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Des militants d'Extinction Rebellion lors d'une manifestation devant le Centre Pompidou à Paris, le 27 avril 2019.
Des militants d'Extinction Rebellion lors d'une manifestation devant le Centre Pompidou à Paris, le 27 avril 2019.
©LUCAS BARIOULET / AFP

Atlantico Green

« Conseils aux jeunes générations qui faites face à l’annihilation » : petite lecture critique du manifeste du fondateur d’Extinction Rebellion

Roger Hallam, l’un des fondateurs du groupe Extinction Rebellion, a adressé une lettre ouverte aux jeunes de la planète. Selon lui, le réchauffement climatique va générer « la famine et la guerre » et va conduire à l’effondrement de notre société. Pour sauver les générations futures, Roger Hallam appelle les jeunes « à faire tomber les gouvernements du monde entier ». Nos actions pour lutter contre le réchauffement climatique ont-elles effectivement échoué ? Cet appel à l’insurrection pourrait-il sauver la planète ?

Philippe Charlez

Philippe Charlez

Philippe Charlez est ingénieur des Mines de l'École Polytechnique de Mons (Belgique) et Docteur en Physique de l'Institut de Physique du Globe de Paris.

Expert internationalement reconnu en énergie, Charlez est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la transition énergétique dont « Croissance, énergie, climat. Dépasser la quadrature du cercle » paru en Octobre 2017 aux Editions De Boek supérieur et « L’utopie de la croissance verte. Les lois de la thermodynamique sociale » paru en octobre 2021 aux Editions JM Laffont.

Philippe Charlez enseigne à Science Po, Dauphine, l’INSEAD, Mines Paris Tech, l’ISSEP et le Centre International de Formation Européenne. Il est éditorialiste régulier pour Valeurs Actuelles, Contrepoints, Atlantico, Causeur et Opinion Internationale.

Il est l’expert en Questions Energétiques de l’Institut Sapiens.

Pour plus d'informations sur l’auteur consultez www.philippecharlez.com et https://www.youtube.com/energychallenge  

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Jean-Paul Oury

Jean-Paul Oury

Docteur en histoire des sciences et technologies, Jean-Paul Oury est consultant et éditeur en chef du site Europeanscientist. com. Il est auteur de La querelle des OGM (PUF, 2006), Manifester des Alter-Libéraux (Michalon, 2007), OGM Moi non plus, (Business Editions, 2009) et Greta a tué Einstein: La science sacrifiée sur l’autel de l'écologisme (VA Editions, 2020).

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Considérant « que tout ce qui a été fait au cours des 30 dernières années [pour réduire les émissions de gaz à effet de serre] a été un échec » l’activiste Roger Hallam, l’un des fondateurs du groupe Extinction Rébellion a écrit une missive ouverte à l’ensemble des jeunes de la planète. Il leur prédit à l’échéance d’une trentaine d’années un destin apocalyptique éradiquant 85% de la population mondiale. Selon les propres dires, le dérèglement climatique engendrera « la famine et la guerre pour la nourriture et conduira à l’effondrement de notre société. Le point final se jouera dans chaque ville, chaque quartier et chaque rue. Une bande de garçons s’introduira dans votre maison pour réclamer de la nourriture. Ils verront votre mère, votre sœur ou votre petite amie et ils les violeront collectivement sur la table de la cuisine ». Pour sauver les générations futures de l’anéantissement, Hallam appelle les jeunes « à faire tomber les gouvernements du monde entier ; leur action doit être dramatique, épique, scandaleuse, courageuse, et illégale. Ce sera glorieux. Cela fera de vous des héros et sauvera votre génération de l’enfer ».

Philippe Charlez et Jean-Paul Oury répondent aux questions d’Atlantico.

Atlantico : Le constat fait par Roger Hallam est-il juste ? Nos actions pour lutter contre le réchauffement climatique ont-elles effectivement échoué ? Quelle est la responsabilité des gouvernements ?

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Philippe Charlez : Dans une certaine mesure son constat est juste. Nous ne sommes pas parvenus au cours des vingt dernières années à réduire la consommation d’énergies fossiles et par voie de conséquence les émissions de gaz à effet de serre. Depuis le début du siècle, les émissions se sont accrues de 50%. En revanche, je ne parlerai pas de responsabilités mais de causes. Alors que les émissions des pays OCDE sont restées stables à 12 GtCO2, celles des pays émergents ont explosé passant de 10 GtCO2 en 2000 à 22 GtCO2 en 2019. Le développement des pays émergents à la suite de la mondialisation de l’économie s’est traduit par un plus que doublement de leur consommation énergétique et par voie de conséquence une explosion de leurs émissions. Si l’on voulait des coupables je désignerais sans hésiter…Deng Xiaoping et Mikhaïl Gorbatchev.

