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Yannick Jadot s'exprime lors d'une conférence de presse après avoir remporté la primaire des écologistes à Pantin, dans le nord de Paris, le 28 septembre 2021.
Yannick Jadot s'exprime lors d'une conférence de presse après avoir remporté la primaire des écologistes à Pantin, dans le nord de Paris, le 28 septembre 2021.
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

EELV

Yannick Jadot et l'immigration : Tout va très bien madame la marquise…

Alors que les nouveaux chiffres de l’immigration publiés par l’Insee ont été commentés dans la presse, Yannick Jadot, qui vient de remporter la primaire des écologistes, s'est confié sur cette réalité auprès de France Inter.

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant, formateur et consultant. Ancien membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration. Dernier ouvrage : Laïcité, émancipation et travail social, L’Harmattan, sous la direction de Guylain Chevrier, juillet 2017, 270 pages.  

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Yannick Jadot, député européen EELV, vient de remporter la primaire des écologistes, et est donc à présent candidat à l’élection présidentielle. Il était l'invité du journaliste Nicolas Demorand, le 21 septembre dernier sur France inter. Au moment où la presse revient sur les nouveaux chiffres de l’immigration publiés par l’Insee après ceux du ministère de l’intérieur, et que ce sujet passe même devant celui du prix de l’énergie, pour Yannick Jadot, la question n’existe pas, sinon pour trouver un logement à chaque migrant se trouvant dans la rue. Il prône de fait, dans la plus pure tradition écologiste, l’accueil inconditionnel. Mais le meilleur est à suivre : « Quand je vais dans les quartiers Nord de Marseille, à Hénin-Beaumont, où le populisme monte, où il y a des problèmes sociaux extraordinaires, des problèmes de sécurité publique extraordinaires, qu’est-ce qu’ils demandent nos concitoyens ? Ils demandent que l’on s’intéresse à eux, qu’on isole leur logement, parce qu’ils en ont marre d’emmener leurs gamins chez le médecin, ils en ont marre d’avoir froid, ils demandent à avoir une alimentation de qualité, ils demandent à avoir du boulot. Sans projet partagé on n’est que dans la division et l’exclusion… ». Difficile d’être plus dans le déni, agrémenté d’un cinglant mépris pour les problèmes de ceux dont il parle en bottant ainsi en touche. Voyons donc, concernant l’immigration en France, l’écart entre l’approche d’un Yannick Jadot et les faits.

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Les chiffres de l’immigration en France

Selon l’Insee, en 2020, 6,8 millions d'immigrés vivent en France, soit 10,2 % de la population totale. 2,5 millions d'immigrés, soit 36 % d'entre eux, ont acquis la nationalité française. La population étrangère vivant en France s'élève à 5,1 millions de personnes, soit 7,6 % de la population totale. 8,5 millions de personnes vivant en France sont nées à l'étranger, soit 12,7 % de la population. Le Haut Conseil à l’intégration, reprenant les chiffres de l’Insee, considérait déjà en 2011, que les personnes immigrées ou d’enfants ayant au moins un parent immigré qui résident en France, étaient 11,5 millions, soit 19% de la population française. Le motif d’une installation durable reste de très loin celui du regroupement familial, avec 90 502 situations pour un premier titre de séjour. 47,5 % des immigrés vivant en France sont nés en Afrique. 32,2 % sont nés en Europe.

Ce que montre le graphique de « l’Evolution de la population immigrée en France de 1921 à 2020 », c’est une augmentation en flèche la plus forte depuis la fin de la seconde guerre mondiale, entre 2000 et 2020. Le solde migratoire des immigrés est passé de + 133 000 en 2009 à + 222000 en 2016 pour baisser légèrement + 198 000 personnes en 2017. Mais la courbe est d’une clarté limpide, y compris lorsque l’on regarde l’augmentation des titres de séjours délivrés. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, ils ne cessent de s’envoler, passant de 193120 en 2012 à 230.353 en 2016 et à 277406 en 2019. Ces chiffres sont représentatifs de la poussée migratoire de ces dernières années. L’Aide Médicale d’Etat, qui est donnée après trois mois de séjour irrégulier en France, atteint le chiffre considérable de 320.000, donnant aussi une idée de cette évolution. Ces personnes viendraient-elles massivement ainsi en France, parce que celle-ci serait invivable pour eux ?

