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Traité transatlantique: quand l'Europe en vante les effets positifs... mais oublie les impacts négatifs
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Bonnes feuilles

Traité transatlantique: quand l'Europe en vante les effets positifs... mais oublie les impacts négatifs

Alors que la Commission européenne s'est évertuée à vanter les mérites du Tafta/TTIP, les bénéfices escomptés ne seraient finalement . Extrait de "Docteur TTIP et Mister Tafta : Que nous réserve vraiment le traité transatlantique Europe/Etats-Unis ?" aux éditions Les Petits Matins (1/2).

Maxime  Vaudano

Maxime Vaudano

Formé à l'ESJ-Lille, Maxime Vaudano est journaliste web aux décodeurs du Monde.fr. Il a cofondé le site Lui Président, qui se consacre aux promesses électorales de François Hollande.

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Peut-on estimer l’impact de l’accord sur notre économie ?

Alors que l’Europe s’enlise dans une croissance atone et que l’Union se refuse à toute grande politique de relance au nom de la lutte contre les déficits, le Tafta/TTIP est, pour la Commission européenne, « le stimulus le moins cher que l’on puisse imaginer ». D’après un rapport commandé au CEPR (Center for Economic Policy Research), un centre d’étude proche des milieux bancaires basé à Londres, l’accord pourrait générer en Europe un surplus de croissance de « 119 milliards d’euros par an – l’équivalent d’un bonus de 545 euros en moyenne par ménage de l'Union.

Cette affirmation, largement relayée par la Commission et les médias, est erronée : selon le scénario le plus favorable de l’étude, le PIB de l’Union européenne aura augmenté de 119 milliards en 2027, quand les effets du Tafta/TTIP se feront pleinement sentir. Pour simplifier, à rythme constant, cela nous ramène à un gain annuel de 11,9 milliards d’euros –moins de 0,1% du PIB européen. Le même artifice est utilisé pour présenter à tort le bonus de 545 euros comme annuel : le gain net est en réalité estimé à 14 euros par an et par personne dans le meilleur des cas. Pire : dans le scénario le moins optimiste du CEPR, jugé plus réaliste par de nombreux experts, on retombe à 68 milliards d’euros de gains de PIB et 41 euros par ménage, soit 1 euro par an et par personne !

Doit-on également douter des « millions d’emplois » que promettait l’ancien commissaire européen au commerce Karel De Gucht, en poste jusqu’à l’automne 2014 ? L’étude la plus optimiste sur le sujet, émanant de la Fondation Bertelsmann et de l’Ifo Institut, évalue à 1,4 million le nombre d’emplois générés en Europe par le Tafta/TTIP (dont 122 000 en France). Seulement, elle a été qualifiée d’« irréaliste » par la Commission européenne elle-même, qui jugeait sa méthodologie hasardeuse et ses résultats « déraisonnables » dans une analyse comparant les différents rapports économiques disponibles.

La principale critique adressée à ces études est qu’elles se sont concentrées sur les gains potentiels du Tafta/TTIP sur le commerce transatlantique, sans s’intéresser aux impacts négatifs. Ainsi, le Parlement européen s’est étonné dans un rapport que la Commission passe sous silence les difficultés que devraient subir certains secteurs européens frappés du jour au lendemain par la concurrence américaine, comme la filière bovine ou la métallurgie : « Les créations d’emplois dans certains secteurs n’auront lieu qu’en prenant des ressources dans les secteurs où la production baissera.»  Or, il existe « des inquiétudes sérieuses que la main-d’œuvre ne soit pas suffisamment mobile entre les secteurs et les États membres » pour retrouver un emploi, et le coût de cet ajustement n’a pas été pris en compte.

Du côté des critiques américains, on ne se prive pas de rappeler les belles promesses lancées au moment de la signature de l’accord de libre-échange nord-américain (Nafta/Alena) en 1994. Au lieu de créer des dizaines ou des centaines de milliers d’emplois, il en aurait détruit près de 700 000 aux États-Unis, principalement à cause de la concurrence mexicaine.

De même, si l’étude du CEPR prédit une baisse du prix de certains produits en Europe et aux États-Unis du fait d’une plus grande concurrence, elle n’anticipe pas un probable renchérissement de biens tels que les médicaments si le traité devait renforcer la protection de la propriété intellectuelle (voir chapitre 13). « Les industries européennes ne pensent qu’à leurs exportations, sans réfléchir aux conséquences des importations américaines sur le marché européen », analyse Monique Goyens, la directrice générale du Bureau européen des consommateurs.

« On exagère les vertus et les vices du TTIP, résume Sébastien Jean, qui a cosigné pour le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii) une autre étude sur les conséquences économiques de l’accord. Il aura une influence limitée sur l’activité, même à terme. » Le volume déjà considérable du commerce transatlantique ne pourra gonfler indéfiniment, même si les conditions s’améliorent pour les entreprises exportatrices. Mais surtout, pour l’économiste, « le champ des convergences possibles au niveau réglementaire est très limité, car une négociation commerciale n’a pas légitimité à modifier profondément les législations qu’on applique ».

Extrait de "Docteur TTIP et Mister Tafta : Que nous réserve vraiment le traité transatlantique Europe/Etats-Unis ?, de Maxime Vaudano, publié aux éditions Les Petits Matins, 2015.

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