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Les idées de Buisson sont encore bien présentes à l'UMP.
Les idées de Buisson sont encore bien présentes à l'UMP.
©Reuters

Buisson toujours ardent

UMP : que pourrait-il rester du buissonnisme sans Patrick Buisson ?

Les enregistrements effectués par Patrick Buisson et révélés par Atlantico sont un coup fatal pour celui qu'on a pu considérer pendant près de dix ans comme le gourou de la droite. Il n'est cependant pas dit que les idées disparaissent avec l'homme, car la graine a largement porté ses fruits au sein de l'appareil UMP.

Atlantico : Que recouvre aujourd'hui le buissonnisme à l'UMP ?

Marika Mathieu : L'affaire qui nous occupe est l'occasion de déconstruire le buissonnisme, figure vaguement mystérieuse du conseiller "occulte", sorte d'aimant à fantasmes pour parler de "droitisation". En "évinçant" cette figure, la question se pose de savoir ce qui se cache derrière. Et selon moi, cela ne relève pas seulement d'un homme, loin de là. 

À l'échelle de l'UMP, on constate qu'il existe un certain nombre de militants et de dirigeants radicalisés et décidés à perpétuer ce qu'on a appelé la droitisation, sur les thèmes de l'immigration, de l'identité nationale et de la laïcité. Ils ont le sentiment qu'une certaine "droite molle" est responsable des échecs précédents et qu’il est nécessaire de lui "couper la tête". C'est pourquoi le buissonnisme est moins un homme qu'une infusion d'idées consistant à discréditer une partie de la droite pour en imposer une autre, supposée plus "vraie", et attachée à des symboles forts d'action de l'Etat sur les questions d'immigration et de défense de la nation face à ses ennemis, parmi lesquels l’Islam mais aussi l’Europe. Une droite supposée être du côté du "peuple réel" et non de ses élites, une droite capable de faire fondre le FN en récupérant ses électeurs.

Certains "poulains" restent des instigateurs des idées de Buisson. Guillaume Peltier et Geoffroy Didier de la Droite Forte notamment, qui sont totalement intégrés à la direction de l'UMP. Je pense aussi à Laurent Wauquiez, qui a intégré les directions de la ligne Buisson en mettant l’accent sur la défense des classes moyennes contre "l’assistanat" ou plus récemment sur l’Europe des lobbys LGBT. 

Guillaume Bernard : Quand on parle d’un parti politique en tant qu’organisation, il est nécessaire de faire le distinguo entre les cadres et les élus, d’un côté, et les militants et sympathisants, de l’autre. Il est certain que l’UMP d’en bas est plus à droite que l’UMP d’en haut. Il existe un décalage indéniable entre les idées de la base et les convictions de ceux qui la représentent. Pour s’en convaincre, il suffit, par exemple, de se souvenir du référendum de 2005 sur le Traité établissant une constitution pour l’Europe (TCE). Plus récemment, le même type de distorsion a été mise en exergue à l’occasion des manifestations contre la loi Taubira. 

Au-delà des personnes et de leurs carrières personnelles, si le "buissonnisme" est défini comme la volonté de s’assumer résolument de droite (défense de la nation, de sa souveraineté, des fonctions régaliennes de l’Etat, etc.) et sans ennemi à droite, il est certain qu’il représente (en prenant notamment comme référence le vote interne pour les motions de l’automne 2012) près de la moitié de la base militante de l’UMP. Ceci est corroboré par la fait qu’entre 40 et 50 % (en fonction des études) des sympathisants de l’UMP sont favorables à un rapprochement avec le FN, du moins à des alliances au cas par cas. 

Par conséquent, ce critère d’analyse du parti confirme que nombre des plus forts clivages passent plus au sein de la droite qu’entre celle-ci et la gauche. Cela n’a rien d’étonnant : c’est le résultat de deux siècles de mouvement sinistrogyre (Albert Thibaudet) : depuis la Révolution française, les idées et organisations nouvelles sont apparues par la gauche de l’échiquier politique et ont repoussé sur la droite celles qui étaient nées antérieurement. La droite est donc "naturellement" divisée entre la droite "historique" et des courants classés à droite mais venus de la gauche. Ce que vous appelez le "buissonnisme" a contribué à décomplexer la droite qui s’est, de nouveau, revendiquée comme telle : la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, au demeurant assez syncrétique dans la formulation, en est une illustration. 

