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Loi El Khomri : Hollande remet un coup de barre à gauche
©Reuters

Vraie gauche

Loi El Khomri : Hollande remet un coup de barre à gauche

Le projet de loi Travail est de gauche, puisqu'il s'attaque au chômage pour de vrai. Tout le reste n'est que baratin et posture.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Je n'imaginais pas, après ses débuts catastrophiques chez Bourdin, lorsqu'elle avait dû avouer qu'elle ne savait pas exactement ce qu'était un CDD ou un truc dans ce genre, que Myriam El Khomri porterait la troisième initiative la plus intéressante de l'aventure hollandienne après le mariage pour tous et la loi Macron.

L'initiative la plus à gauche en fait.

Martine Aubry et le gang d'authentiques réactionnaires qui signaient l'autre jour une tribune dans Le Mondedénonçant ce nouveau renoncement aux idéaux jauréssiens, ce nouveau clou dans le cercueil du Conseil National de la Résistance, cette ultime agression contre la vraie foi, en sont restés comme deux ronds de flan. Oh, ils ont bien réussi à amener quelques dizaines de milliers de zadistes anti-état d'urgence pro-chavistes génériques à manifester leur indignation sur le Web, mais on sent bien que c'est plus pour le show qu'autre chose.

Car enfin, au bout du compte, qu'est-ce que c'est que d'être vraiment de gauche, sinon promouvoir exactement ce que promeut ce texte, soit les moyens de donner du boulot à un maximum de gens, tranchant ainsi avec l'idée mitterrandienne selon laquelle on ne peut rien pour les chômeurs et son avatar aubryste pour qui on peut toujours en transformer quelques uns en fonctionnaires et abandonner les autres au RSA...

Et entendre un Mélenchon, la semaine dernière chez Ruquier, expliquer avec son culot de camelot d'hypermarché que clarifier les procédures de licenciement ou simplifier le régime des heures supplémentaires "nous ramènerait cent ans en arrière", impliquant que la France est en avance d'un siècle sur les pays sur lesquels elle s'alignerait enfin, fait désormais plus rigoler que soupirer.

Bon, on ne sait pas encore, à ce stade, si Hollande, foutu pour foutu, sera capable de tenir le cap et d'ignorer les vendeurs de savonnettes idéologiques comme il avait su laisser hurler les Ludivine de la Rochère ou les anti-autocars sous ses fenêtres sans fléchir. Le bonhomme ne brille pas exactement par son courage, mais il a le sens de la synthèse et peut-être qu'une ou deux concessions tactiques ici et là suffiraient à ramener le calme (le plafonnement des indemnités prud’homales, par exemple, qui est objectivement discutable au strict plan du droit, est-il indispensable ?).

A défaut, il lui resterait toujours le 49.3.

Mais quelle que soit l'issue de ce nouveau psychodrame à la française, j'ai moi même une petite idée de réforme en magasin qui permettrait à mes compatriotes qui voyagent peu d'aller vérifier si les contrées dans lesquelles le chômage est inexistant ou presque – l'Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Scandinavie...– sont bien les enfers qu'on leur décrit : subordonner le droit de vote à un séjour dans au moins deux pays étrangers.

Mon pari est qu'ils découvriraient qu'on y est généralement plus riche et plus heureux qu'en France. Et puis, un Erasmus pour tous, ça ne serait pas de gauche, ça ?

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