens font partie de la vie israélienne et sont, pour la plupart, beaucoup mieux intégrés que ne le seront jamais les Maghrébins en France. Il faudra donc, à un moment ou à un autre, forcer l’Autorité Palestinienne à revenir à la table de négociation pour définir les frontières de sa nation en devenir. Seuls Jérusalem et le prétendu « droit au retour » des descendants de descendants de réfugiés arabes ne sont pas négociables.  

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