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Unité nationale pour l’emploi : les 5 erreurs à éviter pour qu’elle ne se transforme pas en échec pour tous
©REUTERS/Eric Gaillard

Unité nationale ou échec pour tous ?

Unité nationale pour l’emploi : les 5 erreurs à éviter pour qu’elle ne se transforme pas en échec pour tous

Après huit années de crise, et dans une ambiance d’union nationale, François Hollande se prépare à annoncer les détails de son nouveau plan en faveur de l’emploi. Mais pour éviter d’échouer « tous ensemble », les dirigeants politiques français devront d’abord remettre en question leurs certitudes. Car les faits, eux, ont changé.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Suite au « choc » des élections régionales, François Hollande prépare sa riposte, et celle-ci a un objectif prioritaire : la lutte contre le chômage. Ainsi, et après l’appel de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin en faveur d’un pacte républicain, la réaction du chef de l’Etat s’inscrit dans une logique d’union nationale, cherchant à associer les partis de gouvernement autour d’un plan d’urgence sur l’emploi. A ce jour, seuls les thèmes généraux semblent être fixés ; entre la formation des chômeurs, les emplois de service et l’apprentissage des jeunes.

Cependant, si une communion « au-delà » des partis parvenait à se former sur de telles questions, abolissant toute forme d’esprit partisan, les résultats d’une telle politique deviendront essentiels. Car le risque majeur serait « d’échouer tous ensemble », ce que ne manqueront pas de remarquer les électeurs. Les excuses partisanes n’existeront plus, l’obligation de résultats n’est donc plus une simple formule. Or, pour atteindre des résultats tangibles, l’union nationale devra s’atteler à éviter les écueils habituels qui ont étouffé l’ensemble des actions gouvernementales en faveur de l’emploi depuis 2008.

Le diagnostic

La version majoritaire, partagée aussi bien par le chef de l’Etat que par une large majorité de la droite, est que la France souffre de maux parfaitement identifiés; un coût du travail trop élevé, une rigidité insupportable du code du travail, les 35 heures etc., c’est-à-dire un environnement défavorable à la création d’emplois, ou mieux encore, une problématique dont la responsabilité repose sur un diagnostic de l’offre. Il suffirait d’agir sur ces points pour enfin assainir la situation du pays. C’est facile finalement, il ne manque que le courage d’agir. Pourtant, bien que le cadre économique du pays ne soit pas très différent aujourd’hui de ce qu’il était avant crise, le taux de chômage avait atteint un plus bas de 30 ans au premier trimestre 2008, soit 7.1% selon les chiffres de l’INSEE. Ce taux s’affiche désormais à 10,6%, pour le troisième trimestre 2015. Ainsi, sans différence notable du côté de l’offre depuis 2008, il reste à expliquer comment une hausse de 3,5 points de chômage en 7 années a pu se produire. Soit 1,6 millions chômeurs supplémentaires depuis le mois de mars 2008.

De plus, un tel diagnostic de l’offre semble oublier que la crise a frappé le monde entier. Le code du travail français n’est pas responsable du massacre économique mondialisé de 2008, ce qui signifie qu’ « autre chose » a bien dû se passer. Enfin, il est également possible de se tourner vers les économies qui sont parvenues à s’extirper de cette crise avec succès, c’est-à-dire les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, ces deux pays qui ont traité cette crise sous l’angle de la….. demande. Avec des taux de chômage qui s’établissent à un niveau proche de 5% en cette fin d’année 2015, les Anglo-Saxons méritent bien une seconde d’attention. Heureusement, la situation de la « demande » est parfaitement quantifiable, il suffit donc d’observer si celle-ci a subi, ou non, un choc depuis 2008 :

Evolution de la demande (PIB à prix courants) par rapport à sa tendance antérieure (1999-2008). Source INSEE

