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Donald Trump Etats-Unis
Donald Trump Etats-Unis
©SAUL LOEB / AFP

Election présidentielle américaine

Trump malgré tout

La personnalité du président américain peut déplaire, son programme présente moins d’incertitudes que celui de son adversaire, Joe Biden.

Jean-Claude Gruffat

Jean-Claude Gruffat

Jean-Claude Gruffat est, depuis avril 2011, en charge des relations globales avec les filiales de grands groupes européens chez CITIGROUP à New-York. 

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Le 3 novembre, le monde entier regardera les Etats-Unis d’Amérique choisir son président pour les quatre prochaines années. En France, cette élection passionne. Chacun, ou presque, a une opinion sur qui devrait être le prochain pensionnaire du Bureau ovale.

Au risque de paraître trivial, un petit rappel s’impose : seul le vote des citoyens américains compte. Et l’opinion du reste du monde leur importe peu.

En novembre 2016, l’élection de Trump avait créé la stupéfaction dans le monde entier. Même parmi certains de ses partisans, cette victoire semblait une surprise. 

Avant même sa prise de fonction en janvier 2017, le nouveau Président s’est vu contesté et menacé d’«impeachment» par la gauche dite libérale et l’establishment. Après avoir refusé son élection, ils l’accusent depuis de rester au pouvoir illégalement. «Not my president !» lancent ses opposants. Au risque de choquer l’Amérique, peu habituée à cette intolérance. Le refus d’accepter le résultat d’une élection est en effet aux antipodes de la tradition constitutionnelle locale.

A quelques quarante jours de l’élection, avant les trois débats traditionnels entre les deux principaux candidats, la plupart des instituts de sondages donnent Trump perdant. Comme en 2016, il ne remporterait pas le suffrage populaire. Mais, cette fois, il serait également battu dans les Swing States, ces États faisant la décision. Floride, Pennsylvanie, Ohio ou encore Wisconsin pencheraient côté démocrate. 

Mais ce ne sont que des prévisions. L’élection reste en réalité très incertaine. De nombreuses inconnues demeurent. A commencer par la participation et l’impact du vote par correspondance, qui sera largement utilisé du fait de la pandémie. Comment voteront les minorités ? Parmi les électeurs démocrates qui soutenaient, lors des primaires, le sénateur social-démocrate du Vermont, Bernie Sanders, ou la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, combien iront voter pour Joe Biden ? 

Même s’il bénéficie d’un traitement médiatique positif, Joe Biden convainc difficilement. Pour beaucoup, il apparaît comme un politicien usé, sans conviction réelle, qui a soutenu tout et son contraire dans une longue carrière de 47 ans de vie publique. A cela s’ajoute le fait qu’il s’est souvent trompé comme l’avait déclaré Robert Gates, ancien Secrétaire à la défense de l’administration Obama.

Si d’aventure Biden était élu et si, dans la foulée, le Senat repassait sous contrôle démocrate (comme l’est déjà la Chambre des Représentants), serait alors mis en œuvre le programme le plus “progressiste” de l’histoire américaine. La formule est de Barack Obama. Et il sait de quoi il parle.

Ne nous laissons pas berner par le vocabulaire électoral. Aucun progrès n’est à attendre du programme de Biden. Son «Green New Deal» serait une régression dramatique qui ravirait les plus extrémistes des Verts français. On assisterait également à une large étatisation du système de couverture santé, et surtout à des hausses massives d’impôts, y compris chez les classes moyennes. A cela s’ajouterait une aggravation du déficit et du protectionnisme ainsi qu’un retour en force des syndicats. Insistons bien sur ce point. Bien que corrompus et en perte d’influence, historiquement, ces derniers restent une des constituantes majeures de l’électorat démocrate.

La société US subirait alors l’impact de ce vote jusque dans ses infrastructures avec un conformisme social, une pensée unique dans les universités et les établissements d’enseignement supérieur et un affaiblissement des forces de police et de sécurité. 

Cerise sur le gâteau : la politique extérieure ! On verrait le retour des accords de Paris sur le réchauffement climatique ainsi que celui du traité sur le nucléaire iranien. Rappelons que sous Obama, ce traité avait permis à l’Iran de récupérer des fonds bloqués depuis des décennies et de les redéployer dans le soutien aux mouvements terroristes chiites ou dans les armes conventionnelles fournies aux milices islamistes en Syrie, Yémen, Liban et dans la bande de Ghaza. Difficile de cautionner cela.

En fait, le meilleur argument de Biden reste Trump. Ou plutôt la haine de Trump affichée par une partie de la population. 

Alors, oui… Donald Trump a beaucoup de défauts, peu de convictions, une personnalité controversée et une tendance à accommoder la vérité à sa sauce. 

En revanche, il a un sens politique affuté et un électorat fanatiquement dévoué et motivé.

On peut mettre à son crédit une réforme majeure de la fiscalité au profit des entreprises, une déréglementation effective dans les domaines économiques, financiers, sociaux et de l’environnement, et des nominations de juges qui disent le droit au lieu de l’écrire à la place du législateur.

Sur le plan extérieur, son nationalisme paraît parfois brouillon, mais il a entrepris une politique de “containment” de l’adversaire chinois qu’aucun président n’avait osé, par refus de remise en cause du consensus mou et bipartisan. Également à son crédit : la renégociation de l’ALENA, la sortie de l’accord de Paris et celle du traité sur le nucléaire iranien...

L’Amérique n’est pas devenue socialiste, mais les nouvelles générations ne savent pas ce que cette idéologie pernicieuse a entrainé sous toutes ses formes en termes d’appauvrissement économique pour toutes les classes de la société.

Sur le fond, Biden n’adhère pas non plus aux idéaux socialistes, mais pour avoir les voix de l’extrême gauche, il est prêt à toutes les compromissions. Et c’est là qu’est le principal danger de sa candidature. 

Alors sans hésitation, le 3 novembre, je ferai abstraction de mes réserves sur la personnalité et certains aspects de la politique de Trump, et je choisirai sans aucun état d’âme, “the lesser of two evils”, le moindre de deux maux. 

J’espère que beaucoup de mes concitoyens feront le même choix.

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