Mr Hallam oublie toutefois de mentionner que la mondialisation de l’économie a sorti un milliard de personnes de l’extrême pauvreté et a réduit d’un facteur trois les inégalités de revenus entre le nord et le sud. Tel était sans doute le prix à payer pour que des milliards de personnes sortent du sous-développement. En revanche la vision cataclysmique de Mr Hallam estimant qu’au cours des prochaines décennies « la population mondiale serait réduite à un milliard de personnes concentrées autour des pôles » résulte du fantasme ou de la manipulation. Pour satisfaire son agenda idéologique et emmener les jeunes dans son « marché de la peur » il érige le schéma extrême du GIEC (7°C) qualifié par les experts d’aussi peu probable que le « non réchauffement » en dogme universel.

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Et si Greenpeace était nettement plus dangereuse que son image grand public le suggère ?

Jean-Paul Oury : La formule du « jamais assez » a vu le jour très tôt dans la stratégie des ONG pour faire tomber la science prométhéenne de son piédestal (Greta a tué Einstein). Cela découle de l’application absolutiste du principe de précaution à toute innovation technologique. L’objectif étant de poser une question non scientifique aux scientifiques en leur demandant de prouver l’existence du risque 0, une démonstration qui ne relève pas de la science. Ainsi, par exemple, dans le cadre de l’enfouissement des déchets nucléaires, les écologistes demandent toujours plus de garanties et exigent des experts qu’ils se prononcent sur des exigences qui comprendraient l’absence de scénarios altérés pour l’enfouissement des déchets sur plusieurs centaines de milliers d’années. De même alors que nous disposons désormais de plus de 30 années de recul sur les plantes génétiquement modifiées et qu’aucun accident n’est jamais survenu les ONG continuent de dire qu’on ne dispose pas suffisamment d’assez de recul.

Roger Hallam, du fond de sa cellule, n’innove pas à ce sujet en transposant au climat. Notons qu’il a été copié récemment par Greta Thunberg et son fameux « blah-blah-blah » en réponse aux discours des politiques. La question est « jamais assez » par rapport à quoi ? Le GIEC propose plusieurs scénarios et donc il y a une progression dans l’échelle de la gravité. Ensuite il faut être au clair sur le fait que la politique scientifique consiste non pas à transposer directement les modélisations des climatologues sous forme de « normes politique » - ce qui relèverait d’une forme de néo-positivisme - mais de s’en servir pour réfléchir sur des stratégies qui permettent de gérer de manière équilibrée la transition écologique. Il faut se méfier des politiciens zélés qui voudraient s’appuyer sur les pires scénarios pour appliquer des mesures très contraignantes sans prendre en considération les conséquences pour les populations. Comme on sait, la décision de mettre une taxe élevée sur les carburants a mis les gilets jaunes dans la rue… Emmanuel Macron doit encore s’en mordre les doigts.

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Tout ceci nous fait prendre conscience d’une autre stratégie que l’on retrouve chez toutes les ONG : faire passer un risque potentiel pour un danger imminent, par le biais d’actions d’agit-prop. La question du climat ne fait pas exception à la règle. Depuis les années 1970, on nous prédit toute une série de catastrophes : la première est celle de Maurice Strong en 1972, à l’époque directeur du programme environnement des Nations Unies, qui a annoncé qu’il nous restait 10 ans pour arrêter la catastrophe….  Depuis lors on a vu se succéder toute une série de vaticination, toutes plus fausses les unes que les autres.

Comme le remarque judicieusement Björn Lomborg dans son ouvrage False Alarm, la science nous montre que la peur d’une apocalypse climatique est infondée. Par exemple, quand on lit qu’il nous reste que quelques années pour agir, ce n’est pas ce que nous dit la science, mais ce que nous dit la politique. Ce genre d’affirmation vient du fait que des politiciens ont sollicité les scientifiques en leur demandant ce qu’il faut faire pour atteindre une cible quasiment impossible. Lomborg prend une analogie saisissante : si on demandait aux scientifiques quelle action mettre en place pour qu’il y ait 0 morts d’accidents de voiture, la réponse pourrait être de limiter la vitesse à 5 Km/h. Le fait est que la science ne nous dit pas que nous devons rouler à cette vitesse, mais que si nous ne voulons pas avoir de mort dans des accidents de voiture, il faut limiter la vitesse à 5 Km/h.

