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Avec le tandem Valls-Macron, François Hollande joue son va-tout.
©Reuters

Revue d'analyse financière

Hollande joue son va-tout, l'Europe sombre, le monde s'enflamme... et les marchés continuent de grimper

Dans l'œil des marchés : Jean-Jacques Netter, vice-président de l'Institut des Libertés, dresse, chaque mardi, un panorama de ce qu'écrivent les analystes financiers et politiques les plus en vue du marché.

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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Nous venons d’assister au décès du Parti Socialiste qui s’était converti à l’Europe avec difficulté, en imaginant que tous nos partenaires seraient séduits par les charmes de notre "modèle social que le monde entier nous enviait" !

La fameuse "synthèse hollandaise" permettait de gérer le Parti Socialiste, mais elle est particulièrement inefficace pour gérer la France. Le résultat, c’est que la "gauche plurielle" n’existe plus, alors que le gouvernement n’a entrepris aucune des grandes réformes nécessaires pour redresser le pays et n’a pratiqué qu’une politique de fausse rigueur. On a eu droit à toute une série d’annonces : des "chocs" sans lendemain, suivis par des "pactes" sans contenu et des "plans" sans substance.

Dès lors, peut-on croire avec le tandem Valls-Macron à un aggiornamento social libéral de la gauche, qui serait un peu le pendant de ce qu’avait été la période Bérégovoy-Naouri de 1982 à 1986 ? Rappelons que dans les trois premières années de son premier mandat, François Mitterrand avait avec Pierre Mauroy, son Premier ministre, effectué une relance catastrophique à contre cycle pour soutenir la croissance. Cela s’appelait "une relance de la solidarité nationale" qui se fixait comme priorité le retour à l'emploi de 1,8M chômeurs avec extension du secteur public, des nationalisations massives, une décentralisation accrue, la réduction de la durée du travail avec passage à 39 heures hebdomadaires et surtout l’abaissement de l'âge de la retraite et l’annonce de la création d'un impôt sur la fortune. C’était à l’époque la recette pour aller dans le mur, ce qui ne manqua pas d’arriver.

Pratiquée sur fonds de blocage des prix, cette politique a ruiné à l’époque la compétitivité de la France et obligé François Mitterrand à dévaluer le Franc Français à trois reprises : le 4 octobre 1981 de 8,5%, le 14 juin 1982 de 10% et le 22 mars 1983 de 8%.

Courageusement, il nomma Pierre Bérégovoy ministre de l’Economie dans le gouvernement Fabius. Converti à l'économie de marché, Pierre Bérégovoy s'attache à stabiliser le franc, afin de faire baisser l'inflation. Sous l'impulsion de son directeur de cabinet, Jean-Charles Naouri, il libéralise totalement les marchés financiers, allège le contrôle des changes et supprime l'encadrement du crédit. Il décide enfin de désindexer les salaires sur les prix, ce qu’aucun gouvernement de droite n’avait réussi à faire.

Aujourd’hui, pour François Hollande, avec le tandem Valls-Macron, c’est la dernière chance de sauver son quinquennat. Malheureusement, il n’a pas la stature de François Mitterrand. Il a contre lui une droite certes en mauvais état et toute la gauche du PS, pour qui le travail reste encore une aliénation, le patronat une association d’esclavagistes et "les profits des entreprises qui exploitent leurs salariés" un vrai scandale !

François Hollande n’a pas non plus le profil de Gerhard Schröder, le Chancelier allemand socialiste, qui avait eu le courage en 2002 de prendre dans le cadre de "l'agenda 2010" une série de réformes libérales de l'État providence qui ont provoqué la colère de son électorat et une chute de sa popularité. Il n’a pas été réélu mais il a remis son pays sur le chemin de la prospérité. Avec le tandem Valls-Macron, nous ne sommes certainement pas dans un moment Bérégovoy-Naouri.

Manuel Valls a bien compris qu’on ne pouvait tenir sa place dans une économie globalisée sans en accepter les règles du jeu. Il aura beau répéter qu’il aime les entreprises, il n’a pas la majorité de sa politique.

Le débat sur les 35 heures est un bon exemple. A peine ouvert, le dossier a été refermé rapidement au nom de ce que ni le gouvernement, ni les syndicats ni même les patrons n’ont intérêt à rouvrir ce dossier sensible… Cela aurait pu être pourtant l’occasion de faire un peu de pédagogie en expliquant que cinq lois ont déjà été adoptées par la droite et une par la gauche pour détricoter le texte d’origine. Symboliquement, il valait mieux en finir une fois pour toutes avec ce texte stupide, car on voit bien que les pays où le taux de chômage est le plus faible sont ceux où la durée du travail est la plus élevée par an. Comme chacun l’imagine, l’activité crée l’emploi.

Si le gouvernement s’arrête aussi vite sur les sujets importants, on voit mal comment il pourra avancer sur le niveau des salaires, la flexibilité de l’emploi. Autant de réformes toujours annoncées et indéfiniment reportées.

En attendant, le chômage a explosé une nouvelle fois en juillet et la France constitue maintenant une exception en Europe en matière d’emploi.

La perspective d’une Europe qui tombe en récession est réelle

L’Italie et l’Allemagne sont déjà en récession. Pour  la France, Wofgang Schaüble, ministre allemand des Finances a répété devant l’Université d’été du MEDEF que la voie de réformes rigoureuses était la seule possible. Il a surtout refusé la proposition de François Hollande qui consistait à réunir un sommet de la zone Euro visant à mettre en place une nouvelle initiative de croissance tout en rediscutant de nouvelles "flexibilités" en matière de déficit…

Les prêts des banques aux sociétés européennes continuent de se contracter. Les prix ont baissé de 0,3% sur un an dans la zone euro.

