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64% des électeurs ayant voté pour le traité de Maastricht en 1992 voteraient cette fois "non", alors qu'ils avaient été 51% à voter "oui" à l'époque.
64% des électeurs ayant voté pour le traité de Maastricht en 1992 voteraient cette fois "non", alors qu'ils avaient été 51% à voter "oui" à l'époque.
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L'évolution fluctuante du sentiment européen selon les traités

Le traité budgétaire européen doit être voté dans les prochaines semaines. 53% des Français y sont favorables. Ils sont pourtant 64% a expliquer que s'ils pouvaient revenir en 1992, ils voteraient non au traité de Maastricht...

Guillaume Peltier

Guillaume Peltier

Guillaume Peltier est député de Loir-et-Cher et vice-président délégué des Républicains. Il a été professeur d'histoire-géographie, chef d'entreprise et porte-parole de Nicolas Sarkozy.

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1992 : Maastricht, le début de l'engrenage

Atlantico : Si c'était à refaire, 64% des électeurs ayant voté pour le traité de Maastricht en 1992 voteraient cette fois "non", alors qu'ils avaient été 51% à voter "oui" à l'époque. Comment expliquer cette évolution de l'opinion des Français face à l'Europe ?

Guillaume Peltier : D'abord, l'Europe – et non pas l'Union européenne – reste l'un des idéaux communs les mieux partagés par nos compatriotes et par l'ensemble des peuples européens. Chacun de nos compatriotes se sent finalement attaché à cette idée d'Europe et à l'idée assez simple qu'à plusieurs, on est plus forts.

Mais, depuis 1992, qui est le premier vrai rendez-vous, non pas avec une Europe comme aurait pu l'imaginer le Général de Gaulle, mais avec l'Union européenne et ses conséquences, il y a eu un certain nombre de promesses très grandes qui n'ont pas été tenues. Le traité de Maastricht, puis celui d'Amsterdam, puis l'euro, puis la Constitution européenne en 2005, ont consisté à dire au peuple français : "confiez votre souveraineté à d'autres – en l'occurrence à Bruxelles – et on vous rendra des bienfaits économiques, sociaux et politiques au centuple. Or, il s'est produit exactement l'inverse.

Je vais prendre deux exemples. D'abord, la question des frontières. On nous a dit : "abolissez vos frontières intérieures et on vous construira une grande frontière extérieure qui vous protégera mieux, par exemple, des flux migratoires." En fin de compte, les Français et les autres Européens se sont vite rendu compte que jamais une frontière extérieure efficace n'a été construite. Première désillusion.

Second désillusion : l'euro. On nous a dit "abandonnez vos monnaies nationales, construisons une monnaie unique, et nous aurons la croissance, le pouvoir d'achat, la protection économique". On a créé l'euro et on ne peut pas dire que ces bienfaits soient aujourd'hui au rendez-vous.

En quelque sorte, les promesses appétissantes de 1992 se sont transformées pour les citoyens en cauchemar, d'où une défiance des Français aujourd'hui à l'égard d'une certaine construction européenne. Aujourd'hui, les Français ne sont ni pro-européens ni anti-européens, ils sont alter-européens : ils attendent l'émergence d'une Europe qui protège.

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(Source : sondage Ifop - Le Figaro réalisé sur un échantillon de 1006 personnes selon la méthode des quotas)

2007 : Lisbonne, le divorce est consommé

Lors des débats sur l'adoption du Traité de Lisbonne, 53% des Français manifestaient leur intention de voter "non" si un référendum était organisé en France. Une campagne, préalable à un référendum, aurait-elle permis d'inverser la tendance, ou l'opinion des Français s'est-elle bloquée depuis le référendum de 2005 sur une position hostile à l'Europe ?

Depuis l'illusion de Maastricht, où le "oui" l'emporte d'une courte tête, et le grand cri de liberté, de souveraineté, du peuple français de droite et de gauche en 2005, les Français ne sont pas prêts aujourd'hui à concéder d'autres efforts sur les questions identitaires, sur les questions économiques et sociales, sur la question du flux migratoire, sur le protectionnisme, à l'Union européenne. Il y a une seule exception : elle ne concerne pas les questions économiques dans leur ensemble mais une partie de celles-ci : c'est la dette. Sur ce point, ils peuvent considérer, compte tenu de la situation de la Grèce, de l'Italie, de l'Espagne et de la France, qu'une contrainte claire peut être une solution, quand on voit que les politiques sont incapables de gérer efficacement cette question des déficits publics.

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(Source : sondage réalisé par CSA pour L'Humanité. Enquête réalisée par téléphone du 19 au 20 septembre 2012 avec un échantillon de 988 personnes selon la méthode des quotas)


2012 : Traité budgétaire européen, un revirement ?

Au contraire, dans un sondage récent, 53% des Français se disent favorables au traité budgétaire européen. Ce n'est donc, selon vous, pas un revirement sur la question européenne ?

Pour être complet sur cette question du traité européen, il faut préciser que 75% des Français, tous sondages confondus, demandent l'organisation d'un référendum sur la question. C'est bien là la preuve que les Français attendent un débat en profondeur sur la question européenne. Ils ne sont pas prêts à voir leurs représentants choisir à leur place les prochaines étapes de la question européenne.

Mais sur cette question très précise de la dette et des déficits, ils considèrent qu'il est temps de contrainte le pouvoir politique à enfin réaliser des économies dans les dépenses de fonctionnement de l'Etat et des collectivités locales.

Par ailleurs, dans les sondages, on a vu une adhésion amplifiée à la construction européenne :
- en 2008, au moment de la présidence française de l'Union européenne
- quand Nicolas Sarkozy a tenté d'imposer ses vues aux autres dirigeants européens.

Il a donné, sans réussir sur tout, l'impression au peuple français de vouloir construire une Europe politique et protectrice, à l'inverse de ce qu'est l'Europe aujourd'hui pour les Français : soumise aux marchés et à la technocratie.

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(Source : sondage Le Parisien BVA, réalisé sur internet auprès d'un échantillon de 991 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

 

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