Nourri, chauffé, blanchi et logé au fond de sa cellule monsieur Hallam n’a sans doute pas conscience du coût que cela peut engendrer pour la société, mais un think tank néo-zélandais a fait le calcul suivant (cité également par Lomborg) : Si la Nouvelle-Zélande veut atteindre seulement 50% de l’objectif fixé par les accords de Paris, cela lui coutera 19 milliards de $ chaque année. Sur lensemble du siècle, le coût serait équivalent à 12800 $ par an et par néo-zélandais et pour quel résultat ? Si en 2050, la Nouvelle Zélande parvient à son objectif de neutralité carbone et sy maintient jusqu’à la fin du siècle, elle contribuera à une limitation du réchauffement climatique pour sa part égale à 0,0022 °C….

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Bien évidemment on aurait tort de déduire de cette critique du « on ne fait jamais assez » qu’il ne faut rien faire ; mais qu’il faut avoir conscience que l’urgence en question est dépeinte par un travail de modélisation scientifique, qu’il y a plusieurs modèles et en conséquences plusieurs stratégies politiques pour y faire face. Il faut trouver un bon équilibre et définir les bonnes stratégies. Pour cela il faut utiliser sa raison et non agir dans l’urgence. Monsieur Hallam pense qu’il faut choisir la décroissance et veut faire tomber la civilisation. Nous pensons au contraire que davantage de croissance permettra à la l’humanité de mieux s’adapter et d’afficher davantage de résilience face aux changements climatiques.

Cet appel à l’insurrection pourrait-il sauver la planète ? Dans quelle mesure des gouvernements stables sont-ils plus en mesure de lutter efficacement contre le réchauffement climatique ?

Philippe Charlez : Une insurrection n’a jamais rien résolu bien au contraire. Les situations post révolutionnaires sont toujours des situations chaotiques de grande pauvreté et il faut souvent des dizaines d’années pour recouvrer la situation antérieure. La méthode de Roger Hallam est simple et binaire : encourager le chaos (« faire tomber les gouvernements du monde entier par l’action scandaleuse et illégale ») pour résister au chaos (le réchauffement climatique et ses dramatiques conséquences sociétales). Mais, dans sa missive Mr Hallam ne propose pas l’ébauche de la moindre solution sinon de promettre à la jeunesse que le chaos les sauvera de l’enfer. Comment mystère ! On retrouve là toutes les composantes classiques de l’inquisition promettant le paradis à ceux qui traquent les hérétiques. Toujours très simple de promettre un au-delà échappant à toute vérification rationnelle : « la volonté de construire passe par la rage de détruire » pouvait-on lire sur les pancartes en mai 1968 ! Le drame est que la jeunesse est de plus en plus sensible à ce genre de discours. Ainsi une enquête récente de l’IFOP a révélé que 35% des jeunes de 15 à 30 ans étaient prêts…à mourir pour le climat[1]. Un chiffre effrayant.

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Pourtant, lutter efficacement contre le réchauffement climatique ne passe pas par l’idéologie mortifère et émotionnelle du chaos mais par l’action rationnelle : nous aimerions savoir ce que pense Mr Hallam des voitures électrique, de l’hydrogène, des pompes à chaleur, des éoliennes, des panneaux solaires, de l’électricité nucléaire, du CCS, du télétravail ou du covoiturage. On peut supposer qu’il les rejette tous en masse car elles ne correspondent pas au modèle de société qu’il promeut. Car finalement derrière son discours collapsologique, Mr Hallam avance masqué. Sa stratégie ne cherche pas à résoudre la problématique climatique mais à installer une société égalitariste et décroissantiste. Son but ultime n’est en rien le climat mais la peau de la société de croissance.

Jean-Paul Oury : Avec Roger Hallam, on est clairement en présence d’un utopiste. Une utopie devient dangereuse quand l’utopiste veut la réaliser dans le vraie monde comme l’a démontré le philosophe Raymond Ruyer dans  l’Utopie et les utopies (PUF 1950). Que le repris de justice s’adresse à des jeunes n’est pas innocent et montre à quel point il faut se méfier de ce discours radical. On imagine quel impact cela peut avoir sur des esprits déjà chauffés à blanc par les médias qui sautent sur n’importe quel événement météorologique pour renforcer les thèses les plus catastrophistes du changement climatique. On a dans le discours de Hallam une stratégie qui consiste à instrumentaliser la peur. Comme nous le montrons dans un chapitre intitulé « Le petit Greta rouge et le loup » si la peur est un sentiment naturel qui a toujours permis à l’homme de se sortir de mauvaises passes, l’instrumentalisation de la peur, elle, relève de la manipulation et de la construction théorique au service d’une idéologie. C’est la fameuse euristique de la peur du philosophe allemand Hans Jonas qui a été incarnée par Greta Thunberg dans son « je veux que vous ayez peur » prononcé à Davos. La conséquence de cela est qu’on craint davantage le moustique génétiquement modifié qui a été conçu pour lutter contre la malaria que cette maladie qui a fait des millions de morts. On s’aperçoit que monsieur Hallam quand il critique la civilisation se situe dans cette veine. Il sous-entend que tout le progrès technologique est la cause de nos malheurs, alors que justement cette civilisation est le résultat de toutes les études scientifiques et de toutes les innovations technologiques qui en découlent. Hallam voudrait rayer tout cela d’un trait de plume … un dangereux utopiste donc prêt à renverser et bruler un système de valeur pour le remplacer par le néant. 