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Concernant la question de savoir où résident les immigrés, l’Insee répond sans ambiguïté : « Les immigrés arrivés en France depuis moins de cinq ans s'installent dans les lieux où résident déjà les immigrés des vagues plus anciennes. » Autrement dit, le risque de regroupements communautaires, avec celui de séparatisme qui peut en dériver, n’ont pas pour origine on ne sait quelle volonté de créer des ghettos, mais celle des premiers concernés. Sans compter avec l’accueil à bras ouverts, par le passé, d’une immigration issue de la décolonisation, et plus encore, par une banlieue rouge dont les élus étaient obnubilés par une solidarité internationale qui a tourné à la désillusion. Le regroupement familial a fait le reste, devenu la principale cause d’immigration, depuis le choix qui en a été fait en 1974.

Autre élément, la loi de mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion de 2009, dite Loi Boutin, a entendu imposer une mobilité des locataires pour « permettre un recentrage vers les ménages les plus modestes ». Ce qui a abouti avec la politique des surloyers à faire fuir du parc social les plus modestes des classes moyennes qui s’y étaient maintenues jusque là, bon an mal an. Les personnes immigrées sont ainsi devenues les seules, en raison de leurs conditions de ressource, à pouvoir en bénéficier. S’il y a des ghettos, c’est au nom des pauvres qu’on les a aussi créés. Lamentable erreur propre à une politique des bons sentiments dont on sait combien l’enfer en est pavé. Et maintenant, on pleure sur la mixité sociale en donnant des arguments à ceux qui taisent la cause de son absence pour justifier de crier aux discriminations, en éludant toute réponse aux problèmes à traiter.

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37851 titres séjour pour raison humanitaire ont été octroyés en 2020, avec pour premières nationalités Afghanistan, Bangladesh, Pakistan, Guinée, Turquie… S’imagine-t-on que l’essentiel de ces personnes va s’intégrer culturellement comme par magie, parce qu’elles recherchent un lieu de vie plus viable que le leur ? Qu’il suffît comme le dit ce candidat de leur donner « du boulot » ? Elles viennent de pays bien que fuis, avec leur charge de traditions et de religions, fréquemment aux antipodes de notre modernité démocratique. Ce qui implique de fortes exigences d’intégration. Là encore on est loin du « circulez il n’y a rien à voir ! »

On pointe un fort niveau de chômage chez les personnes immigrées et leurs descendants pour justifier l’idée de discrimination massives envers eux, mais jamais on n’évoque la réalité de leur situation, par exemple, au regard du diplôme. L’impact du niveau d’études des parents sur le diplôme obtenu est pourtant de première importance sur les inégalités de destin, selon une étude d’infos migrations du ministère de l’Intérieur. Ainsi, « près d’un quart des parents d’immigrés n’a jamais été scolarisé. Cette proportion s’élève à 11 % pour les parents de descendants d’immigrés et à seulement 1 % pour les parents des personnes sans lien avec la migration. » (…) « Les immigrés sont deux fois plus souvent non-diplômés que les descendants d’immigrés et les personnes sans lien à la migration » Comment imaginer que cela puisse être sans conséquences. Le diable gît dans ces détails décidément que certains entendent à tout prix gommer. On notera l’évolution constante, depuis plusieurs années, de la part des étrangers dans les personnes détenues, qui atteint en 2020 23,2% (Ministère de la Justice), alors qu’ils ne représentent que 7,6 % de la population française. Et si on remontait, pour les détenus Français, à la nationalité de l’un de leurs deux parents, les chiffres donneraient quoi ? Une enquête relayée par la revue Sciences humainesen 2010 (1) montrait que dans « 51 % des cas, le père d’un détenu est né hors de France et plus généralement en Afrique ». On peut aussi se référer à ce que nous en dit Ouest-France en mars dernier, avec un titre éloquent :« On n’a jamais vu ça » : les autorités à la peine face à la délinquance des mineurs étrangers ». On ne fantasme donc pas, il y a bien des problèmes sociaux, d’insécurité, d’intégration. Ce n’est pas du racisme ou le seul fait d’une vision délirante propre à du populisme. Ne nourrirait-on pas ce dernier au contraire, par cette tendance au déni qui frise l’imposture ? La maîtrise des flux migratoires est donc, on ne saurait l’ignorer, un enjeu politique majeur pour la nation. Il en va de certains équilibres internes à la société française, autant que de faire une place acceptable à ceux qui y sont accueillis. Ne pas vouloir le voir, c’est jouer contre notre société, et les personnes immigrées elles-mêmes.

