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Plusieurs provinces de Chine font face à des restrictions concernant la consommation d'électricité.
Plusieurs provinces de Chine font face à des restrictions concernant la consommation d'électricité.
©LEO RAMIREZ / AFP

Atlantico Green

La Chine face au casse-tête de la neutralité carbone

En Chine, des pannes d’électricité ont causé la fermeture de plusieurs usines. De nombreux commentateurs locaux ont commencé à blâmer les objectifs du pays en matière de réduction des émissions carbones.

Myriam Maestroni

Myriam Maestroni

Myriam Maestroni est présidente du fonds de dotation E5T. Elle est l'ex présidente d'Economie d’Energie et Primagaz. 

Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages majeurs: Intelligence émotionnelle (2008, Maxima), Mutations énergétiques (Gallimard, 2008) ou Comprendre le nouveau monde de l'énergie (Maxima, 2013), Understanding the new energy World 2.0 (Dow éditions). 

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Atlantico : En Chine, des pannes d’électricité ont causé la fermeture de plusieurs usines. De nombreux commentateurs locaux ont commencé à blâmer les objectifs du pays en matière de réduction des émissions carbones. Quelles sont les raisons des coupures de courant géantes qui ont paralysés des régions entières du pays ?

Myriam Maestroni : Les coupures de courant ne sont pas inhabituelles en Chine, mais cette année leur fréquence et leurs conséquences les rend particulièrement inédites.

Il y a 2 raisons essentielles à cela.

La première est que la Chine, en pleine reprise économique «post-covid » manque de charbonet se retrouve ainsi confronté à une crise énergétique qui commence à avoir des conséquences sur ses perspectives de croissance. Rappelons que le pays, selon le FMI, devait connaitre une croissance de +8,4% a, récemment, vu ces prévisions révisés à la baisse, par Goldman Sachs, à 7,8% (contre 2,3% l’an dernier et, ce, en dépit d’une décélération après un premier trimestre 2021 à plus de 18%) précisément du fait des fermetures d’usines et des perturbation des chaines d’approvisionnement que connaissent certaines zones de la Chine. Il faut dire que le niveau de production des usines chinoises est redevenu équivalent à celui d’avant la crise, notamment tiré, par les exportations vers le reste du monde, dont l’Europe, qui a, d’ailleurs, vu ses importations en provenance de Chine s’accroitre de 31 à 36 milliards d’€ par mois. Or, le pays, malgré ses gigantesques efforts, depuis plus de 10 ans, pour déployer largement la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, pour importer massivement du gaz naturel ou encore pour accroitre la part de son électricité nucléaire a du mal à faire face à ses besoins croissants d’électricité qui augmentent en moyenne de 4% par an a fortiori en période de fort rebond économique. C’est ce qui explique que le pays affiche toujours un mix électrique encore majoritairement dépendant du charbon (plus de 60%). Certes, la Chine est également le premier producteur et consommateur mondial de charbon mais une partie de ses approvisionnements (de l’ordre de 10%) proviennent des importations… or depuis octobre dernier les chinois avaient mis en place un « embargo » sur le charbon australien, d’ailleurs désormais en phase d’être levé. Il avait donc fallu trouver d’autres sources d’approvisionnement dont la Russie ou l’Indonésie, l’Afrique du Sud voire même l’Amérique, mais à des prix plus élevés. C’est là où le bât blesse puisqu’en Chine, c’est l’État qui fixe le prix de l’électricité qu’il souhaite conserver au plus bas, entrainant une réaction de la part des industries minières, qui se sentent menacées par l’orientation environnementale du pays et des producteurs d’énergie qui se retrouvent à produire à perte dans leurs centrales à charbon et qui décident de s’en tenir aux quotas minimums de production imposés par l’administration centrale (d’autant que les stocks de charbon sont au plus bas avec à peine de quoi couvrir les besoins de pays pendant quelques semaines au plus) en début de période hivernale ou les pays d’Asie ont vu leurs températures chuter.