Extinction Rébellion se situe d’emblée dans la sphère de la désobéissance civique. Cela rappelle des mouvements tels que les luddites qui  détruisaient les machines, ou encore, plus récemment, les faucheurs volontaires qui fauchaient les champs d’OGM. D’ailleurs en citant ce dernier exemple, on voit bien que cette stratégie a bien fonctionné pour ceux qui l’ont utilisé. Monsieur José Bové qui dès le début des années 2000 agitait l’étendard de la désobéissance civique au milieu des champs d’OGM qu’il fauchait, a fini par se faire élire comme député au Parlement Européen…. Tout cela en saccageant la propriété d’autrui. Dire comme le fait Hallam, que les politiques en place ne sont pas inféodés à l’écologisme c’est un peu fort de café.

L’idéologie verte est belle est bien au pouvoir en Europe et récemment aux USA avec l’arrivée du Gouvernement Biden et de son Green New Deal. Quand vous voyez que l’UE veut sortir le nucléaire de la taxonomie alors qu’on risque d’avoir des black-out cet hiver ou que le plan F2F ne parle que d’agro-écologie alors qu’on subit des pénuries de blés…. Tout cela à cause des politiques ! Quand on prend conscience de cela on réalise que monsieur Hallam se plaint juste que nous ne retournons pas suffisamment rapidement au Moyen-Age. Il rêve sans doute de sortir de sa cellule et de se retrouver dans le Londres de Henri V.

Le chaos et l’effondrement des sociétés que décrit Hallam sont-ils effectivement la perspective en cas d’inaction climatique ? Est-elle inévitable ?

Philippe Charlez : Tout système naturel quel qu’il soit est malheureusement voué à mourir et à disparaître un jour dans les « ténèbres de l’entropie »[2]. Ainsi le soleil qui brûle sans compter son hydrogène est arrivé à la moitié de sa vie : il n’en n’a plus que pour…4 milliards d’années avant de disparaître par effondrement gravitaire. Les planètes et la vie sur terre disparaîtront bien avant, faute de soleil. La question n’est donc pas de se poser la question d’un effondrement qui surviendra inexorablement mais d’anticiper rationnellement la date de l’échéance. Et c’est finalement ce qui nous sépare de Roger Hallam. Les décroissantistes considèrent que l’échéance est très proche et qu’il faut par conséquent changer radicalement de modèle. Au contraire les défenseurs d’un développement durable s’appuyant sur une croissance soutenable considèrent que la société de croissance sans être pérenne a encore de nombreuses belles années devant elle. Quand on regarde les chiffres de près, il y a de quoi être optimiste : on pourrait faire aussi bien voire mieux en termes de développement avec 5 fois mois d’énergie et de CO2. Aussi ne jetons pas sans réfléchir « le bébé avec l’eau du bain » et ne sombrons pas dans un pessimisme malthusien mortifère. La race humaine mérite beaucoup mieux.

Jean-Paul Oury : L’humanité est confrontée à une quantité de risques existentiels. Dans son dernier ouvrage, Jusqu’à la fin des temps, le physicien américain Brian Greene imagine différentes catastrophes cosmiques réparties sur une échelle de temps infinie. Le cataclysme le plus proche est l’extinction du soleil, suivi du big rip (grande déchirure) un scénario qui propose la fin de l’Univers, les falaises de l’espace, le crépuscule des étoiles, le crépuscule de l’ordre astronomique, les ondes gravitationnelles et le coup de balai final. Tous ces scénari obéissent aux lois de la physique et l’homme n’y peut absolument rien. Cela permet de prendre du recul, de réaliser la fragilité de notre existence et du fait que nous pouvons imaginer des fins bien plus périlleuses que celles qu’on nous présente en continu sur notre petit écran. Il arrive de temps en temps que les médias évoquent le risque de collision entre la terre et une météorite… Ce risque est tout à fait probable, mais, les ONG, les politiques et les médias ont sélectionné la peur du réchauffement climatique et de la 6ème extinction de masse comme étant prioritaires. Revenons donc sur ces deux paradigmes cataclysmiques dans lequel se projette désormais notre civilisation de manière obsessionnelle.