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Yannick Jadot candidat porte le mandat d’une organisation, la même que celle de Sandrine Rousseau, dont il endosse l’écoféministe, avec sa revanche dite « de tous les dominés : les femmes, les racisés et même (de) la nature »... Une idéologie pensant tout en termes de minorités, de tribus, rejoignant ce fonds de commerce propre à un modèle du multiculturalisme anglo-saxon, auquel les écologistes sont acquis depuis toujours, poussé ici jusqu’à son comble. EELV verse ainsi dans cette nouvelle tendance du gauchisme français désignée sous l’appellation de « décoloniaux », dont la principale activité consiste dans un procès permanent en racisme de la France. C’est la désignation d’une pseudo « population majoritaire », accusée de reproduire des rapports de domination hérités du colonialisme voire, n’étant pas à une énormité près, de l’esclavage. Ce dernier qui a été aboli dans l’hexagone, rappelons-le, avec le servage, depuis 1315. Rien à voir avec l’amalgame recherché, particulièrement depuis l’affaire Georges Floyd, avec des Etats-Unis d’Amérique qui ont pratiqué, massivement un temps, l’esclavage sur leur sol puis la ségrégation. Le peuple français n’a jamais eu d’esclaves, sinon quelques aristocrates qui contournaient la loi et ont été même parfois poursuivis devant les tribunaux, sous l’Ancien régime. Lorsque des négriers faisaient escale dans des ports de la France métropolitaine, les esclaves sortaient des cales et étaient affranchis. La Révolution française abolira l’esclavage et la traite dans les possessions françaises (1794) et définitivement, après un retour de cette inhumanité sous Napoléon, en 1848 (Seconde République). La République ne les toléra jamais. Quant au colonialisme, on l’a dépassé depuis longtemps par le haut, même si cela dû passer par des tourments, pour donner aux anciens colonisés d’hier les mêmes droits que tous. Une égalité favorisant le mélange, qui a abouti à ce que soyons l’un des pays dont le nombre de couples mixtes fait partie des plus élevés au monde, 15 % en 2018. 27%, si on compte les unions des Français à l’étranger. Ils représentaient 6 % en 1950. (mariage français-étrangers).

Si rien n’est parfait, il y a tout de même pire que ce tableau. Au top des personnalités les plus aimées des Français, ne trouve-t-on pas Jamel Debbouze ou Omar Sy ? On confond promotion de la diversité, qui assigne les individus à des tribus, à celle de la singularité qui libère, en faisant de l’autonomie de la personne la question essentielle, celle d’un véritable Etat de droit qui protège avant tout le libre choix de soi, contre toute emprise de tel ou tel groupe. Voilà bien ce que la République assure, entre droits et devoirs.

Immigration et démagogie, ne pas trop jouer avec le feu

Il y a dans cette candidature, quelque chose du prestidigitateur qui à la fin nous dira, lorsqu’on en sera à l’addition, que ce n’était qu’un tour d’illusionnisme, et tant pis pour les doux rêveurs. En attendant, que chacun se le dise, voter Jadot, c’est un peu comme jouer avec une boîte d’allumettes, sans savoir que le feu, ça brûle.

1- Sciences Humaines -Les Grands Dossiers n°18 France 2010, les grands défis, Mars-avril-mai 2010. Cité par Philippe Combessie, In Martine Herzog-Evans (dir.) La prison dans la ville, Erès, 2009.

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