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Les gendarmes ont démantelé à Paris et Limoges un important gang géorgien.
Les gendarmes ont démantelé à Paris et Limoges un important gang géorgien.
©Reuters

Crime

Un important gang géorgien démantelé : qui sont les nouvelles mafias ?

Un gang de cambrioleurs de nationalité géorgienne a été démantelé le 14 décembre par la police en région parisienne. Les enquêteurs estiment avoir démantelé une équipe "emblématique" d'une "délinquance venue de l'est de l'Europe" qui avait été répertoriée et signalée, en 2011, dans un rapport de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).

Stéphane Quéré

Stéphane Quéré

Diplômé de l'Institut de Criminologie et d'Analyse en Menaces Criminelles Contemporaines à Paris II, Master II "Sécurité Intérieure" - Université de Nice. Animateur du site spécialisé crimorg.com. Derniers livres parus : "La 'Ndrangheta" et "Planète mafia" à La Manufacture de Livre / "La Peau de l'Ours" (avec Sylvain Auffret, sur le trafic d'animaux, aux Editions du Nouveau Monde)

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Atlantico : La police vient de démanteler un important gang mafieux géorgien. Dans un rapport, la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) met en évidence l'implantation en France d'une "criminalité géorgienne", très organisée et hiérarchisée qui n'existait pas auparavant. Celle-ci est-elle implantée depuis longtemps en France ? Comment opère-t-elle ?

Stéphane Quéré : Il faut d’abord souligner l’important travail de la gendarmerie qui depuis déjà plusieurs années étudie le phénomène du crime organisé en provenance des Pays de l’Est, et notamment de Géorgie. Il est vital d’étudier le mode de fonctionnement et d’organisation de ces mafias pour mieux les combattre : c’est d’abord un travail de renseignement criminel.

La présence des mafias géorgiennes en France a été identifiée au milieu des années 90. A l’époque, un important « Vor v zakone » (voleurs dans la loi), Tariel Oniani, est repéré sur la Côte d’Azur et arrêté dans le cadre d’une guerre des clans touchant plusieurs pays (Géorgie évidemment mais aussi Russie, Autriche, Allemagne, Belgique,… et France). Les « vory v zakone » (ou « voleurs dans la loi ») représentent une sorte d’aristocratie au sein du crime organisé russophone. Ils sont « couronnés » par leurs pairs et doivent obéir à un certain nombre de règles, qui constituent en quelque sorte le « code d’honneur » des mafias russophones. On en compterait près de 800 dans le monde, essentiellement Russes puis Géorgiens.

Au début des années 2000, les mafieux géorgiens s’installent en Espagne qui devient leur principale base en Europe. De là, les parrains ont divisé l’Europe, implantant des cellules en Irlande, Autriche, Suisse, Suède, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, France, Italie, Grèce et Turquie (et dans une moindre mesure en Colombie). C’est dans ces pays que des réseaux de voleurs géorgiens (mais aussi russes, moldaves ou tchétchènes) se mettent en place pour se livrer à des « épidémies » de vols à l’étalage et de cambriolages. Le butin (alcool, parfums, bijoux, appareils photo, petit électronique,…) est ensuite soit revendu dans les pays concernés, soit acheminé à Anvers (« plaque tournante » du recel en Europe) ou directement en Géorgie. Le rôle de receleurs est souvent tenu par des criminels arméniens. Tous les mois, l’argent des vols est envoyé aux parrains mais une partie alimente la « caisse commune » de l’organisation (« obshchak »). C’est ensuite les « vor » qui répartissent l’argent de l’ « obshchak » (aide aux détenus, soutien aux familles, frais de justice,…). Ces vols sont relativement modestes mais c’est leur nombre qui fait la richesse des mafieux géorgiens, par ailleurs impliqués dans d’autres activités criminelles (fausse monnaie, cocaïne,…). On soupçonne ainsi les clans russes et géorgiens de vouloir profiter de la manne financière liée à l’organisation des Jeux Olympiques de Sotchi en 2014. Un pactole qui a entraîné de nombreux règlements de comptes, y compris en France (Vladimir Janashia, abattu en mars 2010 à Marseille, après une première tentative à Nice quelques semaines auparavant).