Selon la doxa actuelle, il est interdit de croire que le réchauffement climatique n’est pas dû principalement à l’homme et je ne suis pas qualifié pour me prononcer sur le fond de ce sujet, même si en tant qu’épistémologue je suis critique à l’égard de la notion de consensus scientifique - utilisée pour faire taire tout contradicteur - ou encore aux discours de ceux pour qui les modèles ont la même valeur de vérité qu’une loi de la physique. Les arguments que j’ai lus dans Unsettled, le dernier ouvrage de Steven Koonin, l’ancien conseillé scientifique d’Obama m’ont rendu sceptique sur certaines paroles d’Evangile. Ainsi, alors qu’il est très critique à l’égard du climato-scepticisme ce physicien théorique spécialiste du climat affirme qu’il est impossible de démontrer quelle part occupe l’humanité dans le phénomène du  réchauffement climatique : « La terre sest réchauffée au cours du siècle dernier, en partie à cause de phénomènes naturels et en partie en réponse aux influences humaines croissantes. Ces influences humaines (surtout laccumulation de CO2 provenant de la combustion de combustibles fossiles) exercent un effet physiquement faible sur le système climatique complexe. Malheureusement, nos observations et notre compréhension limitées sont insuffisantes pour quantifier utilement comment le climat réagira aux influences humaines ou comment il varie naturellement. » ( Unsettled, Koonin, 2021, p. 24)

La conclusion qu’il en tire n’est pas qu’il ne faut rien faire et continuer comme avant mais qu’il ne sert à rien de blâmer notre civilisation pour un problème dont elle n’est peut-être qu’en partie responsable, et qu’il faut continuer de lui faire confiance… tout le contraire du discours de Hallam et de tous les catastrophistes.

Un autre cataclysme qui est souvent évoqué et dont on peut se méfier des effets d’annonce est celui de la 6ème extinction. L’érosion de la biodiversité est le deuxième pilier de l’alarmisme. Christian Lévêque un écologue célèbre et auteur de nombreux ouvrages, ancien président de l’Académie d’Agriculture, «  La 6ème extinction est un argument de communication qui na pas de fondements  bien étayés. On cherche vainement les données validées  qui permettent de le confirmer. On est dans la spéculation sur la base dapproximations et de modèles douteux. » Pour Philippe Joudrier, un ancien directeur de laboratoire de l’INRA, on nage dans le vague absolu quand on fait des estimations sur l’érosion de la biodiversité car on ne sait pas combien d’espèces existent, ni combien disparaissent et on ne sait pas combien apparaissent. Enfin, Hervé le Guyader, professeur de biologie évolutive à luniversité, « la sixième extinction massive relève non de la science mais de lidéologie ».

Le climato-catastrophisme et la peur de la 6è extinction posent la question de la scientificité de la collapsologie qui s’en abreuve et de sa capacité à effectuer des prédictions. Force est de constater tout d’abord que la fin du monde en soi est une singularité et donc qu’il n’y a pas de reproductibilité possible d’une telle expérience. Par définition nous ne serons plus là pour constater la fin de notre univers. Nous pouvons toutefois observer des effondrements.  L’ambition de la collapsologie est donc limitée de ce point de vue et elle pourrait vite basculer dans la pseudo-science, car nous n’avons pas de critère de démarcation de la scientificité de cette proposition. En fait au lieu de compiler les données et de tirer des statistiques sans aucun présupposés, les collapsologues posent une hypothèse a priori qui est que la civilisation occidentale nous mène à notre perte et on voit bien dans leurs exposés successifs quils font une sorte de cherry picking de toutes les données qui corroborent leur hypothèse de départ sans tenir compte de celles qui pourraient linfirmer. Ils ont un agenda politique caché….Et comme on le voit au travers de ce discours de Roger Hallam, cet objectif n’est pas de prédire l’effondrement de notre civilisation mais de donner les recettes pour y arriver plus rapidement.


[1] Frédéric Dabi (2021) « La Fracture » Editions Les Arènes

[2] Philippe Charlez (2021) « L’utopie de la croissance verte. Les lois de la thermodynamique sociale » Ed JM Laffont.

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