Les révélations sur les enregistrements effectués par Patrick Buisson à l'insu de Nicolas Sarkozy et les suites judiciaires à venir ont-elles mis l'ancien conseiller du président définitivement hors-jeu ? La personne est-elle "grillée" au point de ne plus pouvoir jouer son rôle d'émetteur d'idées ?

Marika Mathieu : A l'origine, ce qui fait Patrick Buisson, c'est l'influence qu'il peut exercer sur Sarkozy et une partie de son entourage. Les enregistrements le révèlent d'ailleurs. On sait que sa renommée et sa lecture des sondages lui ont ouvert la porte de la plupart des personnalités de l'UMP, de NKM à Laurent Wauquiez, en passant par Jean-François Copé ou par Guillaume Peltier qu’il a formé. Ce qui est en train de se produire pour Patrick Buisson doit d'ailleurs être rattaché à ce par quoi est en train de passer pour Jean-François Copé, auteur d’un "manifeste de la droite décomplexée" et de quelques saillies bien senties sur l’Islam. Ces deux personnalités sont en train d’être discrédités. Leurs idées et les courants qu’ils défendent, Droite forte en tête, seront-elles pour autant discrédités par leurs tourments juridiques ? Je ne crois pas, car le mouvement qu’ils reflètent est plus profond et pose la question de l’identité même de la droite.

Au niveau de la personne de Patrick Buisson, il est évident que plus personne n'osera s'afficher avec lui. Mais il a déjà "fait le travail", ses techniques de conseil ont encore des effets aujourd'hui. La théorie selon laquelle la mobilisation de la droite passera par l'affirmation d'un discours droitisé reste une option majoritaire dans le parti, quoi qu’en dise sa direction. Dix ans de remodelage des ambitions de l'UMP ne s'effacent pas comme ça et les relations avec le centre en sont la preuve.

Guillaume Bernard : Nous n’en sommes, semble-t-il, qu’au début de cette "affaire" dont on ne connaît pas grand chose. Il peut y avoir bien des rebondissements et des effets boomerang. En outre, en politique, on a déjà vu des retournements de situation tout à fait inattendus. Par conséquent, sur l’avenir d’éminence grise de Patrick Buisson, la prudence veut qu’un jugement trop précipité soit évité. Cela dit, il est certain que d’aucuns essayent de l’abattre et que, pour l’instant, ils semblent y réussir, c’est le moins que l’on puisse dire, assez bien. 

Mais, pour mesurer l’enjeu politique de cette affaire, il faudrait pouvoir répondre à un certain nombre de questions. Pourquoi ces enregistrements sont-ils devenus publics : ont-ils été perquisitionnés, volés ? Comment sont-ils arrivés entre les mains de journalistes (violation du secret de l’instruction, règlement de compte privé) ? En particulier, quel est l’objectif de ceux qui les leur ont transmis : s’agit-il d’ "éliminer" un conseiller politique ou, à travers sa personne de tenter de délégitimer ce qu’il est convenu d’appeler la "ligne Buisson" ? Est-ce directement et uniquement lui qui est visé ou s’agit-il d’un coup de billard à plusieurs bandes visant à atteindre (pour les discréditer) d’autres personnes (en particulier Nicolas Sarkozy) ? Enfin, d’où vient l’attaque : de la gauche (qui voudrait diviser le parti adverse) ou d’une partie de la droite (qui voudrait prendre sa revanche, reprendre la main) ? 

De quelle audience la ligne Buisson bénéficiait-elle depuis la défaite de Nicolas Sarkozy, que beaucoup à l'UMP lui ont attribué ? De quels relais bénéficie-t-elle ?

Marika Mathieu : La défaite de 2012 a radicalisé un certain nombre de militants qui n’ont pas souscrit à l’idée que "la France forte", thème de campagne de Nicolas Sarkozy, puisse être un échec. Lors du dernier congrès de l’UMP, en novembre 2012, plus de 50 % de la base militante s’est prononcée pour une motion rattachée à la ligne Buisson, à savoir : la droite sociale, la droite forte et la droite populaire.  Les thématiques de l'immigration, de l'assistanat, des frontières et de la laïcité contre l’Islam ont fonctionné auprès d'eux et d'un certain nombre de cercles dirigeants. Pour eux, c'est ce qui a permis d'éviter la débâcle et pourrait permettre à l'UMP de renouer avec le succès, après sept scrutins ratés. La ligne Buisson est donc considérée par beaucoup comme le moyen le plus sûr de renouer avec la victoire. 

