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"Pour la théorie économique, le SMIC est une mauvaise idée."
"Pour la théorie économique, le SMIC est une mauvaise idée."
©Reuters

Le Nettoyeur

Plutôt que le SMIC, un vrai salaire minimum pour tous

La chancelière allemande Angela Merkel a annoncé que l'Allemagne allait se doter d'un salaire minimum généralisé.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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L'Allemagne a démissionné. Pour faire coalition avec les sociaux-démocrates, Angela Merkel a été contrainte d'accepter l'idée d'un SMIC en Allemagne.

Pour la théorie économique, le SMIC est une mauvaise idée. On pourrait le qualifier d'interdiction de travailler pour les travailleurs précaires. Les salaires sont fixés sur le marché du travail. Si la productivité d'un employé est inférieure au SMIC, l'employeur ne va pas le surpayer, il ne va pas l'employer. On rétorquera que l'absence d'un SMIC crée une situation intenable où certains employés sont mal payés, mais la réponse est, premièrement, qu'il vaut mieux être mal payé que pas payé du tout et que, surtout, cette vision est statique : si on regarde le parcours d'un travailleur au cours de sa vie, on se rend compte que pour celui qui est peu/mal payé peut au moins apprendre et acquérir des compétences, et qu'au cours de sa vie il pourra mieux gagner sa vie ; le SMIC apparaît donc comme une manière particulièrement pernicieuse de scier les premiers barreaux de l'échelle économique et sociale, d'empêcher tout spécifiquement les plus précaires et les moins qualifiés de mettre le pied à l'étrier du marché du travail. De plus, dans le contexte d'une économie technologique où les hommes sont en concurrence avec la machine, l'imposition d'un SMIC élevé risque plus de forcer un patron à remplacer ses ouvriers par des robots que d'augmenter leurs salaires.

(En économie empirique, il y a un énorme débat autour du SMIC. Certains économistes sont en faveur sur la base de travaux empiriques qui suggéreraient que le SMIC ne détruit pas d'emploi. Pour résumer brutalement un débat très technique, ces travaux ont deux problèmes principaux : premièrement, leur valeur probante est très fortement sujette à caution dans la mesure où ils ne se fondent pas sur des expériences avec groupe témoin, mais sur de la modélisation économétrique ; deuxièmement, dans la plupart des endroits où on ne constate pas d'effet fort du SMIC sur l'emploi, le SMIC a également de nombreuses exceptions pour les emplois non qualifiés - en France, il y a plusieurs SMIC - ; si on décrète un salaire minimum sauf pour les emplois où la productivité est inférieure au salaire minimum, pourquoi décréter un salaire minimum ?)

Un autre aspect pernicieux du SMIC est son aspect corporatiste, qui lui fait bénéficier des intérêts catégoriels au détriment de l'intérêt général. L'Allemagne nous a donné un exemple frappant récemment avec l'institution d'un salaire minimum dans le domaine de la Poste. L'objectif affiché n'était pas de rémunérer plus les ouvriers mais de protéger Deutsche Post de la concurrence d'autres entreprises de logistique. Les victimes furent à la fois l'emploi et l'innovation et la croissance en général.

Tout cela dit, on ne peut pas s'y arrêter.

En effet, la raison pour laquelle l'obsession du SMIC reste si fortement ancrée malgré ces réalités économiques n'est pas à chercher dans l'économie. Au final, la vision qui promeut le SMIC est une vision moralisatrice de la société, où un emploi rémunéré avec un salaire inférieur à ce qui est considéré “juste” est vu comme intrinsèquement indigne, quelles que soient les conséquences économiques. (C'était clairement la logique des protestations contre le “SMIC jeune” de Balladur, à la logique économique pourtant impeccable. Vingt ans après le chômage des jeunes n'a jamais été aussi élevé, mais les jeunes n'ont pas changé leurs exigences.)

Essayer de répondre à un tel axiome moral avec de la théorie économique, c'est parler à un mur.

De plus, on constate l'étendue du chômage de masse, qui est un drame économique et moral qui à la longue sape les fondations sociales. On entend souvent - avec raison - qu'une manière efficace de lutter contre le chômage de masse serait d'agir sur le prix du travail, avec ajustements du SMIC et/ou baisse des charges sociales.

Seulement, cette logique se heurte à l'axiome moral pré-cité. Mais, surtout, il ne va pas assez loin.

En effet, il y a un moyen, à la fois de baisser le coût du travail et de garantir un vrai salaire minimum. Un vrai salaire minimum, ce n'est pas un SMIC, pas une loi qui fixe arbitrairement une règle et laisse les précaires sur le côté de la route. Un vrai salaire minimum s'adresse à tous et permet à tous d'avoir un travail digne et dignement rémunéré.

Le moyen de faire ça serait simple : au lieu de simplement baisser les charges sur le travail, on créerait des charges salariales négatives, c'est-à-dire que l'Etat paierait une partie du salaire. Autrement dit, pour les plus bas salaires, l'employeur paierait 1 euro de l'heure mais, grâce aux charges négatives, le salarié toucherait l'équivalent du SMIC horaire. Il y aurait un barême progressif des charges négatives : plus l'employeur paye, plus le salarié touche, mais le niveau des charges baisse. Au niveau du salaire moyen, les charges seraient nulles. Et les charges redeviendraient positives et progressives pour les salaires plus élevés.

Ce serait une révolution économique. D'un coup de stylo, l'Etat fixerait le coût marginal d'une heure de travail à 1 euro. A un tel prix, on a du mal à imaginer que le chômage serait autre chose qu'un épiphénomène : à 1 euro de l'heure, n'importe quel patron trouverait quelque chose à faire à un demandeur d'emploi. Imaginez un tsunami, et vous aurez une idée des relocalisations qui auraient lieu. Ce serait la fin du chômage de masse, purement et simplement. C'est quelque chose.

D'un point de vue social, ça serait également la fin de la précarité, puisque toute personne ayant un emploi toucherait au moins le SMIC. Il s'agirait non seulement d'emplois, mais d'emplois dignes avec une rémunération “juste.”

Quid du coût pour l'Etat ? Tout d'abord, il ne faut pas se leurrer : mettre fin au chômage de masse aurait un coût, mais ce coût ne vaudrait-il pas la chandelle ? Cela dit, il est fort probable que ce coût fiscal serait beaucoup plus réduit qu'on ne l'imagine. Premièrement, l'Etat n'aurait plus à verser tout un pan de diverses prestations sociales qui sont liées au chômage et réaliserait ainsi de prodigieuses économies. Deuxièmement, et surtout, la fin du chômage aurait un vrai effet dopant pour l'économie : tous les gens ainsi employés à la fois produiraient plus et consommeraient plus, relançant l'économie et renflouant ainsi les caisses de l'Etat.

Et le SMIC n'aurait plus aucune raison d'être. N'est-ce pas un débat qui mérite d'être fait ?

 

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