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A cette pénurie liée à des effets d’offre plus réduite, des stocks de charbon faibles, une production hydroélectrique en berne du fait d’une faible pluviométrie, et une demande en hausse s’ajoute l’engagement du Président XI Jinping clamé haut et fort d’atteindre la neutralité carbone pour la Chine à l’horizon 2060. C’est la deuxième raison fondamentale. Dès 2018, la Chine avait décidé d’être plus vertueuse en matière de politique environnementale et, elle a vite emboité le pas de l’union Européenne qui avait annoncé son ambition de neutralité carbone à 2050. Les choses se sont accélérées dans le contexte de reprise économique. Les gouvernements régionaux ont déployé toute une série de mesures (dont la réduction de la production de charbon) visant à réduire les émissions de C02 et ainsi éviter de s’attirer les foudres de Pékin.

Les conséquences ne se sont pas faites attendre. Des coupures d’électricité initialement constatées dans les régions les plus industrielles et riches du Sud comme Guangdong et le delta de la Rivière des Perles (qui représente plus du quart des exportations chinoises) se sont étendues à d’autres régions et concernent aujourd’hui plus de 20 provinces sur 32, Désormais contraints à mettre en œuvre des mesures de rationnement de l’électricité on sent monter l’inquiétude des industriels, qui se voient imposés de jours de fermeture mais également des habitants de quartiers résidentiels aussi concernés (ce qui ne leur étaient pas arrivés depuis près de dix ans).

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L’arrêt des chaînes de production tout secteurs d’activités confondus (aciéries, textile…) combiné aux séquelles de la crise sanitaire dans l’ « usine du monde » entraîne des craintes de perturbation des chaines d’approvisionnement mondiales. Le risque semble d’ailleurs déjà avéré pour les matières premières (aluminium), les semi-conducteurs, l’industrie automobile, les broyeurs de soja, les producteurs de ciment ou d’engrais, figurant d’ailleurs parmi les industries les plus énergétivores. Des fournisseurs de Tesla ou d’Apple auraient apparemment déjà dû suspendre leur production plusieurs jours avec pour conséquences des retards de livraison.

La situation se répercute sur le quotidien des chinois. On a vu « des villes obligés d’éteindre les feux de circulation pour éviter un effondrement du réseau électrique » selon le South China Morning Post, mais pas seulement. Dans le Guangdong, le delta de la Rivière des Perles, les 126 millions d'habitants ne doivent pas mettre en route leurs climatiseurs en dessous de 26 degrés ou éviter de prendre l'ascenseur pour monter moins de trois étages. A Zhongshan, les horaires d'ouverture des centres commerciaux ont été limités pour réduire les consommations d’énergie liées à la climatisation et à l'éclairage. Dans le nord de la Chine, à Huludao, il est recommandé de ne pas utiliser les chauffe-eau ou les fours à micro-ondes pendant les périodes de pic de consommation.

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On comprend que la Chine se trouve confrontée à une équation pas simple à résoudre. Il s’agit de concilier une forte croissance, soutenue à la fois par la demande interne et une politique d’exportations solide ayant vocation à créer des emplois, à pérenniser la logique d’accroissement du pouvoir d’achat et du niveau de vie de ses citoyens et donc énergétivore avec des objectifs de réduction de ses émissions de CO2 extrêmement ambitieux puisqu’il s’agit d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2060, soit 10 ans après la vieille Europe, bien loin des niveaux de croissance chinois. On est face à des enjeux liés à une transition énergétique accélérée dans un pays habitué à réconcilier les contraires et qui a bien compris que les « soucis » de court terme ne devaient pas conditionner les projections de long terme.

