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Sur le plan politique, Arnaud Montebourg semble prendre une direction plus" protectionniste" que celle de François Hollande.
Sur le plan politique, Arnaud Montebourg semble prendre une direction plus" protectionniste" que celle de François Hollande.
©Reuters

Démondialisation ?

Zizanie au gouvernement : la délocalisation des centres d’appels révèle les fractures de la gauche sur la mondialisation

Le Syndicat des transports d'Ile-de-France, présidé par le président socialiste de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, s'apprête à délocaliser un de ses services d'assistance téléphonique au Maroc, menaçant de facto 80 emplois en France. Malgré le désaccord du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, François Hollande assure que "les règles ont été respectées".

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Atlantico : Le Syndicat des transports d'Ile-de-France, présidé par Jean-Paul Huchon, s'apprête à délocaliser un de ses centres d'appels au Maroc. Malgré le désaccord d'Arnaud Montebourg, François Hollande assure que "les règles ont été respectées". Cette affaire est-elle révélatrice des lignes de faille au sein de la gauche entre les socialistes acquis aux idées libérales et les partisans du protectionnisme et de "la démondialisation" ?

Christophe de Voogd : Dans cette affaire, il y a à la fois une dimension économique et politique.

Sur le plan économique, cette controverse repose l'éternelle question de la compétitivité de manière éblouissante. Il est d'ailleurs savoureux de voir que Jean-Paul Huchon lui-même constate que le coût du travail est trop élevé en France. La bonne nouvelle, c'est que le PS reconnaît enfin le problème de compétitivité de l'économie française lié au coût du travail !

Sur le plan politique, Arnaud Montebourg semble prendre une direction plus" protectionniste" que celle de François Hollande. Mais s'agit-il vraiment d'une direction politique différente ou simplement d'un positionnement politique ? Toute la question est de savoir quelle est véritablement la conviction profonde de Arnaud Montebourg. Son positionnement sur "la démondialisation" se comprenait parfaitement dans le contexte de la primaire socialiste : Arnaud Montebourg devait marquer sa différence. 

L'alliage François Hollande/Arnaud Montebourg est-il cohérent ? 

Il y a deux hypothèses. Il y a peut-être une opposition réelle de ligne économique entre Arnaud Montebourg et François Hollande. Le second acceptant plus facilement les règles européennes.

Mais il n'est pas impossible que cette opposition soit avant tout une répartition des rôles entre les gestionnaires et les doctrinaires. Le président de la République incarne une gauche réaliste tandis que le ministre du Redressement productif endosserait le costume du tribun chargé de catalyser l'émotion populaire. La répartition des rôle entre les gestionnaires et les tribuns fait parti du jeu politique classique. C'est une répartition des rôles que la droite connaît aussi. On peut faire confiance à François Hollande, dont on connaît l'habileté pour exploiter les deux registres. Cela correspond à sa rhétorique inclusive qu'on a encore entendue aujourd'hui : faire ceci tout en n'oubliant pas cela.... avec toujours derrière l'idée de synthèse.

Le PS a-t-il digéré le tournant de la rigueur de 1983 qui consacre sa conversion définitive au libéralisme économique ? 

Je pense que le programme de François Hollande n'aurait pas été ce qu'il a été si la gauche n'avait pas digéré cette conversion. Globalement, la ligne du PS durant la campagne est une ligne "social démocrate" réformiste. En revanche, il est vraie qu'une minorité du parti et un certain nombre d'électeurs n'acceptent pas cette évolution. 

Par ailleurs, le clivage idéologique autour de la question européenne qui avait divisé le parti lors du référendum sur le traité constitutionnel n'a toujours pas été tranché.

Le protectionnisme européen prôné par Arnaud Montebourg n'est-il pas une solution pour protéger la France de la concurrence étrangère ?  

Les gens sont favorables au protectionnisme, mais sont ravis lorsqu'on leur propose un forfait téléphonique pour un coût très bas. L'ouverture du marché et la concurrence européenne profitent au consommateur.

En revanche, il est nécessaire de se protéger de la concurrence déloyale. Nous ne pouvons le faire qu'au niveau européen. A l'échelle européenne, on peut certainement évoluer vers plus de protection. Le "Buy European Act" souhaité par Nicolas Sarkozy et repris par François Hollande constitue une piste intéressante. 

Mais au niveau intra-européen, nous avons totalement dépassé le stade du protectionnisme : nos économies sont beaucoup trop imbriquées. Lorsque les politiques évoquent le protectionnisme, il y a toujours une ambiguïté. Parlent-ils vraiment de protectionnisme européen ou de protectionnisme national ? 

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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