Les mauvais chiffres de l’inflation devraient pousser Mario Draghi à agir. On vient d’apprendre cette semaine que la BCE venait simplement de choisir Blackrock pour l’aider à mener un programme d’achat de dette dans les marchés. Il est très curieux que cette décision n’ait pas été prise il y a 6 mois !

La seule bonne nouvelle se trouve en Europe de l’Est. Les économies conservent un potentiel de croissance important. La Pologne, la République Tchèque, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie ont réussi à rebondir. Même la crise ukrainienne ne devrait pas entraver leur reprise. Pour être exposé à l’Europe de l’Est, le moyen le plus simple est d’acheter un ETF comme : iShares MSCI Poland UCITS ETF (SPOL) ou Lyxor ETF WIG 20.

La Suède, qui votera le 14 septembre prochain dans le cadre d’élections législatives, est confrontée à une dangereuse bulle immobilière. Cela n’empêche pas certains fonds d’investissement d’acheter de la couronne suédoise, ce qui leur permet à moindre risque de vendre de l’euro à découvert.

Les risques géopolitiques se multiplient…

En Russie, Vladimir Poutine a absolument besoin d’une victoire en Ukraine pour compenser les médiocres performances de son économie. Le rythme de croissance est passé de 5% en 2012 à 0,7% au premier trimestre 2014.

En face de sa stratégie, l’Europe n’a que des sanctions à proposer. Le problème est que les contre-sanctions adoptées par la Russie vont aussi toucher l’Europe.

Dans l’année qui vient, 160Md$ de lignes de crédit contractées par des entreprises privées russes doivent être renouvelées auprès des banques européennes.

Les investisseurs ne semblent pas trop inquiets puisque l’indice Euro Stoxx Banks a progressé de 9,5% depuis son plus bas du 7 août dernier, contre 6,2% pour l’indice Euro Stoxx pendant la même période.

En Irak et en Syrie, la montée des djihadistes du nouveau Califat pourrait obliger les Etats-Unis à intervenir militairement sur le terrain pour apporter un  soutien au Kurdistan dont les champs de pétrole ne doivent pas tomber entre les mains de l’Iran.

Avec la montée de puissances régionales non arabes comme la Turquie et l’Iran et l’explosion du terrorisme djihadiste, la sortie de crise semble très éloignée.

Le conflit israélo-palestinien semble être là pour durer encore longtemps, interrompu par des périodes d’accalmie. On devrait pouvoir constater que pendant que les projecteurs étaient dirigés sur l’Ukraine et sur l’Irak, l’armée israélienne a pu neutraliser une grande partie des tunnels et des missiles du Hamas.

La Chine continue à augmenter ses capacités militaires pour défier le Japon, les Philippines et obtenir des droits de forage pétrolier au large du Vietnam. Elle est confrontée cette semaine aux revendications de Hong Kong pour obtenir plus de démocratie. C’est un domaine où entre le capitalisme et la démocratie, cela fait longtemps que la Chine a fait son choix. Elle continuera à faire de l’ancienne colonie britannique son laboratoire financier et lui donnera tous les moyens pour se développer.

Les attaques sur internet "cyberwar" ciblent pour le moment les grandes banques et bientôt semble-t-il les compagnies de distribution d’énergie.

… Mais les marchés continuent leur hausse grâce à la morphine monétaire

La progression des marchés n’a pas été perturbée par le regain des tensions en Ukraine et en Irak. Les investisseurs ont interprété les propos de Mario Draghi à Jacksonhole comme le signal du lancement d’une politique de rachat d’obligations publiques et privées dans les marchés. Ce qui a si bien réussi aux Etats-Unis devant selon eux produire les mêmes effets en Europe. C’est un peu l’équivalent de "la morphine monétaire" : cela soulage certes, mais cela ne fait pas repartir durablement l’économie. Pour le moment, les taux des obligations à 10 ans sont d’ores et déjà en  dessous de 1% en Allemagne et le marché français a progressé de plus de 3% après la déclaration d’amour de Manuel Valls pour les entreprises !

Aux Etats-Unis, l’indice S&P 500 se retrouve à son plus haut historique. Le PIB américain du deuxième trimestre a été révisé en hausse à 4,2%, ce qui est bien meilleur que prévu et devrait favoriser la reprise des investissements. C’est le moteur qui pourrait entretenir la poursuite de la hausse.

Les taux devraient être remontés dans le courant du premier semestre 2015, car il y a maintenant consensus sur le fait qu’au niveau actuel, les taux extrêmement bas font plus de mal que de bien.

Dans le reste du monde, en Inde, la croissance a accéléré au premier trimestre à 5,7%, soit sa meilleure performance depuis deux ans. Par contre, le Brésil est tombé à son tour en récession à deux mois de l’élection présidentielle et au Japon la confiance dans le programme Abenomics s’effrite, le PIB a baissé de 6,8% en rythme annuel au deuxième trimestre. La baisse du Yen a un impact sur les exportations allemandes qui ont baissé significativement en direction des pays émergents.

Au total, rarement l’allocation d’actif d’un portefeuille n’a été un exercice aussi difficile. Malgré un environnement économique plus que préoccupant, la dynamique monétaire favorise encore les actions européennes et japonaises, mais il semble plus logique de se concentrer sur l’Asie et certains pays émergents qui sont moins sensibles que les pays occidentaux à la politique monétaire et aux tensions géopolitiques.

 

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