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Entre 2010 et 2013, la valeur de Yuans échangés à l'international a triplé.
Entre 2010 et 2013, la valeur de Yuans échangés à l'international a triplé.
©Reuters

Casse-tête chinois

Yuan : la stratégie secrète des autorités chinoises pour détrôner le dollar

La Chine est en train de mettre en place une stratégie qui consiste à internationaliser le yuan, en rendant possible la sortie et le retour de la monnaie servant à régler des factures avec des pays tiers.

Jean-François Di Meglio

Jean-François Di Meglio

Jean-François Di Meglio est président de l'institut de recherche Asia Centre.

Ancien élève de l'École normale supérieure et de l'Université de Pékin, il enseigne par ailleurs à l'IEP Lyon, à l'Ecole Centrale Paris, à HEC ParisTech, à l'École des Mines Paris Tech et à Lille I.

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Atlantico : Entre 2010 et 2013, la valeur de yuans échangés à l'international a triplé, en passant de 34 milliards à 120 milliards. Qu'impliquerait le fait d'une internationalisation du Yuan ? Quelle stratégie la Chine a-t-elle en tête ?

Jean-François Di Meglio : La stratégie de la Chine est de s'intégrer dans le "concert des monnaies" en préservant les intérêts de la Chine et en évitant les erreurs commises par le Japon et peut-être même les Etats-Unis ou l'Europe. Il s'agit d'acquérir une marge de manœuvre dans les échanges tout en préservant la souveraineté de la devise.

Depuis quand les autorités chinoises pensent-elles vraiment à internationaliser le yuan ? Quels bénéfices souhaitent-t-elles en tirer ?

Il faut d'abord rappeler qu'internationaliser est en général synonyme de "rendre convertible" et qu'il n'y a pratiquement pas d'exemple de devise internationale non convertible dans le système "post Bretton Woods".

La Chine a commencé à envisager l'internationalisation du yuan entre la crise asiatique de 1997 et la crise financière mondiale de 2008. La crise asiatique a démontré les risques d'avoir une totale libéralisation/convertibilité alors que la Chine aurait pu s'orienter plus vite vers un modèle "à la taiwanaise" d'ouverture relativement rapide de son compte de capital et donc la convertibilité (ouverture d'autorisation pour des étrangers d'investir en Bourse, autorisation pour des résidents d'investir à l'étranger).

La crise financière mondiale a démontré les risques d'abandonner au seul dollar le "privilège exorbitant" d'être la devise mondiale.

La Chine a donc souhaité diversifier ses moyens de paiement tout en laissant aux US la charge de la politique monétaire mondiale, sans pour autant prendre trop de risques de change pour la Chine en conservant trop d'avoirs en dollars qui risquaient de se dévaluer donc d'occasionner des pertes.

La banque centrale a ainsi diversifié très graduellement ses réserves et l'internationalisation a consisté a rendre possible la sortie (et le retour) de yuans servant à régler des factures avec des pays tiers, essentiellement pour des matières premières et sous forme "d'accord de swaps".

Quelles pourront être les erreurs commises par les autorités chinoises si elles allaient trop vite vers un yuan convertible ?

Les erreurs sont anticipées et le rythme est clairement établi au regard des risques encourus, d'où la grande progressivité. Les erreurs commises par exemple par le Japon qui a contre son gré liberalisé sa devise et l'a partiellement internationalisée sont connues et seront évitées. Elles pourraient aussi consister par exemple à "se croire trop riche" en faisant confiance à une trop rapide et exagerée appréciation du yuan (comme le yen dans les années 90), conduisant à des achats d'actifs internationaux trop chers et risquant (comme l'immobilier américain acheté par les Japonais) de perdre de la valeur.

Le principal risque, mais il est bien cerné, serait de fragiliser le système bancaire et financier domestique, en levant les barrières protectionnistes qui le protègent du fait de l'inconvertibilité.

Le yuan a-t-il déjà des chances de rivaliser avec l'euro ou le dollars ?

Absolument, mais pas avant dix ou quinze ans et sans doute pas dans la même configuration géopolitique.

Il faudrait aussi un nouveau système financier, doté de règles différentes, y compris concernant la totale liberté de circulation de capitaux.

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