La culture du sur-mesure en temps de crise : une valeur refuge ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Consommation
Lorenzo Cifonelli, maitre tailleur à Paris.
Lorenzo Cifonelli, maitre tailleur à Paris.
©© Parisian Gentleman

Atlantico chic

La culture du sur-mesure en temps de crise : une valeur refuge ?

Hugo Jacomet, blogueur star de l'élégance parisienne, s'intéresse au regain d'intérêt pour le sur-mesure. Plutôt paradoxal en période de crise...

Hugo Jacomet

Hugo Jacomet

Fondateur et éditeur de "Parisian Gentleman", Hugo Jacomet est une plume reconnue dans le domaine du style masculin.

Voir la bio »

Gentlemen,

J’étais récemment chez Courtot (chemisier sur mesure à Paris, rue de Rennes), petit établissement charmant où l’accueil est très professionnel mais également très aimable. Une maison qui a la réputation de ne pas trop se prendre au sérieux tout en proposant des prestations dans la plus pure tradition chemisière artisanale.

A cette occasion, j’ai eu le plaisir d’échanger quelques idées avec le maître des lieux, l’affable et éduqué Cydonia Courtot, sur l’évolution de sa clientèle et, notamment, sur le fait que cette dernière était en net rajeunissement… et ce en dépit de la crise et du pessimisme ambiant.

Et chez Courtot, comme chez Cifonelli, chez Corthay, chez Camps de Luca ou même chez Kiton ou Zegna, le constat est le même : la clientèle est en net renouvellement et est beaucoup plus « éclatée » qu’auparavant.

A cet égard, Lorenzo Cifonelli, qui dirige l’une des plus grandes maisons de couture masculine (et que l’on voit en train de couper un costume sur la photo en tête de cet article), me confiait la semaine dernière que le temps où un seul client pouvait commander jusqu’à 30 costumes en une année est bel et bien révolu. Bien sûr, chacune de ces grandes maisons possède encore quelques-uns de ces clients fortunés et fidèles, mais il est indéniable qu’en 2011 la clientèle « Bespoke » (le vrai sur-mesure) est définitivement beaucoup plus atomisée et il n’est pas rare de rencontrer, dans les salons feutrés de ces institutions de l’élégance, des trentenaires qui mettent en route le premier costume  ou la première paire de souliers sur-mesure de leur vie.

Cette (re)montée en puissance de l’attrait du sur-mesure et de la culture tailleur (et bottière) chez les hommes de 2011 est d’ailleurs largement amplifiée par l’évolution très nette et très rapide de la communication et des images véhiculées par ces grandes maisons.

Prenons l’exemple de l’auguste maison napolitaine Kiton, « popularisée » (même si au vu des tarifs pratiqués par cette maison, le terme peut sembler impropre) par Guillaume Durand et connue pour ses étoffes exceptionnelles (laines ultra-légères, cachemire, vigogne).

La campagne de Kiton en 2010 mettait en scène quatre bellâtres transalpins et communiquait à la fois l’élégance, le confort, la versatilité et la fluidité des costumes maison (ah, cette magnifique épaule napolitaine naturelle…). Aucune référence n’était faite à la culture tailleur ni à la fabrication traditionnelle, qui font pourtant partie de l’ADN de cette maison irréprochable (si l’on oublie ses tarifs vraiment stratosphériques).

Changement radical de cap en 2011 avec une image mettant en scène le patron de l’atelier, craie de tailleur en mains, entouré d’ouvriers en train de couper à la main des étoffes.

Cette image, qui n’est, vous l’imaginez, pas pour nous déplaire, aurait été impensable il y a encore quelques années car elle se concentre UNIQUEMENT sur un savoir-faire et plus du tout sur des produits. C’est un virage marketing considérable qui, selon nous, explique en (grande) partie le regain d’intérêt des hommes pour l’art tailleur, la qualité des matières et le travail traditionnel en général.

Bien entendu, cet engouement nouveau pour l’art vestimentaire, l’iconographie tailleur et le sur-mesure génère également beaucoup d’excès et de publicités mensongères, dont nous nous sommes fréquemment émus dans les colonnes de Parisian Gentleman (le terme « Bespoke » étant littéralement mis à toutes les sauces par de vulgaires maisons de confection qui prétendent faire du sur mesure à 300 euros… ce qui est, évidemment, grotesque et mensonger).

Nous, les défenseurs des maisons de tradition, savons depuis longtemps qu’en termes d’élégance immaculée, de confort, de solidité et de longévité, un costume traditionnel fabriqué dans les règles de l’art sera toujours un bon investissement.

Et dire que par les temps qui courent, les bons investissements, sûrs et fiables se font de plus en plus rares, relève du doux euphémisme…

L’élégance personnelle et les vêtements de tradition seraient-ils donc, en période de crise, en train de devenir des valeurs refuges ?

Cheers, Hugo

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !