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©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Allô la France

Une étude démontre que, par temps de crise, les structures décentralisées s’en sortent nettement mieux que les autres

Une étude publiée dans l’American Economic Journal explore le rapport entre la décentralisation des entreprises et leur réussite en temps de crise. La décentralisation n’est-elle utile qu’en temps de crise ?

Philippe Aghion

Philippe Aghion

Philippe Aghion est un économiste français. Il a enseigné à l'université Harvard ainsi qu'à l'École d'économie de Paris. Depuis octobre 2015 il enseigne également au Collège de France.

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Atlantico.fr : Dans l’American Economic Journal vous étudiez le rapport entre la décentralisation des entreprises et leur réussite en temps de crise. Pourriez vous expliquer quelles sont les conclusions de votre étude ?

Philippe Aghion : Nous avons été surpris. Au début de cette étude? nous avons pensé que la centralisation dominerait pour passer les crises. Cela s’est avéré faux. Les entreprises les plus décentralisées font davantage face à des gros chocs, des récessions. Cette période de chocs négatifs est plus problématique pour les entreprises centralisées. Tout cela est lié à une certaine volatilité.

Lorsqu’il y a des chocs négatifs, l’incertitude augmente et on veut que les décideurs soient plus près de l’information. Un des avantages de la décentralisation c’est que l’on peut mieux prendre en compte l’information locale. Les investisseurs institutionnels acquièrent des informations sur leurs managers et ils les protègent. Ce qui domine donc lors de cette période de grand choc c’est que quand les turbulences augmentent on doit être près de ses sources d’informations.

L’une des raisons majeures qui rend la délocalisation pertinente en temps de crise est la prise sur les informations locales. En temps de crise, et plus généralement dans la vie des entreprises, l’information est-elle le nerf de la guerre ?

L’information est l’un des éléments les plus importants. La centralisation a ses avantages mais dans ce cas précis, la décentralisation montre que l’on peut prendre plus vite l’information locale. En période de grande turbulence, cela bouge très vite et nous devons récupérer l’information plus rapidement. Lors d’une crise, il faut que les informations remontent en haut avant qu’une nouvelle phase du cycle soit entamée. Dès qu’une information arrive on peut et on doit agir dessus.

Quand tout va bien la centralisation prédomine mais quand tout va mal la décentralisation se met à dominer.

Vous expliquez que les intérêts que peut apporter la décentralisation en temps de crise sont contingents à la crise, ses turbulences, et à la demande et s’estompent une fois la crise passée. La décentralisation n’est-elle utile qu’en temps de crise pour mieux la vivre ?

Nous ne voulons pas dire que la décentralisation est utile seulement en temps de crise. Il faut décentraliser aussi avant. Quand on voit des entreprises sensibles aujourd’hui, on sait qu’il aurait fallu décentraliser avant. Les entreprises devraient d’elles-mêmes réfléchir à cela. Notre article cherche à donner les avantages de la centralisation pour résister aux turbulences. Il y a des secteurs plus sujets à turbulence que d’autres et pour ces derniers, il est préférable de décentraliser.

Le problème vient du temps de retour des informations lorsque l’on est dans l’urgence. Il y a un parallèle à faire avec l’organisation de l’État et les problèmes de la centralisation excessive lors d’une grosse crise. Il y a une incertitude ici sur la prochaine date du confinement et les autres mesures à cause d’un manque d’information. La question de la centralisation s’applique au privé mais aussi à l’État.

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