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Les utilisateurs d'Iphone 6 Plus consommeraient deux fois plus de connexion internet que pour la version plus petite.
Les utilisateurs d'Iphone 6 Plus consommeraient deux fois plus de connexion internet que pour la version plus petite.
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La Minute Tech

Pourquoi il n’y aura pas de réseau de téléphonie et d’internet mobiles pour tout le monde

Après le téléphone, le mobile, le smartphone, voici venu l'ère de la "phablette", contraction de "phone" et de "tablette". A l'instar de l'Iphone 6 Plus, ces appareils, qui restent des téléphones mobiles, sont utilisés par les utilisateurs comme des tablettes ou des ordinateurs portables, pour jouer ou regarder des films par exemple. Or ces utilisations sont de plus en plus gourmandes en internet mobile, un réseau qui risque d'être dépassé.

Joël Gaget

Joël Gaget

Joël Gaget est consultant spécialisé dans le domaine du WiFi et plus généralement des communications sans fil au sein de la société SYRTEL - Il est également dirigeant de la société Global-TIC Consulting, spécialiste des TIC pour les seniors et les personnes fragilisées.

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Atlantico : Selon un récent rapport de l'agence CITRIX, les utilisateurs d'Iphone 6 Plus consommeraient deux fois plus de connexion internet que pour la version plus petite, du fait de la grande taille de l'écran qui incite à les utiliser comme des tablettes tactiles. L'évolution des smartphones allant vers des écrans plus larges, et facilitant toujours plus la navigation internet, nos réseaux 3G et 4G sont-ils suffisamment pourvus pour répondre à ces évolutions potentiellement rapides ?

Joël Gaget : Ce ne sont pas les terminaux qui ont développé l’usage. C’est l’arrivée de nouveaux standards de communication, 3G puis 4G et 4G+. Ils permettent d’ores et déjà des débits théoriques comparables à la capacité des réseaux Internet fixes, et la dépassant même dans certains cas. De plus, la 4G est conçue pour fonctionner exclusivement sur le protocole Internet, reléguant la voix au second plan et favorisant des transferts rapides d’informations. Il était alors inévitable que les usagers mobiles deviennent friands d’applications jusque-là réservées à l’Internet fixe (téléchargements de photos et vidéos, streaming vidéo, jeux…).

Les constructeurs de terminaux se sont rapidement adaptés en fabricant des smartphones plus grands et plus confortables d’utilisation capables de recevoir des images et du son de bonne qualité avec une excellente fluidité.

Les opérateurs français ont très vite compris que l’enjeu était de taille. Après une première compétition pour apporter la 4G au plus grand nombre d’habitants en un minimum de temps, les 3 principaux opérateurs ont commencé à déployer la 4G+ permettant des débits encore plus élevés.

Le résultat de ces efforts ne s’est pas fait attendre : avec une progression de 3 à 10 millions de clients de décembre 2013 à décembre 2014, la France est potentiellement le premier pays européen en termes d’abonnés 4G.

D'une manière générale, les avancées en termes de confort pour les utilisateurs vont-elles plus vite que celles qui servent à les rendre possibles en téléphonie mobile ?

Les technologies au service du confort de l’utilisateur existent et ont déjà fait leurs preuves, notamment sur les tablettes, à travers des systèmes d’exploitation performants, Androïd, iOS ou Windows.

La difficulté potentielle vient du réseau qui selon sa disponibilité ou sa performance va permettre de bénéficier ou non de ces avancées. La prochaine génération de 4G permet d’espérer des performances exceptionnelles : des débits théoriques comparables à ceux de la fibre optique sont annoncés. Cette génération, que certains appellent 4G+, commence à être déployée par les opérateurs ainsi que je l’ai décrit plus haut. Elle commence également à être installée sur les smartphones malgré une plus grande difficulté liée à la miniaturisation.

Il n’y a donc pas théoriquement d’obstacle à la mise à disposition d’un réseau performant pour tous les usagers. Il reste aux opérateurs à continuer l’effort de déploiement d’infrastructure qu’ils ont accompli jusqu’à maintenant, pour assurer une couverture aussi complète que possible. Il leur faudra également en parallèle faire face à une demande croissante de consommation. Cela peut poser quelques difficultés si cette croissance est trop rapide.

A quelles difficultés les opérateurs sont-ils confrontés techniquement ? Comment réagissent-ils à cette tendance ?

La première difficulté rencontrée par les opérateurs n’est pas réellement technique : la mise en œuvre de la technologie 4G suppose la mise en place de nouveaux réseaux d’émetteurs (les stations  de base radio et leurs antennes). La population est devenue réfractaire à la mise en place des antennes et il est très difficile et très long de vaincre ces réticences. Trouver des propriétaires qui soient d’accord pour installer une antenne sur leur immeuble ou sur leur terrain et obtenir les autorisations nécessaires prend beaucoup de temps.

La difficulté majeure vient de la disponibilité des fréquences utilisables. On estime que le débit maximum théorique est proportionnel à la largeur de la bande de fréquences disponible. Il faudrait multiplier par 4 ou 5 le nombre de fréquences attribuées aux opérateurs français par l’ARCEP pour atteindre des performances comparables à celles de la fibre optique. D’autres fréquences pourront être libérées prochainement dans la bande des 700 MHz. Un calcul simple montre que ce ne sera toujours pas suffisant.

D’autres voies, technologiques celles-ci, sont à explorer. Une technologie MIMO (répandue dans le monde du WiFi) plus performante que celle qui est déjà utilisée sur les réseaux 4G pourrait être mise en œuvre et permettre ainsi de doubler leur capacité en conservant les mêmes fréquences. La mise en œuvre sur les équipements de réseau des opérateurs peut prendre plusieurs années afin d’adapter les antennes et il reste également à surmonter la réelle difficulté technique liée à l’implantation de plusieurs antennes sur des mobiles de taille réduite.

Dans quelle mesure pourraient-ils maîtriser cette consommation par une augmentation des forfaits ?

Les opérateurs mobiles ont déjà mis en place des structures tarifaires adaptées aux volumes consommés avec des limitations de débit lorsque les volumes souscrits sont dépassés. Ces formules permettent d’anticiper et de s’adapter à une évolution de la consommation qui n’est pas nécessairement facile à prévoir aujourd’hui.

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