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Une République en marche... alternative. Les dérives d’une présidence écartelée par ses paradoxes LREM Emmanuel Macron Elysée
Une République en marche... alternative. Les dérives d’une présidence écartelée par ses paradoxes LREM Emmanuel Macron Elysée
©Eric FEFERBERG / AFP

LREM

Une République en marche... alternative. Les dérives d’une présidence écartelée par ses paradoxes

Mettre la République en marche, pour bancale que soit la démarche, semble louable si toutefois on veut bien indiquer aux voyageurs vers quelle direction. Or l’entièreté du macronisme est bâtie sur la mystification d’une gouvernance apolitique. Il convenait d’abandonner tout cap idéologique pour gouverner sur la réalité de l’instant.

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu est écrivain, conférencier, ingénieur, expert en Management et Directeur général et fondateur du thinktank GRES : Groupe de Réflexions sur les Enjeux Sociétaux.Perpetuel voyageur professionnel, il a parcouru la planète avant de devenir entrepreneur au Qatar où il a été injustement emprisonné près de 6 ans, sans procès. Il a publié plusieurs romans et témoignages dont : Le Châtiment des Elites, Qaptif, InQarcéré, Même à terre, restez debout ! Aujourd'hui conférencier et analyste societal, il met son expérience géopolitique au service d'une approche libérale-souverainiste de la démocratie.

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Le concept du en même temps tenait déjà du funambulisme en période d’accalmie, mais devient une activité à risques extrêmes quand des vents contraires et alternatifs se lèvent.

Un coup de volant à droite suivi d’une embardée sur la gauche est généralement la meilleure des manières de foncer directement sur l’obstacle.

Un ministre de l’Intérieur vient de dissoudre une association d’un bord, sans justification ni fondement juridique pour compenser la dissolution d’autres associations de l’autre rive ayant désigné comme cible un enseignant à la vindicte fanatique.

Une cour de Justice vient de condamner un ex-président de la République sans en apporter la moindre preuve, sans délit constitué tout en usant de méthodes illégales, répréhensibles et anticonstitutionnelles… une justice qui s’éloigne à grands pas de la notion de droit.

Un président d’assemblée nationale mis en examen demeure à son poste et dans le même temps déclare qu’un candidat à une élection mis en examen doit se retirer.

Un exécutif au nom de la santé publique prive de libertés individuelles une population entière et dans le même temps autorise les électeurs à se rendre en masse à une convocation électorale.

En proposant une réforme mettant fin à l’automaticité des remises de peine, le ministre de la Justice prend le contrepied des administrations précédentes Dati et Taubira et revient à ce qui se faisait précédemment dans les années 2000. Une évolution en reculant donc et se reniant donc par rapport à ses propos sur l’inexistence d’une criminalité systémique en France. Une telle réforme va irrémédiablement reposer le problème de la surpopulation carcérale puisque dans le même temps on ne construit pas de nouveaux centres de détention.

Toute la politique macronienne depuis son élection s’appuie sur deux jambes aux inégales proportions résolues à se diriger dans des directions opposées. Peut-on muscler l’une sans affaiblir l’autre ?

Selon Emmanuel Macron, l’évolution de la présence française en Afrique subsaharienne s’accompagne d’un… retrait des troupes. Cela ressemble davantage à injonction au courage de fuir qu’à une progression stratégique sur le terrain.

De même à propos d’un référent En Marche il expliquera : « Il s’agit d’un responsable très bien, plein et entier, mais qu’en même temps, les messages qu’il a mis sur Internet ont une part de gravité qui ont touché des gens. Il doit donc se déporter de sa fonction dont je salue le travail remarquable. »

Le débat d’idée prend une tournure piedsnikelesque quand, au sein d’un même gouvernement, la ministre de la transition écologique dénonce un débat préhistorique lancé par son collègue de l’agriculture qualifiant de honteuse l’instauration d’un menu unique sans viande dans les cantines.

Le combat pour la laïcité, rebaptisé séparatisme, mené d’une main incertaine par Emmanuel Macron, atteint des sommets d’immobilisme quand la ministre de l’Enseignement supérieur, réclame au CNRS une enquête sur l’islamo-gauchisme, lequel gangrène l’université, le porte-parole du gouvernement, lui rétorque qu’il s’agit là d’un problème marginal.

Les joutes entre ministres que le candidat Macron dénonçait en 2017 comme étant des clivages d’un autre temps qui paralysent l’action des gouvernements empêchant la France d’entrer dans le XXIe siècle. Le même Emmanuel Macron, qui récemment rappelait en conseil des ministres, son attachement absolu à l’indépendance des enseignants-chercheurs alors que deux de ses ministres majeurs, Gérald Darmanin et Jean-Michel Blanquer, soutenaient leur consœur de l’enseignement supérieur.

La réforme de la fonction publique promise par Emmanuel Macron devant diversifier les profils des cadres de l’administration française se plie également au principe du tout et son contraire. On veut promouvoir la méritocratie pour les élèves issus de milieux défavorisés en créant des concours d’admission et dans le même temps on augmente le nombre de places afin de respecter les quotas. Ce qui revient à une application détournée de la discrimination positive qui sclérose les administrations et le niveau éducatif.

On ne pourrait faire le tour des errances macroniennes sans aborder l’itinéraire chaotique de la stratégie de combat de la crise sanitaire du Covid19. Et plus particulièrement les mesures féodales concernant le domaine de la Culture.

En attendant l’arme ultime promise par l’ineffable ministre de la Culture, ce modèle résilient en cinq paliers de réouverture en fonction de la situation sanitaire, les paradoxes du tout et n’importe quoi s’imposent dans une incompréhension générale.

Le porte-parole du gouvernement à la manœuvre déclarait récemment ne pas comprendre la fermeture des musées et l’ouverture des magasins Séphora.

Il est autorisé de regarder un film dans un train accoudé à son voisin, mais pas dans une salle de cinéma respectant scrupuleusement la distanciation physique. Il est possible de déambuler de tout saoul dans la galerie commerciale du Louvre, mais pas d’en visiter le musée. On peut s’entasser dans une rame de métro, mais pas assister à un match de football dans un stade en plein air à jauge réduite. On peut écouter une messe dans une église, mais pas un concert à l’Opera, etc., etc.

Il est légitime de s’interroger sur la cohérence gouvernementale quand un Premier ministre qui assure de la fiabilité d’un vaccin la veille est contredit le matin suivant par le Président de la République qui suspend ledit vaccin sans concertation avec l’exécutif.

Et puisque l'on vient de célébrer piteusement la 46e cérémonie des César français du cinéma communautariste, il n’aurait pas été paradoxal d’attribuer à l’excellent film d’Albert Dupontel au titre prémonitoire, le césar du meilleur film étranger !

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