Les principales opérations contre les cambrioleurs géorgiens : 26 arrestations à Lausanne et Zurich en avril 2009 ; le mois suivant, 45 arrestations à Genève ; 8 à Fribourg en novembre 2009 ; 23 personnes arrêtées dans les Côtes d’Armor en janvier 2010 ; opération européenne « Java », pilotée par la police espagnole, 80 arrestations (dont 24 en Espagne, 17 en Allemagne, 11 en Suisse, 3 en France) en mars 2010 ; 12 arrestation à Caen en février 2011 ; 5 à Annecy en mars 2011 ; 23 arrestations en région parisienne et dans le sud-ouest en novembre 2011, 8 autres géorgiens arrêtés en Espagne ; 5 arrestations à Rome le même mois ; 6 nouvelles arrestations dans le sud-ouest de la France en février 2012 ; 21 arrestations dans la région de Limoges en juin 2012 ; 16 géorgiens interpellés à Vienne (Autriche) en novembre 2012 ; 11 arrestations à Saint-Brieuc en novembre 2012 ; 9 cambrioleurs géorgiens arrêtés en décembre 2012 en région parisienne.

Hormis la mafia géorgienne, observe-t-on l’émergence de nouvelles mafias en France ?

Criminologiquement parlant, il n’y a pas de mafias endogènes en France. Il existe des grands-banditismes puissants : en Corse, sur la Côte d’Azur, à Lyon et Grenoble, et bien sur à Paris. Il faut aussi prendre en compte le « nouveau banditisme des cités ».

Au niveau du crime organisé international, ce sont les mafias italiennes (surtout la ‘Ndrangheta calabraise et la Camorra napolitaine, dans une moindre mesure la Cosa Nostra sicilienne) qui se sont implantés les premiers en France, essentiellement sur la Côte d’Azur et à Grenoble. On les retrouve surtout dans des affaires de trafic international de stupéfiants et de blanchiment.

Le crime organisé chinois est également présent : jeux illicites, prostitution, racket, usure,… On commence à voir apparaître des groupes vietnamiens, dont la spécialité est la culture in-door de cannabis, ou des groupes mongols, spécialisés dans les vols à l’étalage. Les gangs de motards (Hells Angels, Bandidos, Outlaws,…), venus du monde anglo-saxon, sont présents depuis le début des années 80 mais avec un fort développement depuis les années 90 (stupéfiants, racket, trafic de pièces détachées, fausse-monnaie,…).

Il existe également des groupes d’Europe de l’Est, axés sur des activités de prédation comme les roumains (vols, trafic de métaux), les bulgares (skimming), les lituaniens (fausse-monnaie et vols de moteurs de bateaux ou de pots catalytiques),… On trouve également des groupes criminels roumains et bulgares dans le secteur de la prostitution, tout comme la mafia albanaise, impliquée également dans le trafic de drogue, et les clans nigérians (stupéfiants et escroqueries en ligne). Les groupes turco-kurdes (en Alsace, régions parisienne et nantaise) se retrouvent dans des affaires de racket et de trafic de stupéfiants.

Comment expliquez-vous ce phénomène. Est-ce lié à l’ouverture des frontières ?

La Chute du Mur de Berlin a provoqué un appel d’air pour les organisations mafieuses de l’Est qui sont venues s’implanter en Europe Occidentale, mais également pour les mafias italiennes qui ont aussitôt vu des possibilités énormes de blanchiment dans ces pays nouvellement démocratiques. Les organisations criminelles russophones se sont installées sur la Côté d’Azur, non seulement pour des vacances au soleil, mais aussi pour des activités de blanchiment dans le tourisme et l’immobilier, facilitées en cela par l’existence d’une importante communauté russe (anciens « russes blancs »), notamment dans la région de Nice.

Par ailleurs, aux yeux des organisations criminelles, la zone Schengen est devenue un immense marché criminel, facilité évidemment par l’absence de frontières. La mondialisation, les flux migratoires et les moyens modernes de déplacement en Europe ont facilité les activités, l’implantation et le développement des organisations criminelles étrangères.

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