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Pourquoi nous devons absolument sauver nos forêts
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Pourquoi nous devons absolument sauver nos forêts

Les forêts primaires, non-touchées par l’homme, sont des lieux essentiels pour notre planète et nos sociétés. D'autant qu'on ne sait toujours pas reconstituer un espace naturel qu'on l’a perdu.

François-Michel Le Tourneau

François-Michel Le Tourneau

François-Michel Le Tourneau est géographe au CNRS. Il travaille au Centre de recherche et de documentation des Amériques (CREDA). Il a publié l'article Jusqu’au bout de la forêt ? Causes et mécanismes de la déforestation en Amazonie brésilienne.

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Atlantico : La revue Nature a publié récemment un article de synthèse mené par des universitaires australiens et américains pour montrer à quel point les forêts primaires, non-touchées par l’homme, étaient des lieux essentiels pour notre planète et nos sociétés. Quelles sont ces fonctions si précieuses qui justifient de conserver et protéger ces espaces ?

François-Michel Le Tourneau : Je pense d’abord qu’il faut souligner que ce qu’on appelle ces écosystèmes non-touchés par l’homme, c’est-à-dire non détruits en partis de manière contemporaine, ont été pour la plupart modifiés par l’homme. C’est notamment le cas pour l’exemple le plus emblématique qui est la forêt amazonienne, où on a pas affaire à une forêt naturelle, mais une forêt construite probablement pendant des millénaires par les Amérindiens. 

Après, les fonctions de ces écosystèmes sont très diverses. Certaines font vraiment sens dans le contexte actuel, c’est-à-dire la fonction climatique. On connait ses fonctions sur notre air. Ces forêts stockent aussi de l’eau, régulent les précipitations, filtre l’eau afin de nous en fournir une qui soit propre. Ces fonctions sont palpables, parce qu’on est dans un contexte où elles nous posent question. Ensuite il y a des fonctions qui ne sont pas immédiates, qu’il est difficile de valoriser. Ce sont des fonctions de réserve, de potentiel pour l’avenir. Il s’agit notamment de préserver la biodiversité. C’est-à-dire que ce n’est pas parce que des choses aujourd’hui ne nous semblent pas utiles ne seront pas pleines d’enseignements dans un siècle ou un millénaire. La forêt et ses écosystèmes jouent, comme elle le peut, le rôle de bibliothèque de la vie et de l’environnement. 

Jusqu’à quel point ces forêts sont aujourd’hui menacées ?

Ce qu’on appelle la conversion des sols, le défrichement massif, le traçage de routes, l’agriculture intensive grignotent et laissent place à des écosystèmes artificiels, et ce à un rythme très important. Cela dépend des régions, cela dépend des dynamiques. On perd chaque année des dizaines de milliers de kilomètres carrés d’écosystèmes naturels transformés en écosystèmes anthropisés, c’est-à-dire transformés par l’homme. Et cela ne se freine pas.

La reconstitution de ces espaces est-elle possible ? Ou doit-on se contenter de sauver ce qui peut l’être encore ?

On ne sait pas reconstituer un espace naturel une fois qu’on l’a perdu! Ce n’est pas une question de délai. Il y a des techniques de reconstitution environnementale, mais la question qu’il y a derrière, c’est est-ce qu’il ne vaut pas mieux laisser la nature se débrouiller toute seule ? Mais à notre échelle d’observation, il est très difficile de retrouver des écosystèmes fonctionnels, parce que les perturbations sont très importantes, et parce qu’on peut se demander dans quelle mesure l’écosystème n’est pas toujours en déséquilibre, et s’adaptent finalement toujours aux conditions données.

On ne peut cependant pas dire que rien ne change, par exemple dans le cas du Brésil, où il se passe des choses considérables. Il y a deux mouvements si on veut expliquer l’action actuelle. Il y en a un qui a commencé dans les années 90 et qui se poursuit encore un peu aujourd’hui qui consiste à mettre en réserve de grands espaces. Aujourd’hui, une quantité non-négligeable d’espace sont protégés. Cela fait partie d’une prise de conscience assez globale, assez bien relayée par des organismes tels que l’UNESCO ou l’ONU. La World Protected Area Data Base (WPA) montre bien cette mise en réserve de 15 à 20%. Il y a aussi des prises de conscience nationales, le Brésil est un bon exemple en la matière. Après, la question serait de résoudre l’équation économique qui fait qu’on pense qu’il faut consommer de l’espace pour augmenter la production pour augmenter le bien être des sociétés. Il faut trouver un nouveau modèle permettant de préserver les espaces tout en subvenant au besoin des sociétés humaines. 

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