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Le président ukrainien Petro Porochenko
Le président ukrainien Petro Porochenko
©REUTERS/Anastasia Sirotkina/Pool

Diplomatie d'urgence

Ukraine : quand François Hollande suggère que la France devienne le bras armé de l'Europe

François Hollande a annoncé lors de sa conférence de presse son départ pour Kiev et Moscou avec l'objectif de dénouer une crise qui risque chaque jour un peu plus l'escalade vers le conflit ouvert. Il sera accompagné d'Angela Merkel, à laquelle il a subtilement proposé une nouvelle répartition des tâches en Europe.

Yves Boyer

Yves Boyer

Yves Boyer est directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

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Atlantico :  François Hollande a annoncé lors de sa conférence de presse qu'il se rendait à Kiev ce jeudi 5 février aux côtés de la Chancellière allemande et s'est voulu particulièrement rassurant avec Moscou. Faut-il y voir un changement de cap dans la politique étrangère de la France ?

Yves Boyer : Cette position indique en effet que la France et l'Allemagne vont prendre des initiatives pour trouver une solution diplomatique. On ne fera pas plier les Russes par la force, car ils considèrent qu'ils ont des intérêts vitaux à défendre. Le moment pour l'annonce de François Hollande et pour le voyage Hollande/Merkel est aussi choisi : actuellement le viceprésident américian Joe Biden est à Kiev avec l'idée, lui, d'amorcer une escalade et un armement de l'Ukraine. Je pense aussi que le président Hollande est bien informé militairement sur la nature des derniers affrontements, particulièrement meurtriers et durs, faisant craindre un embrasement rapide de la situation. Ce positionnement et cette initiative sont donc plus que bienvenus. Et la réaffirmation claire que l'Ukraine n'a pas vocation à rentrer dans l'Otan est d'abord un signal d'apaisement envoyé vers la Russie.  

François Hollande a posé son initiative d'un rapprochement avec l'Allemagne sur la question de la diplomatie internationale, en proposant un nouvel équilibre où la France assurerait la sécurité de l'Europe grâce à son potentiel de défense, pendant que l'Allemagne se retrouverait cantonnée au rôle de moteur de la croissance européenne. Y a-t-il un vrai intérêt stratégique pour la France ?

Le président Hollande retrouve les fondamentaux de la politique "gaullo-mitterandienne" de la France. Elle a une vocation à assurer la sécurité en Europe. Nous avons des moyens tout à fait conséquents à l'échelle européenne pour assurer cette mission. Et ce positionnement montre aussi que la France reconnaît ne pas pouvoir rivaliser en termes de prouesses économiques avec l'Allemagne, c'est le moins que l'on puisse dire... Dans le même temps, l'Allemagne reste assez limitée au niveau de la défense, avec son armée "parlementaire" – qui nécessite donc une décision politique complexe pour pouvoir l'employer – qui lui empêche d'être vraiment impactante. L'Allemagne assume presque une approche où le pays "paie" pour s'assurer une sécurité, là où la France accorde encore une grande importance à la question du rapport de puissance. La France peut donc profiter de ce contexte pour faire reconnaître sa prééminence sur la question de la sécurité et les technolgies qui y sont rattachées comme le nucléaire et le spatial. Quant à la capacité d'intervention de l'armée française, l'opération Serval a été reconnue par tous nos alliés comme un modèle. 

L'objectif du voyage ukrainien des deux dirigeants européens est de trouver une solution à la crise et empêcher la propagation du conflit. Quel serait le scénario idéal et comment pourrait-il être obtenu ?

Le scénario idéal est basé sur les rapports de force. L'Ukraine est dans une situation économique catasrophique. Elle a besoin d'un important soutien financier. La France et l'Allemagne vont donc annoncer être prêtes à donner le coup de pouce qu'il faudra. Mais on mettra le sujet de la Crimée de côté, et on réaffiremera l'idée que l'Ukraine ne rentrera pas dans l'Otan. Ce ne serait d'ailleurs pas une situation forcément négative : la Finlande n'est pas membre de l'Otan non plus, ce qui ne l'empêche pas d'être un pays occidental, membre de l'UE. On pourra obtenir ainsi, de la part de la Russie, une sanctuarisation du territoire de l'Ukraine, et un désarmement des milices armées. 

Qu'est-ce qui pourrait faire capoter ce scénario idéal ?

Une partie des milieux diplomatiques américains veut la peau des Russes. Ils veulent faire tomber Poutine, pour ramener le pays dans leur escarcelle dans l'optique d'une opposition future avec la Chine. IL y a un "jusqu-au-boutisme" chez les néoconservateurs. Il existe aussi des tensions internes assez fortes entre le président Porochenko et plusieurs autres oligarques. Une partie des élites russes peut se sentir humiliée d'avoir à négocier avec l'Union européenne, et qui n'accepte pas de devoir envisager le compromis. Et si les choses échouent, le risque est réellement la dérive vers des combats de haute intensité. Ce qui n'arrangerait personne.

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