Aujourd'hui la Droite forte est beaucoup plus discrète et travaille sur le terrain, les rencontres entre Buisson et Sarkozy étaient beaucoup plus espacées ces derniers mois. Celui qui exprime le mieux cette réalité politique, et qui se montre le plus, médiatiquement parlant, c'est Laurent Wauquiez.

Guillaume Bernard : Nicolas Sarkozy a, certes, perdu en 2012 mais il est revenu de loin. Il faut se souvenir d’un certain nombre de faits. Derrière François Hollande, plusieurs enquêtes avaient donné Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen dans un mouchoir de poche. Certains avaient même évoqué le scénario d’un 21 avril à l’envers. Quant aux projections d’un second tour opposant un candidat du PS à celui de l’UMP, le premier avait été donné, par plusieurs sondages, gagnant avec 60 % ! 

La campagne de 2012 a donc, à l’évidence, empêché l’hémorragie et permis de remonter la pente. Mais il est vrai que, parce qu’il y a eu finalement défaite, la "ligne Buisson" a été rudement attaquée. Aujourd’hui, certains considèrent sûrement que, au bénéfice de cette affaire, le déboulonnage de Patrick Buisson est envisageable et que cela favorisera un recentrage de l’UMP et, peut-être, un retour sur ce nouveau positionnement de Nicolas Sarkozy. 

Les idées de Patrick Buisson peuvent-elles continuer de porter à l'UMP quand bien même il s'en serait écarté ?

Marika Mathieu : Il ne faut pas se fier uniquement à la question de la personnalité de Buisson, qui s'est toujours instigué dans le débat comme une sorte de maître de cérémonie de tout un bal politique. Dans le fond, il est plus intéressant de regarder ce qui est en train de motiver une reconstruction de la droite qui reste pétrifiée par le FN, définitivement ancré dans les 20 % de votes. Patrick Buisson a réussi à convaincre bon nombre de dirigeants de la droite traditionnelle que pour faire tomber ce "problème", il fallait le nier en affirmant que le FN n’existe pas et en se mobilisant en direction d’un électorat populaire désireux d'entendre un discours d'autorité et de national-conservatisme. Cette idée va perdurer, il suffit de voir la mobilisation militante qu'elle suscite même si l’UMP court derrière plus qu’elle ne la suscite. Reste à voir ce qui va se passer au niveau des élections européennes, puisque derrière la ligne Buisson se trouve aussi un camp eurosceptique.

Guillaume Bernard : Supprimer l’influence intellectuelle de Patrick Buisson ne changera pas l’état de l’opinion publique ; sa présence ou son absence dans les cercles élevés de la politique ne modifieront pas les données de la sociologie : les enquêtes de victimisation révèlent qu’il y a trois fois plus crimes et délits que de plaintes déposées ; la France périphérique qui pâtit de la mondialisation représente 60 % de la population ; les trois quarts des Français considèrent que ce sont aux immigrés de s’adapter au pays d’accueil et non à la France de faciliter leur intégration, etc. 

Patrick Buisson a, sans doute, été l’un des artisans de la "droitisation" de l’UMP, mais celle-ci n’est pas un pur artifice, une construction sans rapport avec la réalité. Depuis une vingtaine d’années, la vie politique connaît ce que j’ai proposé d’appeler le "mouvement dextrogyre" né de la conjonction de plusieurs événements : effondrement du régime soviétique, attentats islamistes, mondialisation incontrôlée. Les idées de droite, qui jusqu’à présent avaient été comprimées par la sinistrose, repoussent vers la gauche les idées qui occupaient son espace politique. 

En France, cela se traduit par la dédiabolisation du FN, la droitisation d’une partie de l’UMP, le basculement d’une partie du centre vers la gauche ou encore le déclin des forces d’extrême gauche en particulier communistes. L’évolution dans le discours de François Hollande en est aussi une illustration. Le libéralisme (qui ne doit pas être confondu avec la lutte contre la bureaucratie et le fiscalisme) vient de la gauche ; il a basculé à droite par opposition au collectivisme qui s’est développé dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il est, de nouveau, en train de glisser mais, cette fois-ci, de la droite vers la gauche de l’échiquier politique. 

