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L'athlète transgenre Laurel Hubbard.
L'athlète transgenre Laurel Hubbard.
©ADRIAN DENNIS / AFP

Concurrence déloyale

Une femme transgenre a été qualifiée pour les JO de Tokyo. Et voilà pourquoi c'est une grave erreur pour le sport

La néo-zélandaise Laurel Hubbard, née homme mais ayant transitionnée en 2012, a été sélectionnée pour participer aux Jeux olympiques de Tokyo. Une décision qui crée la controverse.

Jean-Pierre de Mondenard

Jean-Pierre de Mondenard

Jean-Pierre de Mondenard est un médecin du sport français. 

Il a exercé à l'Institut national des sports de 1974 à 1979 et suivi en tant que médecin la plupart des grandes épreuves cyclistes, notamment le Tour de France à trois reprises de 1973 à 1975 où il était en charge des contrôles anti-dopage.

Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages de médecine du sport dont six sur le dopage sportif. Il est l'auteur du livre : Tour de France : tous dopé ? (Editions Hugo doc, 2011) ainsi que de "Dopage dans le football, la loi du silence", éd. Gawsewitch, 2010, "33 vainqueurs du Tour de France face au dopage", éd. Hugo-Sport, 2011, "Histoires extraordinaires des géants de la route", éd. Hugo-Sport, 2012, "Les Grandes Premières du Tour de France", éd. Hugo-Sport, 2013

 

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Atlantico : Si un homme qui est devenu une femme participe à une compétition avec des femmes, garde-t-elle des caractéristiques, au niveau corporel, de son ancien sexe ?

Jean-Pierre de Mondenard : C'est évident. D'une part, pendant des années, avant votre transformation, vous savez subi les sécrétions hormonales de votre sexe d'origine et votre morphologie a été façonnée par ces hormones. A partir de là, si un homme se transforme en femme, il a des segments complètement différents. La morphologie, vous la conservez. En plus, pendant que cette morphologie s'est construite, vous vous êtes entraîné et donc la gestuelle par rapport aux compétitions et au niveau que vous aviez à ce moment-là a été acquise et conservée.

Pendant toutes les années où vous étiez sous imprégnation hormonale du sexe que vous abandonnez, vous avez acquis des éléments que vous allez conserver. D'une part, vous conservez ces éléments morphologiques et de plus, vous conservez également la gestuelle sous l'imprégnation hormonale favorable. Surtout quand les hommes se transforment en femmes. Les femmes qui se transforment en hommes connaissent moins d'avantage. Mais le fait d'être un homme et de se transformer en femme permet de conserver des éléments lié au fait que depuis votre naissance, vous avez été imprégné hormonalement par des hormones sexuelles mâles.

Laurel Hubbard, un homme qui s'est transformé en femme participe à des compétitions d'haltérophilie avec des femmes et sera la première athlète transgenre à participer aux Jeux olympiques. Est-ce un problème ?

Ce n'est pas normal qu'on laisse Laurel Hubbard concourir avec les femmes. Cela rejoint la problématique de l'athlète sud-africaine Caster Semenya qui a des sécrétions hormonales de type masculin mais veut courir avec les femmes et les rétame sur les épreuves du 800 mètres.

Ce ne sont pas des tares, mais ils sont à l'extrémité de la norme. On ne fait pas de catégories en basket entre les joueurs qui font deux mètres vingt et qui pour cette raison sont omniprésents sous la raquette, devenant ainsi plus performants pour  défendre et marquer alors que ceux qui font 1 m 60 ont une détente verticale hors norme associée à la mobilité d’un guépard passant sous les bras des très grands. Car l'avantage de taille du géant est compensée par la mobilité du petit. En revanche en boxe, il ne viendrait jamais à l'idée d’opposer sur un ring quelqu'un de 50 kilos (catégorie mouche) face à un boxeur de plus de 90 kilos (poids lourd). Il y a des catégories de poids parce que si le boxeur de 90 kilos donne un coup de poing à quelqu'un qui fait 50 kilos, ce dernier traverse le ring à l’horizontale. Il y a aussi des catégories de poids dans d’autres sports de combats tels que judo et karaté.

Avoir un passé masculin donne donc un avantage sur les concurrents ?

Complètement. C'est pour cela que je suis pour le fait de créer des catégories suivant les secrétions. Il n'y a pas de raison qu'il y ait des catégories suivant le handicap physique, suivant le poids, etc., mais pas là. Voyez l'affaire Caster Semenya, où il y a eu une dérive totale. Cette athlète sud-africaine a débarqué en 2009 et depuis domine le 800 mètres de la tête et des épaules. Comme ses adversaires criaient au scandale, du fait de son apparence très masculine, la fédération mondiale d'athlétisme a décidé qu'elle devait suivre - et d'autres athlètes, elle n'est pas seule dans ce cas - un traitement pour faire baisser son taux de testostérone. Car ce qui fait la différence, notamment en course à pied, c'est l'hormone mâle. Toutes les épreuves d'athlétisme sont effectivement améliorées par la testostérone car c'est une hormone qui augmente le transport d'oxygène, la force musculaire, la puissance musculaire et l'endurance. Si naturellement, vous avez un avantage considérable, les autres adversaires ne peuvent plus lutter pour la victoire. D'ailleurs, on a vu un championnat du monde où il y avait trois transgenres en tête, qui se disputaient le titre, et trois athlètes femmes "normales" qui étaient à 25 mètres derrière et s'applaudissaient entre elles, car elles considéraient que les autres n'étaient pas dans la même course.

Les Jeux olympiques ont instauré une réglementation avec un niveau de testostérone à ne pas dépasser. Est-ce suffisant ?

Certaines femmes ont des sécrétions de testostérone plus importantes. C'est un avantage considérable. Mais cette réglementation est contraire à toutes les lois médicales. Comment, alors qu'on pourchasse le dopage, demander à l'athlète de prendre un "antidopage" (forcément un médicament) pour lutter contre une sécrétion naturelle ? C'est une absurdité totale. En revanche, créer des catégories éviterait de leur imposer de prendre des pilules pour participer à des compétitions. Il y a des catégories partout, mais là, les instances sportives ont du mal à franchir le pas. Or, il n'y a pas d'autre solution.   

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