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Le pétrole peut-il revenir à 30$ ?
©Reuters

OPEP

Le pétrole peut-il revenir à 30$ ?

Les bases d'un accord international nécessaires pour éviter une telle situation ne sont peut-être pas remplie, mais tacitement on peut penser que personne ne profiterait d'un nouveau krack boursier. Et que tous ont cette information en tête, à commencer par les Etats-Unis, l'Arabie Saoudite et la Russie.

Alain Pitous

Alain Pitous

Alain Pitous, Directeur Général Adjoint Associé de Talence Gestion (@alainpitous).

Talence Gestion est une société de gestion de portefeuille indépendante spécialisée dans la gestion sous mandat pour les particuliers et la gestion de fonds commun de placement en actions.

Précédemment, il a été pendant 5 ans (2009-2014) Deputy CIO d’Amundi (850 Milliards d’Euro sous gestion) et gérant du fonds Amundi Patrimoine de 2012 à juillet 2014.

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L’OPEP a décidé la semaine dernière de poursuivre sa politique de limitation de la production pour 9 mois. L’idée est de résorber l’excès d’offre en effet, la surproduction a pesé sur les cours et a fortement affecté l’ensemble de l’industrie pétrolière dans le monde. Avec l’accord signé jeudi à Vienne, l’OPEP espère maintenir le pétrole au-dessus des 50$.

Le point positif pour le cartel est d’avoir réussi à fédérer d’autres pays non-membres de l’OPEP, même si cette extension de limitation de la production a surtout été portée par l’Arabie Saoudite et la Russie.

Bien qu’elle s’en défende, l’OPEP a du être déçue de la réaction « à chaud » du marché : immédiatement après l’annonce de l’accord, les cours du pétrole ont reculé de 4%. Malgré le rebond de vendredi, les opérateurs de marché ont démontré qu’ils n’étaient pas très confiants pour la suite.

Le problème reste identique  depuis plusieurs années : Les américains produisent massivement…ils sont même devenus exportateurs de pétrole ces derniers mois. Les dernières analyses de la production pétrolière mondiale montrent que les diminutions de production du cartel ont été intégralement compensées par la production américaine…rendant caduc ou presque les efforts des membres de l’OPEP et de la Russie. Le paradoxe de tout cela est que plus l’OPEP réduit sa production pour faire monter les cours…plus les producteurs américains en profitent !

En 2014, l’Arabie Saoudite avait essayé de laisser filer les cours pour garder ses parts de marché et « casser » l’industrie pétrolière américaine…L’effondrement des cours du pétrole avait finalement été plus dévastateur pour l’Arabie Saoudite et de nombreux pays producteurs. L’industrie pétrolière américaine avait réussi à s’adapter à cette nouvelle situation. Trois ans après, le constat est clair : le coût de production américain a été baissé de 60-65$ le baril à moins de 40$ et surtout le temps pour extraire le premier baril de pétrole depuis la décision de production a été ramené à moins de 5 mois…Tout ceci démontre que la production américaine est extrêmement souple et peut s’adapter rapidement.  Les américains sont donc quasiment immédiatement en mesure de profiter de prix supérieurs à leurs coûts de production !

En face de cette menace, les pays producteurs ont pour le moment réussi à s’entendre mais les tensions politiques dans la région font courir un risque sur la pérennité de cet accord. L’Iran, la Russie, l’Irak ou l’Arabie Saoudite ont tous des motifs de désaccords profonds ce qui fragilise l’accord.

Pour autant un retour du pétrole à 30$ est-il envisageable ? Sur les marchés tout est toujours possible mais un tel effondrement paraît peu probable.
Si la baisse reprend, les américains stopperont leur production et limiteront ainsi l’engorgement des marchés : dès 40$ les américains cesseront leur production (logiquement).

L’Arabie Saoudite veut absolument réussir l’introduction en bourse d’Aramco et ainsi réorienter son économie vers une moindre dépendance au pétrole. Elle fera tout pour maintenir un cours proche de 50$.

La Russie a une échéance électorale capitale en mars prochain et voudra éviter tout trouble économique d’ici là.

Les autres pays producteurs que ce soit l’Irak, le Brésil, le Venezuela ou l’Iran ont trop souffert en 2014-2015 des prix bas et ne voudront pas connaître un retour à des prix proches de 30$...l’accord récent le démontre aussi d’ailleurs.

Le pétrole devrait donc voir ses cours évoluer entre 45$ et 55$ au gré de la spéculation de marché : une très forte hausse semble impossible à cause des américains mais l’influence encore déterminante de l’Arabie Saoudite rend un effondrement des cours en dessous de 45$ difficile à envisager d’ici mi-2018.

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