Qu'est-ce que l'UMP doit  au buissonnisme ? Le parti peut-il s'en dégager si facilement ?

Marika Mathieu : Toute une frange de l'électorat n'est absolument pas sensible au microdébat autour de la personnalité du gourou, ou du non-gourou. Buisson n'est pas connu des masses, ce n'est pas lui qui fait la politique, tandis que l'attachement à la personnalité de Sarkozy est viscéral. Sa campagne 2012 a très bien été identifiée par l'électorat, sans qu'il soit besoin pour ce dernier de se référer à Buisson. Le scandale est dommageable pour les relations interpersonnelles au sein de la droite, on verra si cela devient plus grave d’un point de vue légal, mais la chose n'est pas propre à modifier l'attachement au sarkozysme tel qu'identifié en 2012.

Buisson a offert sur un plateau la synthèse d'un courant politique qui taraude la droite depuis la Seconde guerre mondiale, disons-le. Sur l’échiquier politique actuel, il devient une stratégie prisée face à la muraille représentée par le FN. Mais il est encore une fois très étonnant que cette stratégie soit encore si présente alors même qu’elle n’a jamais permis ni de faire baisser le FN, ni de gagner sans lui ! Buisson pourrait être le nom d’un échec que l’UMP met derrière elle, mais il lui faudrait alors savoir quoi mettre à la place, et c’est là sans doute que le bât blesse. 

Guillaume Bernard : La "ligne Buisson" n’est pas décriée pour des raisons électorales car elle a permis la victoire de 2007 et empêché l’hémorragie en 2012. En fait, elle est attaquée pour des raisons idéologiques : pour tous ceux qui ont adopté (consciemment ou non) l’idéologie de gauche, la ligne Buisson est une anomalie, une hérésie face au sens inéluctable de l’histoire qui voudrait que les idées de droite disparaissent totalement. La ligne Buisson a conduit une partie de la droite qui, pendant deux siècles avait été colonisée par les idées de gauche, à penser de nouveau avec certains des concepts de droite. 

Indépendamment de cette "affaire" d’enregistrements, ceux qui ont dénoncé la ligne Buisson sont, semble-t-il, ceux de ces politiques électoralement positionnés à droite mais qui ne sont pas (ou pas beaucoup) doctrinalement de droite. Analyse froide et pragmatique des évolutions sociologiques et idéologiques qui traversent le pays, la ligne Buisson ne devrait pas, en tant que telle, déchainer les passions. Mais, elle révèle – ce qui ne lui est pas pardonné – l’alternative devant laquelle l’UMP se trouve : soit accepter la droitisation de son discours pour se maintenir sur son créneau électoral, soit consentir de glisser sur sa gauche et laisser, sur sa droite, un espace politique qui sera inéluctablement occupé. Il est certain qu’une partie du personnel politique qui serait conduit soit à devoir renouveler son discours soit à être remplacé n’entend pas ce discours d’une oreille très favorable. 

Dans l'un des enregistrements, Buisson se revendique comme héritier des "Camelots du roi". Jusqu'où les idées de l'homme Buisson imprègnent-elles la ligne de l'UMP ? Ceux qui s'en réclament ont-ils conscience de ce qu'elles recouvrent et de leurs origines ?

Marika Mathieu : En effet, Patrick Buisson est fils d'un camelot de l'Action française, auteur d’un album hagiographique sur Jean-Marie Le Pen, grand lecteur de Maurras et de Céline, ancien directeur du journal Minute, il connaît sur le bout des doigts tout ce qu’a produit l’extrême droite depuis deux siècles….  Mais c’est une très bonne question de se demander si les dirigeants politiques de l’UMP en ont conscience. La culture de Patrick Buisson a d’autant plus d’influence que l’inculture des hommes politiques s’agrandit. C’est la base de sa relation avec Nicolas Sarkozy. Quand NKM, voulant prendre ses distances avec Buisson après avoir cherché ses conseils, a dénoncé derrière lui "la figure de Charles Maurras", sait-elle de quoi elle parle, ou juge-t-elle inopportun de définir ce que cela signifie ? Dans un cas comme dans l’autre, l’absence de clarté idéologique permet aux idées les plus troubles de circuler librement. Personne ne cherche vraiment à les définir, sans doute de peur de devoir les assumer. 