Rappelons que les dirigeants chinois, non-élus, peuvent mettre en œuvre autoritairement des plans stratégiques sur non pas 5 ans comme en Occident, mais sur 50 ans... C'est ainsi que le pouvoir chinois a apporté́ son soutien, dès le début, à l’accord de Paris. Après la COP 21, Pékin a même repris le flambeau de la lutte contre le changement climatique qui avait été abandonné par Donald Trump... Xi Jinping a alors déployé un plan d’action à la hauteur de ses nouvelles ambitions d’accélérer son projet d’« éco-civilisation» (EC) réaffirmé le 18 octobre 2020 lors du XIXeme Congrès du Parti communiste chinois, annonçant « promouvoir l’édification d’une civilisation écologique à l’échelle mondiale » en continuant à déployer de grands efforts (développement massif des énergies vertes, diminution des consommations, investissements...). Certes, il est vrai qu'avec une croissance d’au moins 8 %/an, et le fait que la Chine soit la première exportatrice mondiale, la plus grosse consommatrice d’énergie, et le pays le plus émetteur au monde de gaz à effet de serre, avec plus de 20 % des émissions mondiales, les objectifs de neutralité carbone peuvent sembler difficiles à tenir. Pékin annonce d'ailleurs construire plus de 250 GW de nouvelles centrales au charbon alors que toutes celles de l’UE s’élèvent à 150 GW.... Mais le leader chinois, conscient des coûts gigantesques représentés par le traitement médical des maladies dues à la pollution intenable des villes, a rappelé, à l’occasion d’un discours prononcé à l’Assemblée générale de l’ONU, que la Chine a d'ores et déjà commencé « à faire baisser les émissions de CO2 avant 2030, le but étant sérieusement « d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060 », dans une logique de sécurité nationale, de santé publique et de course au leadership éco-industriel, car la Chine a parfaitement compris, alors qu'elle est déjà le leader des énergies renouvelables, que la transition éco-énergétique est une formidable opportunité pour relancer une nouvelle voie industrielle et de développement en adéquation avec les demandes et tendances lourdes mondiales. Et ce n'est pas là une simple formule incantatoire: la Chine s’impose déjà aujourd’hui comme moteur et leader de l’écologie et des énergies renouvelables, dans les villes chinoises, les voitures et les deux roues sont de plus en plus électriques, et le phénomène de décarbonation général n'est qu'à ses débuts. Afin d'inscrire dans le marbre cet impératif nouveau, le terme « éco-civilisation » (« EC ») a été inscrit dans la Constitution chinoise dans le cadre d’une révision constitutionnelle approuvée, en mars 2018, par l’Assemblée populaire nationale. Dans ce même contexte, et pour compenser le caractère polluant des centrales à charbon, la Chine a à la fois énormement investi dans les renouvelables, mais aussi dans le gaz naturel, moins polluant que le charbon et le pétrole, puis est également le pays dans lequel l’énergie nucléaire a le plus progressé et ceci à une vitesse record. Pour réduire sa dépendance au charbon, le gouvernement de Pékin a en effet multiplié par dix le nombre de centrales nucléaires en fonctionnement en 2000, avec un objectif de capacité de 120-150 GW pour 2030, contre 63 GW aujourd’hui en France... En 2019, la Chine disposait de 47 réacteurs en fonctionnement (contre 38 en 2018). En plein été 2020, l’Association chinoise d’énergie nucléaire annonçait, malgré la pandémie de la Covid, la construction de 6 à 8 réacteurs par an d’ici à 2025, soit le double du rythme actuel, ceci en évitant les retards et les surcoûts qui ont largement handicapé le nucléaire français. Par ailleurs, les catastrophes nucléaires successives qui ont refroidi les ardeurs, expliquent les technologies innovantes du secteur, par hybridation du réacteur américain et de l’EPR français, dont une version chinoise a permis de faire émerger le réacteur phare Hualong-1. Ce réacteur, installé dans la centrale de Fuqing, au sud-est du pays, est le premier-né du modèle à eau pressurisée, conçu et construit 100 % made in China. Ses promoteurs rêvent de conquérir les marchés extérieurs. La Chine est ainsi devenue un acteur majeur de la filière nucléaire à l’échelle internationale sur la totalité de la chaîne de conception, de construction et d’exploitation. Elle se distingue par ses innovations et notamment par un programme basé sur des démonstrateurs appelé le « Dragon Rising 2020 ». Pékin investit en plus fortement dans l’innovation et effectue des recherches intenses sur la fusion thermonucléaire. Depuis 2003, le pays est ainsi partenaire du grand projet international Iter de réacteur thermonucléaire (qu’on appelle également un tokamak). Le réacteur, situé à Cadarache en France, devrait générer son premier plasma en 2035. Mais la Chine possède aussi ses propres réacteurs et a battu, le 28 mai 2021, un record de température de fusion dans le troisième tokamak qu’elle vient de construire : l’Experimental Advanced Superconducting Tokamak (East) a atteint 160 millions de degrés Celsius et il a surtout réussi à maintenir son plasma à une température de plus de 120 millions de degrés Celsius pendant cent une secondes. D’évidence, même dans ces domaines, l’empire du Milieu promet de ne plus se contenter d’imiter, mais de déclasser l’Europe, et, à terme, les États-Unis...