Bien que le scénario d’une crise de l’offre semble être une évidence pour tous, il n’en reste pas moins que la demande est en train d’affronter sa pire crise depuis 1929, avec un manque à gagner représentant plus de 20 points de PIB depuis 2008. Soit il s’agit d’une curieuse coincidence n’ayant aucun effet sur l’économie, soit la France est totalement déséquilibrée par un gigantesque choc de la demande. Confronté à une telle réalité, le diagnostic reposant sur une problématique d’offre devient dangereusement risible. Ainsi, pour que l’executif puisse délivrer des résultats, il serait déjà utile de poser un diagnostic correct sur la crise qui frappe le pays. Car si une crise de l’offre se règle avec des mesures conformes aux mesures envisagées par l’executif, une crise de la demande se traite efficacement avec un plan massif de relance monétaire, ce qui n’est pas exactement la même chose.

La dette

Ici encore, l’idée d’une dette publique trop élevée suscitant la méfiance des acteurs économiques est largement partagée sur l’ensemble du spectre politique. La réduction de cet endettement apparaît alors comme étant une priorité permettant le retour de l’appétit des investisseurs pour l’économie française. Mais encore une fois, en confondant cause et symptôme, les décideurs ne font qu’organiser l’assurance d’un échec supplémentaire. En effet, la hausse de l’endettement n’est qu’une conséquence naturelle de l’effondrement de la demande. Le graphique ci-dessous démontre bien cette parfaite corrélation entre baisse du PIB et explosion du niveau d’endettement du pays.

Evolution de la demande (PIB à prix courants) par rapport à sa tendance antérieure (1999-2008)- axe de gauche / et dette sur PIB au sens de Maastricht. Source INSEE

Or, la différence entre cause et sympôme est primordiale en l’espèce. En effet, toute réduction des dépenses publiques, dans le but de réduire le niveau d’endettement, va avoir pour effet de réduire encore un peu plus la demande, ce qui provoquera, en conséquence, une hausse du niveau de dette et du chômage. Une politique de tirage dans le pied ou quand la cure alimente le mal, ce qui n’est rien d’autre que l’effet produit en Espagne, en Grèce, et dans tous les pays qui ont usé de cette misérable stratégie de sortie de crise. A l’inverse, une politique de rétablissement de la demande par la voie monétaire permet de stabiliser le niveau d’endettement, non pas en réduisant les dépenses, mais en se consacrant au dénominateur, c’est-à-dire le PIB.

Le modèle Allemand

Le consensus est total. Le modèle allemand doit être suivi. L’argument phare de cette vérité révélée est que l’Allemagne affiche un taux de chômage de 4,5% en cette fin d’année 2015, alors que la France reste embourbée dans un taux de chômage de 10,6%. YAPLUKA. Il suffit de faire la même chose que l’Allemagne pour que l’emploi retrouve des couleurs en France. Pourtant, en regardant les statistiques de plus près, un grain de sable vient faire dérailler cette superbe logique. En effet, si les deux pays souffraient conjointement d’un taux de chômage supérieur à 10% au moment de leur entrée dans l’euro, c’est-à-dire en 1999, la création d’emplois dans les deux pays n’a pas été très différente depuis cette date. Au cours des 16 dernières années, l’emploi total allemand a progressé de 9,54% (source Destatis) contre 8,45% pour la France. Et ce, alors même que l’Allemagne ne proposait pas de salaire minimum, ce qui explique que plusieurs millions d’emplois allemands se situent bien en deça du seuil du SMIC français. Bizarrement, à performance quasi équivalente sur le front de l’emploi, les deux pays parviennent à être totalement déséquilibrés concernant le chômage, avec un différentiel de plus de 5 points. Comment est-ce possible ? La réponse est simple. La population active française a augmenté de 10,57% entre 1999 et 2014, contre 5,67% en Allemagne. Soir un écart de 5 points, ce qui suffit à justifier la totalité du différentiel entre les deux économies. Le miracle allemand n’a que peu à voir avec les réformes Schroeder, il n’est que la conséquence de la faiblesse démographique du pays. Avant de vouloir copier le mircale allemand, il reste quand même nécessaire d’en comprendre les causes réelles.

