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3 ans après le massacre de l’Hyper Cacher, panorama du problème persistant de l’antisémitisme chez les musulmans de France
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Fléau

3 ans après le massacre de l’Hyper Cacher, panorama du problème persistant de l’antisémitisme chez les musulmans de France

En 2016, 335 actes antisémites ont été enregistrés contre plus de 800 en 2015 selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Bien que la chute soit nette, les actes antisémites continuent de joncher l’actualité, incitant souvent d’autres passages à l’acte.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Aujourd'hui quelle réalité peut-on dresser de l'antisémitisme de la population musulmane en France ?

Jérôme Fourquet : C'est une réalité aussi délicate que difficile à établir. L'IFOP a réalisé pour la Fondapol une enquête intitulée "L'antisémitisme dans l'opinion publique française" en novembre 2014, soit quelques mois avant Charlie. On mesurait sur l'opinion publique globale et sur un échantillon de personnes se déclarant de confession ou de culture musulmane on observait la prévalence d'opinions et clichés antisémites par rapport à l'opinion publique globale. 

En 2015 le nombre d'actes antisémites a diminué. Il y a plusieurs explications qui ne sont pas contradictoires. D'abord une prise de conscience y compris dans les milieux les plus antisémites. Ce n'est pas forcément l'hypothèse la plus plausible dans la mesure où historiquement on voit qu'un acte antisémite à fort retentissement médiatique engendre une multiplication des actes antisémites. 

Deuxième explication : après janvier 2015  et le déploiement d'un système de sécurité hors du commun et le déploiement de très nombreux militaires et forces de l'ordre devant les lieux confessionnels juifs. La protection policière et sécuritaire accordée a pu aussi contribuer à faire remonter le degré de sécurité dans ces quartiers. 

Nous avions construit un indicateur d'antisémitisme où l'on avait testé six items antisémites auprès de la population générale et de la population de culture ou confession musulmane. Pour chaque item, le sondé devait dire s'il était d'accord avec l'item ou pas. Dans la population générale, 53% de la population n'indiquaient aucun oui sur les 6 items, soit 47% qui indiquaient au moins un stéréotype antisémite. 83% de la population de culture ou confession musulmane interrogée sur les mêmes items répondait par l'affirmative à au moins un des six items.

Seulement 9% de la population générale était d'accord avec cinq ou six stéréotypes sur six alors que dans la population de culture ou confession musulmane on est à 29%. Bien évidemment. Bien évidemment on a aussi toute une partie de la même population qui partage très peu de ces stéréotypes ou aucun. Toute la population est donc loin d'être travaillée par des clichés antisémites mais il y a toujours une prévalence de ces clichés dans la population de culture ou confession musulmane par rapport à la population générale. C'est corrélé par le fait que lorsque vous analysez les données sur les incivilités ou les agressions antisémites il y a une forte représentation du public maghrébin. Evidemment ces chiffres restent à manier avec prudence et il est encore tôt pour dire que l'acte de l'incendie de l'épicerie casher de Créteil est de nature antisémite même si l'épicerie a été victime de tags antisémites la semaine dernière.

Comment peut-on expliquer pics d'actes antisémites au fil des ans ?

La montée de l'antisémitisme depuis le début des années 2000 peut s'expliquer de plusieurs manières. Une partie significative de cette délinquance était commise par des populations issues de la communauté arabo musulmanes avec en toile de fond ce que l'on a appelé l'importation du conflit israélo-palestinien dans les banlieues. On peut aussi expliquer cette montée des actes antisémites avec le terreau historique et culturel qui peut être enflammé ou agité en fonction de la situation internationales et des tensions au Proche-Orient. Nous avons constaté qu'à chaque fois qu'il y avait des affrontements, il y avait une réplique en Franc avec une montée des actes antisémites. Un schéma qui est allé jusqu'à prendre la tournure d'actes terroristes avec l'affaire Merah ou l'Hyper Casher en 2015. On avait vu qu'après l'affaire Merah ou celle du gang des barbares, il y avait eu un effet d'amplification par un effet mimétique. Des événements comme ceux-ci agissent comme des éléments déclencheurs pour des individus "déjà chauffés à blanc" qui passent à l'acte en fonction de l'écho médiatique qu'ont eu ces actes.

Comment réagit la communauté juive de France dans ce contexte ? 

Les actes antisémites qui sont commis soit en écho ou en mimétisme d'événements marquants de l'actualité enflamment un peu plus une situation déjà difficile à vivre et vient renforcer le sentiment d'insécurité de la communauté juive.

Les départs vers Israël, la droitisation de l'électorat juif, tout cela est en partie lié avec la très forte montée du sentiment d'insécurité dans cette communauté, sentiment alimenté depuis le début des années 2000 par une montée de la délinquance contre la communauté juive. 

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