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La Chine va-t-elle devoir faire un choix entre son ambition climatique et une économie de plus en plus gourmande en énergie ?

Je ne pense pas, bien au contraire! Les deux peuvent être combinés dans la vision d’un nouveau paradigme éco-énergétique aux antipodes de celle, décroissante, de certains écologistes anti-capitalistes. Pour Xi Jinping, l’idée d’éco-civilisation s’appuie sur l’innovation technologique et la croissance qui l’accompagne. Lors du dernier Eco Forum Global Annual Conference de Guiyang, organisé en 2018, le sujet de la « nouvelle ère de l’éco-civilisation » a ainsi lancé la campagne chinoise mondiale en faveur d’un « développement vert avec une haute priorité pour l’Écologie ». Cette conférence annuelle, qui fêtait sa 10e édition, avait lieu à Guiyang, métropole-vitrine du modèle qui concilie écologie, innovation et croissance.. Pékin a ainsi lancé des gigantesques projets de développement, avec, à la clé, le risque d’un autre grand déclassement des démocraties occidentales, ainsi « doublées » sur leur propre créneau climatique et écologique, qu’elles sont incapables d’appliquer concrètement de façon rapide et à grande échelle comme le système autoritaire chinois le permet... Pékin affiche des résultats à faire pâlir d’envie de nombreux pays en matière de développement des énergies renouvelables, même si le pays reste très dépendant du charbon. Comme on l’a évoqué précedemment La Chine, vu sa taille gigantesque, s’illustre par de véritables records en matière d’investissements verts porteurs de croissance économique durable : elle est désormais la première puissance mondiale en matière de production d’énergie renouvelable, et ce n’est pas fini ! Elle a doublé ses capacités en matière de solaire photovoltaïque entre 2015 et 2020, et elle s’est distinguée comme le pays ayant installé deux fois plus de capacités de production que la plupart des pays réunis sur la seule année 2016. Son parc solaire eest devenu cinq fois plus important que celui des États-Unis. En ce qui concerne l’éolien, elle a déjà déclassé la totalité de la capacité de l’Europe dans ce secteur. En matière de mobilité propre, Pékin est en pointe, avec des décisions claires, dans la production de véhicules thermiques. Lors du salon de l’automobile de Pékin d’avril 2020, les experts prévisionnistes ont même émis la crainte que la Chine devienne bientôt le leader absolu des véhicules électriques, une concurrence terrible pour les constructeurs européens moins compétitifs qui risquent là aussi le déclassement industriel. Il faut dire que le pays a tout pour réussir ce virage et développer la totalité de la filière : un gigantesque marché intérieur de près de 1,4 milliard d’habitants, des métaux rares (voir infra) indispensables au fonctionnement de ces nouveaux moteurs, des capacités industrielles dont celles nécessaires à la fabrication de batteries électriques, et un vivier de mains-d’œuvre et de compétences impressionnants. Bref, les Chinois semblent avoir compris qu’ils pourraient parfaitement revendiquer l’industrie automobile du futur. Le président Xi Jinping a d’ailleurs imposé à tous les constructeurs de réaliser, dès 2019, 10 % de leurs ventes avec des voitures hybrides ou électriques tout en exigeant des quotas plus restrictifs que partout ailleurs dans le monde, pour les véhicules trop énergétivores. Ceci est une véritable leçon en matière de capacité de faire d’une pierre trois coups : un énorme marché à la clé pour les entreprises nationales, une solution concrète pour réduire la pollution et rendre le ciel des villes encombrées plus bleu, et une position de filière industrielle prédominante. Rappelons que la Chine a investi 360 milliards de dollars pour construire le premier réseau de lignes à grande vitesse dans le monde. Avec plus de 22 000 km de lignes, celui-ci permet de desservir la plupart de grandes villes chinoises autour de huit grands axes. Un chiffre supérieur à la somme de tous les réseaux du reste du monde et qui laisse rêveurs bon nombre de pays occidentaux ! Bref, le gouvernement chinois semble bien décidé à promouvoir un environnementalisme politique, avec des moyens de mise en œuvre dépassant de loin le cadre de l’action possible des gouvernements occidentaux.

