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Un terrorisme du quotidien ?
©Reuters

Gros flip

Un terrorisme du quotidien ?

Nous n’allons pas « devoir » nous habituer au terrorisme, nous nous y sommes déjà totalement adaptés.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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J’étais au cinéma ce vendredi soir. Au MK2 Bastille. A deux pas du Bataclan, au bar duquel j’avais justement pris un pot un peu plus tôt dans l’après-midi parce que c’est mon territoire. Ce n’est qu’en rallumant mon portable à la fin de séance, en même temps que la trentaine de personnes s’étant également fourvoyée en allant voir The Lobster, que j’ai appris que quelque chose de terrible était en train de se passer boulevard Richard-Lenoir. En lisant les 25 SMS ou en écoutant la flopée de messages vocaux de mes proches, inquiets de ne pas pouvoir me joindre depuis le début des attentats…

Dans la rue Oberkampf, des flics et des pompiers de partout, des fourgons TV avec leurs paraboles géantes sur le toit, des gens qui se pressent de rentrer chez eux, des attroupements étrangement silencieux le long des barrières de sécurité installées autour de la salle de concert. « Il y aurait encore des otages à l’intérieur et ils les tuent un par un », dit un type qui écoute France Info. « La police s’apprêterait à donner l’assaut », assure un autre qui regarde iTele sur son iPhone. On compterait déjà des morts par dizaines. Une seconde attaque aurait eu lieu au Stade de France. Il s’agirait d’attentats-suicides, de types qui se font sauter volontairement au milieu d’une foule en criant « Allah Akbar ! » comme dans Homeland. Et des terrasses de café auraient été mitraillées. Toujours à deux pas d’ici, rue de la Fontaine-au-roi. 

On entend tout et n’importe quoi. On n’y croit même pas tellement c’est grotesque. Je passe un tas de coups de fil pour rassurer les miens qui, plantés devant leurs télés, me confirment que toute cette folie est vraie et que la consigne officielle est d’aller se mettre à l’abri parce qu’une poignée de mabouls erre encore dans le secteur kalachnikov en main. Ma fille ainée est à Marseille, la petite est en Normandie pour le weekend et, sur Facebook, les amis parisiens se signalent comme sains et saufs à la cantonade et je fais la même chose par acquis de conscience. Tout va bien pour nous mais je pense aux familles des ados qui étaient au concert, à celles des footeux qui s’étaient offerts un France-Allemagne…

On entend dire qu’il faudra désormais vivre avec ca. Qu’il faudra s’attendre à apprendre qu’un nouveau carnage s’est produit à chaque fois qu’on sort d’un spectacle, voire à être la  prochaine victime du carnage en question. Le maire de Jérusalem, dont je rapportais justement les propos la semaine dernière, suggérait que nous n’étions pas taillés pour ca, qu’on ne saurait pas le gérer. Je ne pense plus qu’il ait raison, finalement. Le lendemain, tout avait l’air normal à nouveau. Les gens se baladaient dans la rue, mangeaient dans des restaurants, buvaient de la bière en terrasse comme si de rien n’était. Ils n’étaient pas insensibles (moi aussi j’étais au resto), mais presque blasés. Terroriste, attentat-suicide, dizaines de morts, ca se prononce désormais dans la même phrase que onzième arrondissement, rue Oberkampf , rue de la Fontaine-au-roi et boulevard Richard-Lenoir. Le terrorisme du quotidien, nous y sommes déjà habitues.

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