Guillaume Bernard : Plusieurs classifications des différents courants de droite ont été proposées. La plus connue est celle de René Rémond (droites contre-révolutionnaire, bonapartiste et orléaniste). Des travaux du Cevipof (le centre de recherche sur la vie politique française de Sciences-Po Paris) utilisent la répartition suivante : droite religieuse, droite protestataire, droite libérale. Toute classification a ses mérites et ses limites : montrer la réalité sous un certain angle. Pour ma part, je considère que la prise en considération, à la fois, des enjeux philosophiques de fond et des problématiques politiques récentes (identité nationale, construction européenne, questions de mœurs et de bioéthique) conduit à distinguer deux droites : la droite classique et la droite moderne. La seconde considère qu’il n’y a de corps sociaux (comme la famille ou la nation) qu’artificiels : ceux-ci n’existent qu’en raison d’une manifestation de volonté. La première adhère à la sociabilité naturelle : par leur volonté, les hommes font vivre les corps sociaux mais ceux-ci sont inscrits dans un ordre cosmologique des choses. 

S’étant construite par sédimentation, il existe inévitablement au sein de la droite des incompatibilités entre les idées initialement de droite et celles classées à droite mais antérieurement de gauche. La droite est doctrinalement divisée, ce qui n’exclut toutefois pas des points d’accord (la défense de l’initiative privée du libéralisme rejoint la subsidiarité du catholicisme social). Jusqu’à la chute du mur de Berlin, elle pouvait trouver un semblant d’unité par rejet du camp socialiste en se contentant de lui opposer un discours sur le réalisme économique. Depuis la disqualification du régime soviétique, les causes de fracture interne ressurgissent. 

Or, le caractère composite de la droite est compliqué par le fait que les césures entre les différents courants ne recoupent pas la segmentation en partis : les clivages internes à la droite passent au sein des différentes formations et non pas entre elles. Les partis trouvent intérêt à un entremêlement des différentes sensibilités car cela permet, dans le but de capter un large électorat, d’additionner plusieurs discours parfois contradictoires. Une recomposition des organisations partisanes sur des bases idéologiques clairement identifiées (droites classique et moderne) favoriserait le libre choix des électeurs et réduirait la défiance entre ceux-ci et les élites politiques. Cela supposerait une recomposition de la droite et donc un éclatement de l’UMP. Dans le cas où une organisation se formerait sur la base de la « ligne Buisson » au sens large, il n’est pas certain qu’elle soit perdante dans le cadre d’une concurrence interne à la droite (en tout cas à certaines élections, en particulier européennes).  

La droite est aujourd'hui agitée par la crainte de la division et de la déstabilisation. Peut-on toutefois envisager les derniers événements comme la possibilité d'un renouveau politique pour l'UMP ? A qui peut-il profiter ?

Marika Mathieu : Si l'UMP ne fonctionne pas, ce sera toujours pour les mêmes raisons qui n'ont pas été tranchées depuis l'échec de Nicolas Sarkozy. Tout le monde se repait du scandale des enregistrements, mais du point de vue de l'intérêt général, c'est celui des dépenses de la présidence associées aux sondages qui devrait choquer le plus. Aujourd'hui le problème est ailleurs, il se trouve – pour la droite comme pour la gauche – dans des questions de fond. Les positionnements mériteraient d'être éclaircis des deux côtés, en particulier sur le projet européen. Pour la droite, Buisson cache une forêt d’indécision.

Guillaume Bernard : Dans une période de perte de confiance des Français vis-à-vis des partis, il ne peut y avoir de renouveau politique qu’enraciné dans la réalité sociale du pays. Pour ce qui concerne l’UMP, la défaite de 2012 a plus été le résultat de la déception (et une démobilisation) du camp de droite qu’une progression de la gauche. Une partie des électeurs de Sarkozy de 2007 se sont sentis trahis par la manière dont le pouvoir avait été exercé pendant le quinquennat et ne se sont pas considérées représentées par les personnes à qui les ministères avaient été confiés. 

Qu’à l’intérieur de l’UMP l’affaire Buisson conduise à une redistribution des cartes est une chose (sans doute au bénéfice des plus critiques envers les campagnes électorales de Nicolas Sarkozy). Mais, que celle-ci conduise à une meilleure adéquation de ce parti (alors qu’il ne semble pas bénéficier, autant qu’il le pourrait, du rejet de l’exécutif socialiste) à l’opinion publique et à l’attente de ses électeurs en est une toute autre. 

 

Propos recueillis par Gilles Boutin

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