La reprise en mains de la politique économique européenne

La conséquence de ces deux premiers points est que la stratégie économique poursuivie au niveau européen, faite de réformes structurelles et d’austérité, n’est que peu adaptée au contexte de l’économie française. Celle-ci étant confrontée à l’effet ciseau d’une crise de la demande combinée à une hausse importante de sa population active. La difficulté de cette situation est que la France doit affronter une problématique inverse de celle de son plus grand partenaire européen, l’Allemagne. L’idée est donc de parvenir à équilibre, entre les besoins des uns et des autres, et non de continuer à mettre en place une stratégie calibrée exclusivement pour l’Allemagne. Ce qui est pourtant le cas aujourdhui. Mais, dans un tel exercice, la France bénéficie d’un sérieux avantage, car la zone euro, prise dans son ensemble, présente les mêmes maux que l’économie française. Alors que l’Allemagne fait figure d’intrus. Ce qui signifie que la recherche d’un intérêt général européen aurait pour avantage de servir les intérêts de la France, tout en taillant dans les mécanismes permettant l’actuelle domination de l’économie allemande. En effet, un traitement de la crise européenne par la voie de la demande aurait pour effet de faire baisser le chômage dans la zone euro, mais également de faire rapidement progresser les salaires allemands, ce qui handicaperait la compétitivité du pays et doucherait les espoirs du patronat local. Un rééquilibrage prendrait alors forme, dans le sens de l’intérêt général, et non de l’intérêt du seul plus fort. Mais pour qu’une telle stratégie puisse prendre forme, la France devra impérativement provoquer un bras de faire avec son partenaire allemand.

La baisse de la fiscalité : une bonne piste ?

Au cours des premiers jours de ce mois de décembre 2015, l’ancien Président Nicolas Sarkozy reprenait le thème d’une baisse massive de la fiscalité sous l’appellation du « contre choc fiscal » afin de répondre aux maux de l’économie française. Et ce, pour un montant de 20 à 30 milliards d’euros, soit l’équivalent de 1 à 1,5% de PIB. Une telle action aurait pour mérite de soutenir la demande intérieure du pays, et donc de faire baisser le chômage, mais seulement si celle-ci n’est pas financée par une réduction des dépenses publiques. Ce qui signifie que pour être efficace, une baisse de la fiscalité provoquera également l’accroissement des déificts publics et une hausse de l’endettement. Il s’agit ni plus ni moins d’un plan de relance budgétaire. Or, si une telle technique peut être efficace sur le court terme, son effet sur le long terme ne pourra qu’être neutre. En effet, pour qu’une relance de la demande intérieure soit pérenne, celle-ci doit être décidée et menée par la Banque centrale européenne, seule autorité à même de contrôler le niveau de la demande au sein de la zone euro. Autre avantage, une fois une telle relance monétaire amorcée, enclenchant une hausse de la croissance, la baisse de la fiscalité pourra dès lors être envisagée, et ce, sans avoir besoin de recourir au creusement des déficits. Si les effets d’une baisse massive de la fiscalité correspondent bien aux besoins actuels du pays, c’est son efficacité sur le long terme qui peut être mise en cause.

L’enjeu d’une union nationale en faveur de l’emploi est décisif. Si la « fine fleur » des partis politiques de gouvernement s’unit pour continuer avec de vieilles recettes pour contrer une problématique nouvelle, l’échec est assuré. Il est aujourdhui temps de prendre acte d’un contexte qui a considérablement évolué depuis l’année 2008. Il est peut-être temps d’avoir le courage de revendiquer une formule simple ; « lorsque les faits changent, je change d’avis ». Il est parfaitement clair que les faits ont changé depuis 2008, il est nécessaires d’en tirer les conclusions.

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