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Entre le cloud et le papier, le plus écolo n'est pas forcément celui qu'on croit.
Entre le cloud et le papier, le plus écolo n'est pas forcément celui qu'on croit.
©Reuters

Atlantico Green

Journée mondiale sans papier : mais qui a dit que le stockage numérique était bon pour l’environnement ?

Les défenseurs de l'environnement n'ont de cesse d’encourager les entreprises et les administrations à baisser leur consommation de papier. Pourtant, outre le fait que chaque employé de bureau consommerait en moyenne 70 kilos de papier par an, la dématérialisation ne semble pas être une solution. Retour sur un impact écologique méconnu.

Bernard Boutherin

Bernard Boutherin

Bernard Boutherin est ingénieur de formation, et est actuellement responsable informatique du Laboratoire de Physique Subatomique et de Cosmologie à Grenoble (LPSC), chargé de mission pour la sécurité informatique auprès de la direction de l’Institut national de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3). Il fait partie de l'association EcoInfo, rattachée au CNRS.

 

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Atlantico : Au niveau planétaire, la dématérialisation induit un recours accru aux outils numériques et, pour une accessibilité hors des contraintes de temps et d'espace, au cloud computing. Or, cet hébergement à distance nécessite l'alimentation en énergie et la maintenance de centaines de milliers de serveurs informatiques. Est-ce vraiment écologique ? 

Bernard Boutherin* : L'impact négatif écologique lié au recours aux outils numériques se situe à 3 niveaux : 

- les impacts liés à l'extraction des métaux et à la fabrication des équipements :

Les composants électroniques mettent en œuvre des dizaines de métaux rares comme l'or, l'argent, le palladium, l'indium, etc. dont les ressources minières s'épuisent et nécessitent de ce fait toujours plus d'énergie pour être extraits.

- les ressources consommées pour utiliser les équipements, c'est la phase d'usage :

Il faut considérer en particulier l'énergie consommée par les serveurs des datacentres et l'énergie consommée pour leur refroidissement (un gros datacentre consomme autant qu'une petite ville) mais aussi les consommations des équipements des internautes (un milliard de box correspond à la puissance de 15 tranches de centrales nucléaires)

- les impacts liés au recyclage de ces composants (DEEE)

La part des DEEE qui sont recyclés par les filières organisées est faible (de l'ordre de 1/3 en Europe par exemple), et le nombre de métaux que l'on est capable de récupérer (17 au maximum aujourd'hui dans le meilleur des cas) est faible au regard du nombre (60) de métaux utilisés, enfin la complexité de l'extraction des métaux augmente avec l'intégration des composants.

Au regard de ces impacts négatifs il faudrait mettre en balance l'impact écologique positif de la dématérialisation : gain de temps, économie de déplacement, économie de papier, qui est beaucoup plus difficile à évaluer (notamment parce que les impacts liés aux étapes de production et de recyclage des équipements électroniques ne sont en général pas prise en compte) et qui est sujet à l'effet rebond : si le temps gagné en ne faisant pas la queue au guichet des impôts vous permet de voyager en avion à l'autre bout du monde l'impact sera très négatif.

L'impact écologique des datacenters est-il aujourd'hui contrebalancé par des initiatives des hébergeurs en faveur de l'environnement ? 

Les hébergeurs focalisent leurs actions sur la phase d'usage des datacentres. Ils travaillent à abaisser leurs consommations - et leurs coûts - énergétiques ce qui est en parfait accord avec leur intérêt économique. Il faut noter aussi des actions pour utiliser des énergies renouvelables comme source d'énergie et pour récupérer la chaleur produite par les serveurs ce qui a également une répercussion positive sur les coûts d'exploitation.

Ces actions ne peuvent pas contrebalancer les impacts négatifs car on est loin d'avoir des datacentres qui compensent totalement le CO2 produit et même si c'était le cas il resterait les impacts des phases de fabrication et de recyclage des composants.

Ce dimanche marque la "Journée mondiale sans papier". A l'heure de l'informatique et du cloud, où en est-on d'une société sans papier ? Est-ce possible ?  

Depuis des décennies on espère voir diminuer la consommation de papier grâce à la généralisation de l'outil informatique et dans la pratique c'est le contraire qui se produit, la généralisation des imprimantes personnelles a entrainé une augmentation de la consommation mondiale de papier de quelques % par an au niveau mondial.

Quels sont les outils numériques qui peuvent facilement prendre le relais du papier ? Pour les signatures de documents par exemple ?

Difficile à dire. Il y a eu par exemple des études comparatives entre les impacts d'une liseuse et d'un ouvrage papier. Si l'avantage revient à la liseuse lorsque le nombre de livre lu par an est important (supérieur à 20), il ne faut pas oublier que moins de 10% de la population Française lit plus de 8 livres par an et surtout que le livre se prête, se conserve etc. contrairement au support numérique, obsolescent par nature puisque l'évolution des formats et des équipements rendra très vite le livre numérique illisible.

* Médecin également, Françoise Berthoud a assisté M. Boutherin dans ses réponses.

Propos recueillis par Adeline Raynal

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