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Alerte aux lingettes : la malédiction des égouts occidentaux
©Sonia Chapelle / Flickr

Péril en profondeur

Alerte aux lingettes : la malédiction des égouts occidentaux

Contrairement à ce qui est dit dans le commerce, les lingettes hygiéniques ne se dégradent pas aussi facilement, ce qui pose des problèmes notamment pour l'entretien des égouts.

Roland Marion

Roland Marion

Roland Marion est responsable du service Produits et Efficacité Matière à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME). Son service est chargé d'engager les acteurs professionnels dans des démarches de conception de leur produit qui soit plus durable et plus respectueuse de l'environnement. Cela passe par l'éco-conception, mais également la lutte contre l'obsolescence programmée et l'augmentation de la durée de vie des produits, le développement des filières de recyclage et de valorisation des produits en fin de vie. 

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Atlantico : Quel est l'impact environnemental de produits tels que les serviettes hygiéniques et les lingettes pour le corps ? Comment peut-il se mesurer ? 

Roland Marion : Alors que le mouvement général est à une diminution des volumes de déchets, et tout particulièrement des déchets non valorisés, les déchets issus de textiles sanitaires (lingettes, serviettes hygiéniques,..) progressent très fortement années après années. Elles atteignent désormais 8% de nos ordures ménagères et dépassent très largement le million de tonne de déchet annuellement généré en France. 

Leurs impacts environnementaux sont multiples. Premièrement, et cela explique en partie pourquoi leur volume augmente si sensiblement dans nos ordures ménagères résiduelles, elles sont assez peu valorisables, pour ne pas dire pas du tout. Tandis que les technologies permettent désormais de donner une seconde vie à tous les matériaux "secs et durs", et que la collecte et la valorisation des déchets organiques s'organise de plus en plus efficacement, les voies de valorisation des protections hygiéniques restent inexistantes, en raison essentiellement des aspects sanitaires. Afin d'éviter d'encombrer les décharges dont la gestion restera une charge pour les générations futures, tout juste peut-on envisager une incinération qui peut permettre de récupérer de l'énergie: les matériaux qui composent les textiles sanitaires disposent intuitivement d'un bon rendement calorifique. Cette voie de valorisation, quoi que non idéale, permet d'éviter le pire, qui est encore souvent pratiqué: s'en débarrasser avec les eaux usées. Elles finissent inévitablement dans ce dernier car par un dommage technique, environnemental ou les deux, nos réseaux de collecte des eaux usées et nos stations d'épuration ne sont pas dimensionnées pour ce type de déchet! 

Le deuxième impact environnemental principal est lié à la phase de fabrication des protections. Les matériaux qui les composent (coton, plastique) puisent dans les ressources et nécessitent en particulier une grande quantité d'eau. Ensuite, l'acheminement génère des consommations d'énergie. 

Sur ces impacts, la recyclabilité et les impacts liés à la fabrication, les consommateurs n'ont que peu de moyen pour améliorer l'aspect environnemental. 

Quelles sont les mesures prises par les organismes de protection de l'environnement et le gouvernement pour encadrer l'utilisation de ces produits ? Comment ont évolué les réglementations en matière de protection de l'environnement pour ces produits ?  

Les lingettes, serviettes, couches et cotons représentent une part importante des déchets des ménages. Or il se trouve qu'elles présentent assez peu, voire pas du tout, de filières de valorisation. Les politiques françaises et européennes vont pourtant dans le sens de réglementations favorisant l'émergence d'une économie plus circulaire, où le triptyque "produire - consommer - jeter" se voit remplacé par une production plus durable, une moindre consommation des ressources, une prévention plus importante de la quantité des déchets générés et un recyclage plus systématique. C'est très exactement le sens de la loi de transition énergétique pour une croissance verte, promulguée en août 2015, et qui vise en son titre 4 d'inscrire la question des déchets dans cette dynamique d'économie circulaire. Sans solution réelle de valorisation matière, c'est donc avant tout la prévention qui est privilégiée au sujet des lingettes, en favorisant l'emploi de produits réutilisables et disposant d'une durée de vie plus élevée. La prévention est la première priorité en matière de hiérarchie des mode de traitement, imposée par la directive européenne et reprise en droit français dans le code de l'environnement. 

Concernant les serviettes hygiéniques, les modes de production eux-mêmes doivent être revus afin de privilégier ceux qui auront un impact moindre sur l'ensemble du cycle de vie.

Existe-t-il des alternatives plus éco-responsables pour les consommateurs ? Comment peuvent-ils faire attention à l'impact environnemental des lingettes ?  

Si nos moyens, en tant que consommateurs, sont limités en ce qui concerne la recyclabilité et les modes de production, il ne faut pas oublier que nous sommes, toujours comme consommateur, au coeur et souvent à l'origine des impacts car les produits que nous consommons sont fabriqués, transportés et utilisés par et pour les consommateurs. Il y a donc toujours moyen, par nos choix de consommation et d'achat, d'orienter et d'améliorer les choses. 

Sur la question particulière des protections hygiéniques, il faut viser l'achat de produits qui ont recours à des matières premières durables, qui limitent les substances dangereuses. La conception écologique des produits est un levier puissant pour améliorer les impacts sur l'ensemble du cycle de vie. C'est dans cette perspective que le cahier des charges de l'Ecolabel Européen, que soutient l'ADEME, à été développé. Il comprend un volet spécifique sur les textiles sanitaires. Pour obtenir ce label d'excellence, une garantie est apportée, en plus d'exigences fortes en termes de qualité fonctionnelle du produit (en particulier en matière d'absorption), sur les aspects suivants : il faut que le coton soit issu de l'agriculture biologique (qui permet de lutter contre le risque de résidus de substances dans les tampons par exemple) et deuxième aspect, il faut qu'il y ait une absence de substances extrêmement préoccupantes visées par REACH. 

Le label écologique de l'Union européenne ne peut pas être accordé aux produits qui contiennent des substances ou des préparations ou mélanges classés comme toxiques, dangereux pour l'environnement, cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques. On le voit donc bien par cet exemple, une conception respectueuse de l'environnement est aussi une conception respectueuse de la santé et qui garantit, par la limitation du recours systématique aux produits chimiques, une exposition au risque beaucoup plus faible. Et cela, en particulier sur le sujet précis des protections hygiéniques, est fondamental et de plus en plus recherché par les consommateurs. 

Ce référentiel européen sur les textiles sanitaires est très récent, et plusieurs industriels viennent de démarrer l'adaptation de leur méthodes de production afin d'être certifiés écolabel européen et bénéficier de cette garantie de conception plus vertueuse. Ils ont raison, car pour des questions sanitaires et environnementales, les consommatrices vont se tourner massivement vers ce type de produit. En attendant, les premières certifications Ecolabel Européen, on peut dès à présent acheter les produits porteurs du label Nordic Swan dont les exigences sont relativement proches. 

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