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Enfin il ne faut pas oublier que la Chine après avoir subi les conséquences de la pollution est désormais devenue également et largement victime des effets de changement climatique. Les pluies diluviennes à Pékin et dans le nord de la Chine qui ont eu lieu l’été dernier et ont provoqué des inondations extrêmement graves ne sont qu’une toute petite illustration d’une conviction de plus en plus ancrée selon laquelle la lutte contre le changement climatique n’est plus une option.

La crise de l’énergie en Chine pourrait-elle déclencher une hausse du prix de l’électricité à travers le monde ?

Nous avons vu que la Chine subit actuellement l’une des pires pénuries d’électricité de son histoire.C'est ainsi que plus de la moitié des provinces sont touchées, notamment celles du sud-est, le poumon économique du pays. D'après le Global Times, les industriels prévoient que la situation va empirer durant l’hiver. Pareille crise nous l’avons déjà évoqué résulte de trois facteurs: une forte demande due à la croissance élevée; la régulation des tarifs et l'application de normesenvironnementales drastiques, preuve que le pays ne fait pas semblant de poursuivre une stratégie de transition énergétique. Le pays a donc mis ses capacités de production sous tension, et de sur-capacitaire, il est devenu même sous-capacitaire en période de pointe. La Chine est par ailleurs également confrontée à une augmentation du prix de l’énergie: le prix de la tonne de charbon est de 265 euros, et le marché est déstabilisé. En outre, en Chine, les tarifs de l’électricité sont régulés étatiquement; ce qui signifie que si le marché était libre, les producteurs vendraient cette électricité au-delà du prix fixé par le régulateur. Comme ce n’est pas le cas, ils n'ont pas intérêt à produire davantage.

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Pour mieux répondre à votre question, la réponse est en partie oui: la hausse du prix du gaz en Europe est liée à la hausse dans le reste du monde, en particulier en Asie, et donc en Chine. L'Europe importe la quasi-totalité de ses besoins, la moitié en provenance de Russie, une grande partie d'Algérie, et un tiers du marché mondial, le gaz naturel liquéfié devant être regazéifié en Europe. En Europe, le prix du gaz a donc été multiplié par quatre ces six derniers mois. Les factures d'électricité ont explosé de 35% en un an en Europe du Sud, et en Belgique, 20% des ménages sont en précarité énergétique chaque hiver. En France, après une augmentation de tarif de 57% depuis janvier 2021, les prix de l’énergie devaient augmenter de 12,6 % début octobre, ce qui a motivé la mise en œuvre d’un bouclier tarifaire. L'Europe subit par ailleurs des hausses plus importantes des prix du gaz et de l'électricité que l'Asie en raison de ses impératifs écologiques d'élimination du charbon qu'elle ne parvient pas à compenser. La demande augmente donc nettement ainsi que le prix du C02 qui semble enfin décoller et qui va peser de plus en plus dans le prix des énergies polluantes … Un sujet de plus dont la Chine a pris toute la mesure puisqu’elle a lance le plus grand marché carbone au monde, qui devrait également contribuer à sa transition énergétique tout en renchérissant les prix.

Ainsi dans cette phase de transition le problème central des énergies renouvelables intermittentes (avec des progrès notables en matière de stockage qui viendront aider dans les années à venir) rend encore indispensable le recours aux source de production électrique hydrocarburière, bien que moins polluante que le pétrole: le gaz naturel, n'a pas dit son dernier mot car il permet de produire 20 % du courant électrique en Europe. Revenons à la Chine: elle a importé beaucoup plus de GNL depuis un an - dans son objectif néo-écologique de réduire sa production d'électricité par charbon - et cela a contribué à la flambée des prix en Asie. Et c'est le phénomène inédit de transmission des prix du gaz entre l'Asie et l'Europe qui explique en effet la réponse positive à votre question… Néanmoins les états largement impliqués dans le calcul des prix des énergies fossiles alourdis pas de forts niveaux de taxation pourront limiter l’impact de ces augmentations comme on le voit ces jours-ci, dans notre pays ; avec le bouclier tarifaire annoncé par le premier ministre, mesure de court terme, qui pourrait déboucher sur une rédéfinition des logiques fiscales encore ancrées dans le vieux monde. Cette question figure d’ailleurs en bonne place parmi les différentes questions évoqués dans le paquet de mesures du pacte vert européen (FitX55). Bref, affaire à suivre, à quelques semaines de la présidence de l’UE par la France.

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