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La deuxième conférence environnementale a lieu du 20 au 21 septembre.
La deuxième conférence environnementale a lieu du 20 au 21 septembre.
©Reuters

Exemple vert

Transition écologique : les recettes des pays qui ont réussi à faire bouger les choses

Lors de l'ouverture de la deuxième conférence environnementale, François Hollande a fixé d'ambitieux objectifs de réduction de la consommation d'énergie en France, à horizon 2030 et 2050.

Florent Detroy

Florent Detroy

"Florent Detroy est journaliste économique, spécialisé notamment sur les questions énergétiques, environnementales et industrielles. Voir son site."
 
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Atlantico : La deuxième conférence environnementale a lieu du 20 au 21 septembre. Il s'agit, pour le gouvernement, de définir les axes majeurs pour la transition écologique. Au niveau européen, quels sont les pays en avance par rapport à la France sur la transition écologique ?

Florent Detroy : Une poignée de pays ont effectivement pris une longueur d'avance. Le Danemark est le cas le plus représentatif. Copenhague a très tôt misé sur l'énergie éolienne. Son constructeur de turbine Vestas a longtemps fait la course en tête des constructeurs mondiaux, avant de s’essouffler. Mais il n'en reste  pas moins qu'aujourd'hui, 25% de son électricité consommée provenait l'année dernière de l’éolien. L’Allemagne, par le biais de subventions généreuses à la production d'énergie renouvelable, est également en train de faire décoller sa part d'électricité verte. Elle tournait autour de 22% en 2012.

Après, ces succès doivent être relativisés, puisque la réduction des émissions de CO2, un des autres objectifs de l'UE, ne va pas assez vite, voire augmente comme en Allemagne. Il faut aussi souligner que certains pays sont déjà proches des objectifs européens, comme la Suède, parce qu'ils se sont engagés de longue date dans la transition énergétique. Un mixte de soutien aux énergies renouvelables, d'innovation technologique et de fiscalité énergétique à bien préparer le pays à la transition énergétique.

Quelles sont les politiques misent en place par nos voisins qui leur ont permis de réussir ou d’entamer de façon très positive cette transition ? Combien de temps faut-il pour en voir les effets concrets ?

Beaucoup de pays ont mis en place un soutien aux énergies renouvelables avec des tarifs généreux de rachats de l'électricité verte. Et ce soutien a fait des miracles, puisque la France, l'Allemagne ou encore l'Italie ont connu une croissance relativement rapide de leur production de solaire ou d'éolien. Mais avec la crise économique les fonds disponibles se sont réduits. La France est revenue sur ces subventions. L'aspect financier est donc essentiel. Il n'est toutefois pas suffisant. La croissance des capacités de renouvelables a généré d'autres problèmes. La production d'énergie intermittente doit être répartie de manière intelligente sur le réseau, au risque de créer des perturbations. Or, l'Allemagne connaît quelques problèmes face au décollage de ses capacités.

Là encore la Suède est un bon exemple, puisque le pays a su développer ses smart grid, ses réseaux intelligents, destinés à ''lisser'' la production d'énergie verte. Enfin, il faut évoquer l'aspect régional de la transition énergétique. A l'approche très centralisatrice française de la politique énergétique, l'Allemagne a opposé une approche beaucoup plus régionale, conforme à son mode de gouvernance, ce qui a permis d'expérimenter davantage de solutions innovantes et d'aller plus vite dans la transition. La France ne fait que débuter à ce niveau, avec les schémas régionaux climat-air-énergie.

Ces mesures sont-elles transposables en France, et pourquoi ? Dans quelle mesure est-ce une problématique culturelle ?

Au-delà de l'approche centralisée/décentralisée, certains pays bénéficient d'un engagement sur ces questions bien antérieure aux années 2000, et ce pour des raisons qui ne sont pas forcément environnementales. Je vous parlais des avantages de certains pays par rapport à d'autres lors de la définition d'objectifs européens pour 2020. L'Allemagne est un cas typique. Un foyer allemand consomme aujourd'hui entre 20 et 30% de moins d'énergie qu'un foyer français. Cela n'est pas dû au fait que Berlin ou les Lander ont mis en place des plans de rénovation thermique de l'habitat plus tôt que nous. Mais plutôt, au fait que le gouvernement allemand n'a jamais hésité historiquement à faire supporter la hausse du coût de l'énergie aux ménages, pour privilégier les industriels. Nous avons fait l'exact inverse, si bien qu'aujourd'hui les Allemands sont en avance sur l'objectif de 20% de gain d'efficacité énergétique, du moins dans le logement.

Bien sur que la France peut s'inspirer de ce qui marche dans les autres pays. Mais les chercheurs sur ces questions soulignent qu'il serait plus avantageux pour tous de décider de projets énergétiques communs, plutôt que de développer chacun dans son coin son "mix énergétique".

Quel est le pays le plus avancé ? Comment l’expliquer ?

En tête du classement, l'Estonie, qui a déjà atteint son objectif pour 2020. Les pays scandinaves (Danemark, Suède, Finlande), l'Espagne ou encore la République Tchèque devraient eux aussi atteindre leurs objectifs rapidement. L'Allemagne a de son côté triplé sa part de renouvelables, qui s'établit à 12,4%, contre 4% en 2004.

Propos recueillis par Manon Hombourger

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